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Rendons l’économie obligatoire pour tous au lycée ! (Revue de presse)

Rue89 01/03/2010


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Par Jean Matouk | Economiste

Fondamentale pour la démocratie la réforme des programmes des lycées est en train de pourrir.

En cause un souci permanent et frénétique d’affichage de réformes sans concertation, de ce fait, bâclées. Mais aussi l’opposition stérile à l’entrée de l’économie d’entreprise dans l’enseignement, de la part de certains enseignants. Il faut enseigner l’entreprise aux collégiens et lycéens

Qu’on le veuille ou non, 80% ou 90% des lycéens sont destinés à travailler dans une entreprise. Qu’elle soit privée ou publique, ils y seront salariés. Un très petit nombre d’entre eux créeront même, ou participeront, à la création d’entreprises.

Aussi bien pour pouvoir défendre leurs droits de salariés vis-à-vis des dirigeants de société, que pour « participer » à la gestion des entreprises, et plus encore pour gérer éventuellement la leur, les futurs citoyens doivent disposer d’un savoir minimal sur l’organisation d’une entreprise. Ils doivent connaître les diverses « fonctions » qui la constituent : technique, commerciale, financière, comptable, sociale, qu’il s’agisse d’une très petite entreprise, de moins de dix salariés (TPE) voire d’une entreprise individuelle ou d’une société anonyme (SA).

Ils doivent disposer d’un minimum de savoirs sur les relations sociales, le droit du travail, sur la formation des coûts et , en leur sein, sur le calcul et la destination des cotisations sociales, donc sur les régimes de retraite et d’assurance maladie. Ils sont co-cotisants, seront tous un jour malades et certainement retraités. L’enjeu : devenir un consommateur averti

Pour devenir des consommateurs avertis , ils doivent avoir une initiation aux techniques dites aujourd’hui de la « communication » , et au moins quelques notions sur le rôle des banques, tant du côté des dépôts que du crédit.

Ils doivent surtout avoir un minimum de connaissances sur la présentation des comptes de résultats de l’entreprise et de son bilan. La formation des représentants du personnel dans les entreprises, qui est essentielle, en serait grandement facilitée, et leur efficacité au profit des salariés, décuplée.

Un souvenir de mon enfance : en huitième comme on disait alors, disons au cours moyen, était présenté , sous une forme qui fait aujourd’hui sourire, la séquence qui va du prix de revient au prix de vente.

L’économie française était déjà structurée autour de grandes entreprises, mais les très petites exploitations agricoles, artisanales ou commerciales étaient encore nombreuses et cet apprentissage naïf, avant le certificat d’études, à la fin de l’enseignement obligatoire avait un certain sens. S’adapter aux nouvelles structures de production

Il faut simplement s’adapter aujourd’hui, à la fois aux nouvelles structures de production et de distribution, mais aussi à l’allongement jusqu’à seize ans de la scolarité obligatoire.

Est-ce pour autant qu’il ne faut pas d’enseignement sur l’économie internationale et les relations économiques internationales, les grands équilibres entre offre et demande globale, l’emploi, le chômage ? Bien sûr que non !

L’enseignement de l’économie de l’entreprise débouche d’ailleurs nécessairement sur ces thèmes. Les ventes de l’entreprise, donc ses emplois, ne tiennent pas seulement à la qualité ou au coût de ses produits, mais aussi à la demande, c’est-à-dire, à la consommation des ménages et à la demande d’investissement, et, en face, à la production de valeur ajoutée, c’est-à-dire au PIB. Les importations viennent concurrencer l’offre intérieure et il faut les équilibrer par les exportations.

Ce raisonnement simple et évident, débouche sur une affirmation qui devrait réjouir les enseignants de sciences économiques : celles-ci ne doivent plus, comme aujourd’hui, constituer une option, mais bien un enseignement obligatoire au collège puis au lycée.

Une commission doit déterminer ce qui sera enseigné aux différents stades, mais qui doit combiner l’économie d’entreprise et la macroéconomie. Au collège, en troisième, quelques principes de base doivent être énoncés, dans les deux domaines, et faire l’objet d’une épreuve au brevet. Au lycée, un approfondissement sur tous ces thèmes doit constituer une matière obligatoire dans toutes les séries du bac, en seconde et première au moins. L’économie n’est pas une science théorique

C’est notamment à ce stade qu’un enseignement minimal de techniques statistiques et de recherche de statistiques économiques, doit être délivré. L’économie n’est pas une science théorique ; elle n’est pas non plus expérimentale, puisque l’on ne peut constater les faits qu’à posteriori, mais elle doit être fondée sur des statistiques qui donnent une consistance chiffrée aux évolutions passées.

Cessons les querelles idéologiques inutiles. L’entreprise est la destination naturelle de l’immense majorité des jeunes. Il est souhaitable que les salariés interviennent de plus en plus dans sa gestion. Comment le peuvent-ils, s’ils en ignorent presque tout ?

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales