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Enseignement de l’économie : Luc Chatel joue l’apaisement (Revue de presse)

Le Figaro 15/03/2010


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Les professeurs de cette discipline maintiennent la pression alors que les programmes vont être amendés.

Vendredi 12 mars s’achevait la consultation sur les nouveaux programmes de lycée. Mise en place par Luc Chatel depuis le 27 janvier, cette consultation devait permettre de recueillir les observations des professeurs sur les programmes accompagnant la réforme du lycée. Placée sous la responsabilité des recteurs, elle était confiée aux inspecteurs d’académie-inspecteurs pédagogiques régionaux de chaque discipline ; à charge pour eux de déterminer les besoins des enseignants, notamment en termes de documents et d’accompagnements, mais aussi de tirer les conséquences de la réforme sur « les modalités d’évaluation des élèves. »

Étaient mis en ligne sur le site Éduscol les programmes des enseignements communs, mais aussi ceux des nouveaux « enseignements d’exploration » dont « littérature et société », et, bien sûr, les nouveaux enseignements d’économie. Si une large part de ces nouveaux programmes est accueillie avec circonspection, le Snes-FSU estimant par exemple que « l’introduction de la découverte des métiers vise à imposer une conception réductrice de l’orientation et une vision utilitariste des savoirs au cœur des disciplines », ce sont une fois de plus les programmes d’économie qui font l’objet du tir le plus nourri.

Les deux nouveaux « enseignements d’exploration », sciences économiques et sociales et principes fondamentaux d’économie et de gestion, dont un au moins est obligatoire, sont accusés par l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses) de faire la part trop belle à la microéconomie, c’est-à-dire à l’étude des comportements individuels des agents économiques, plutôt qu’à la macroéconomie, les choix de politique économiques, et à la sociologie.

C’était l’opinion de François Dubet, sociologue et membre du groupe d’experts chargés de la rédaction des programmes, et qui en avait démissionné le 2 février dernier. « J’ai le sentiment que la perspective sociologique en sort très appauvrie, expliquait-il. Par exemple, l’entreprise apparaît moins comme un monde du travail, comme un monde social, que sous la forme d’une unité de production plus ou moins adaptée à des environnements mouvants. » Pour autant, le sociologue se démarquait des positions de l’Apses, les jugeant « très excessives ». L’association menaçait, dans un communiqué du 25 janvier, d’appeler à la « désobéissance citoyenne » si les programmes étaient maintenus en l’état.

Risque de hiérarchisation Du côté du ministère, on se défend, bien sûr, d’avoir produit des programmes marqués idéologiquement, et l’on rappelle le caractère pluraliste des commissions, auxquelles participait notamment l’Apses. Pour autant, Luc Chatel devrait tenir compte des remontées qui lui seront faites cette semaine par les rectorats. Les groupes d’experts travailleront à partir des suggestions et remarques des enseignants, et la nouvelle mouture des programmes de seconde sera présentée en Conseil supérieur de l’éducation, dont l’avis est consultatif, le 1er avril.

Cependant, d’éventuels amendements au projet de programmes ne régleront pas le problème soulevé par l’Association des professeurs de communication, économie et gestion : le risque de hiérarchisation entre les deux options. Alors que le ministère s’était engagé à ce que les deux options soient proposées partout, certains rectorats envisageraient de répartir les enseignements entre les lycées, créant ainsi une préorientation, SES devant mener à une première générale, et PFEG à une première technologique. L’association des professeurs de gestion plaide donc pour un seul enseignement d’économie et de gestion pour tous les élèves de seconde. Rompus à la communication, les professeurs d’économie ont l’intention de se faire entendre jusqu’au 1er avril.

Par Natacha Polony

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales