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Les enseignants grondent contre la réforme de leurs programmes, axée autour d’une seule théorie de l’économie (Revue de presse)

Sud Ouest - Samedi 06 Mars 2010


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Le Collectif des professeurs de SES trouve que les programmes oublie une « indispensable formation citoyenne ». (Photo PH. Salvat)

« Cette réforme des enseignements des sciences économiques et sociales (NDLR : SES) va réduire de 25 % le volume horaire dispensé à un élève au cours de ses trois années de lycée », a calculé Franck Saint-Cricq Lompré, professeur de SES au lycée de Borda, à Dax.

Tout comme la moitié de ses confrères du département, il a rejoint le Collectif des professeurs de SES afin de protester contre la future réforme des lycées et ses nouveaux programmes. « La théorie néoclassique, mise à mal avec la crise actuelle, sera la seule enseignée. Il s’agit d’une régression », peste sa consoeur tyrossaise Sylvie Bergeroo.

« Abstrait et dogmatique »

À ses côtés, Luc Sancéré, du lycée de Borda, critique : « En se basant sur cette théorie pensée avant la crise de 1929, on va faire quelque chose d’abstrait et de dogmatique. Les programmes vont devenir trop techniques et difficiles d’accès. »

Avec un programme centré sur l’économie, le Collectif trouve celui-ci trop éloigné des préoccupations du citoyen : « L’emploi, le chômage, la solidarité et la précarité sont évacués du programme au profit de notions telles que le raisonnement à la marge ou l’élasticité. » La sociologie, elle, se trouve reléguée en toute fin d’année et ne sera abordée une fois que les dix questions économiques auront été traitées...

Une manière de franchir un nouveau cap selon ces enseignants landais pour le moins inquiets. « Dans les lycées, on commence à nous parler de flexibilité, d’efficacité et d’annualisation », rapporte Luc Sancéré. Des mots de l’entreprise bien plus que l’éducation qui ne devraient pas déplaire à « une frange du patronat » qui a accusé les enseignants d’utiliser « des manuels ayant une vision idéologique ».

Crainte pour les effectifs

Avec ces programmes jugés « démotivants » par les enseignants de SES, la crainte de voir chuter le nombre d’élèves dans cette filière semble réelle. Une peur encore accentuée par la réforme horaire qui rentrerait en vigueur dès l’an prochain pour les lycéens de seconde.

Lors de la rentrée de septembre, ceux-ci ne devraient plus avoir qu’une heure et demie de SES, contre 2 h 30 actuellement. En première, l’option SES disparaîtrait. Tandis qu’en terminale, les lycéens perdraient 1 heure de cours hebdomadaire et une demi-heure de spécialité. « C’est un amaigrissement forcé », s’emporte l’enseignant.

Sur ce point, le Collectif reste toutefois pondéré : « Nous n’avons pas de marge de manoeuvre, souffle Sylvie Bergeroo. Il s’agit de la dotation globale horaire, la DGH... Si nous luttons sur ce point, nous luttons contre nos collègues. »

Auteur : Benjamin Ferret

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales