articles de ce dossier
articles de la même rubrique

Enseignement de l’économie : Chatel veut calmer le débat (Revue de presse)

La Tribune 15 mars 2010


A lire aussi sur latribune.fr

La consultation sur les projets de programmes achevée, le ministère devrait revoir sa copie.

Luc Chatel aurait-il la volonté d’apaiser le débat sur les programmes de sciences économiques et sociales (SES) ? Alors que la consultation en ligne des projets de programmes de la future classe de seconde s’est achevée vendredi, il est d’ores et déjà acquis que le ministère va amender ceux de SES. Pouvait-il en être autrement ? L’ouverture de la consultation fin janvier a de fait réactivé la polémique sur le contenu des enseignements de SES, jugés par le patronat « trop sociaux » et pas assez microéconomiques (« La Tribune » du 2 février). Or, malgré une composition plutôt large de la commission des programmes de SES, le projet a surpris par son orientation : exit les grandes thématiques tels le pouvoir d’achat ou l’emploi ; place aux outils tels l’« élasticité » ou le coût marginal... De quoi irriter l’Association des professeurs de SES (Apses), pourtant présente à la commission, et même provoquer la démission du sociologue François Dubet. Face à la virulence des réactions, le ministère devrait donc réintroduire formation, emploi, salaires et pouvoir d’achat...

Au-delà de cet épisode, une question se pose : ce projet répond-il a de réelles intentions idéologiques ? Il faut dire que la formulation des programmes, « maladroite, entretient le soupçon », lâche Thierry Cadart, secrétaire général du Sgen-CFDT. Le directeur général de l’enseignement scolaire, Jean-Michel Blanquer, s’en est pourtant récemment défendu, soulignant son caractère « scientifique ». Mais de nombreuses voix au sein même de la commission des programmes de SES pointent sa complexité pour des jeunes de 15 ans. « On aurait peut-être gagné à ne pas imaginer qu’ils soient destinés à devenir économistes ou sociologues », estime François Dubet qui souligne les difficultés des concepteurs à prendre en compte les besoins des élèves. « On raisonne toujours sur la base de programmes parfaits, or 70 % des élèves n’aborderont l’économie qu’une fois dans leur vie », poursuit le sociologue qui aurait préféré que le ministère prenne plus de temps pour « réfléchir à l’ensemble du cursus ».

« liberté de l’enseignant »

De son côté, Christian de Boissieu, président du Conseil d’analyse économique, se veut pragmatique. « La consultation a permis d’expliciter des thématiques peu claires. Mais ces dernières laissent une marge d’interprétation. » D’ailleurs, ce qui importe c’est la « liberté de l’enseignant », insiste Philippe Martin, professeur à Sciences po. à eux de choisir les exemples concrets à même d’illustrer les concepts économiques. « Il s’agit avant tout de donner d es outils aux élèves afin qu’ils comprennent ce qui se passe autour d’eux », résume Christian de Boissieu. Et dans cette optique, « quand on évoque les revenus et leur influence sur la consommation des ménages, cela revient à parler de pouvoir d’achat ! », reprend Philippe Martin qui estime que l’élasticité et le principe d’offre et de demande restent des concepts clés. Tout l’art des enseignants consistant à les vulgariser.

La Tribune 15 mars 2010 PAR Clarisse Jay

commentaires (1 message)


  • Enseignement de l’économie : Chatel veut calmer le débat (Revue de presse) 17 mars 2010 11:51, par GALY Marjorie

    Dans l’article du 15 mars de La tribune (copié ci-dessous), j’ai souligné en rouge ce qui me semble être le point clé des enjeux sur les programmes de SES. Clarisse JAY a parfaitement su cerner et retranscrire les clivages et enjeux.

    D’un coté, l’Apses et de nombreux enseignants de SES et quelques universitaires dont François Dubet (et certainement tout le continent des sciences de l’éducation), estiment qu’en seconde, on ne doit pas faire une priorité exclusive à la formation d’économiste et sociologue mais d’abord laisser la place à une formation de culture générale qui utilise et combine les outils des sciences sociales au service de l’appréhension et de la compréhension d’enjeux de société (type publications "grand public" de l’Insee : Insee Première, Portrait social, Données sociales, Tableaux de l’économie française etc). Ici il est nécessaire de ne pas éluder la phase "description raisonnée" du monde économique et social et il est préjudiciable de commencer directement par la découverte et la manipulation d’outils, surtout en seconde, surtout avec 1h30, surtout pour des élèves qui ne feront, au lycée au moins, qu’une année (exploratoire !) de SES (actuellement seulement 20% des élèves de seconde générale et technologique vont en série ES, 30% si l’on ne retient que les élèves des séries générales).

    De l’autre, des universitaires notamment économistes "institutionnels", certains représentants du monde patronal (M. Pébereau), le CODICE et quelques professeurs de SES qui estiment que la priorité des priorités c’est de transmettre, de façon visiblement préalable, les outils des sciences sociales (parmi lesquels, l’élasticité serait centrale en seconde pour une première découverte de l’économie).

    Dans ce dernier "camp" on voit bien que les motivations sont différentes :

    - pour les universitaires, le prisme des cours magistraux spécialisés de fac avec étudiants de 18 ans et plus : on devine qu’ils ne parviennent pas à appréhender les finalités du lycée (éloignées de celles des licences), qu’ils ignorent ce qu’est un lycéen et sa semaine de cours (ses aspirations, ses compétences et aptitudes moyennes, son rapport au savoir et au monde... et surtout ce qu’est une classe d’élèves de 15 ans, ce qu’est le métier d’enseignant du secondaire).

    - pour Michel Pébereau et le Codice, il s’agit aussi d’une méconnaissance de la pédagogie : par simplisme, ils affirment (et ils semblent y croire) qu’il faut commencer par le basique, les outils, le simple, les fondamentaux, puis ensuite seulement faire réfléchir, débattre, passer au complexe. Il y a là également en plus un biais idéologique : la microéconomie serait plus simple et plus scientifique que la macroéconomie, la sociologie serait par essence subversive ou compassionnelle, il faudrait donc commencer par les gammes de la microéconomie... avant de permettre, plus tard (mais quand ?) aux élèves de jouer un morceau (mais en auront-ils encore envie ?) !

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales