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L’APSES-Grenoble écrit à la FCPE

9 février 2010


GRENOBLE Thomas BLANCHET Responsable de l’APSES Grenoble 14, Rue Alphonse Terray 38000 Grenoble

Blanchet.Thomas@wanadoo.fr

Le 9 février 2010

A la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE)

Objet : Demande de rencontre à propos du nouveau programme de SES.

Mesdames, Messieurs,

Par le présent courrier, nous sollicitons une rencontre entre nos deux organisations. Nous souhaitons vous faire part une nouvelle fois de nos vives inquiétudes sur l’avenir des Sciences économiques et sociales dans le cadre de la réforme du lycée.

Comme nous vous en avons déjà fait part dans un de nos précédents courriers, nous nous préoccupons prioritairement de l’orientation des élèves dans le cadre de la nouvelle seconde et des connaissances de base que doit acquérir un élève de lycée.

Alors qu’un des objectifs de cette réforme est de mieux orienter les élèves, l’enseignement de Sciences économiques et sociales est cantonné à un enseignement optionnel d’1h30 hebdomadaire, sans dédoublements prévus officiellement. Alors que les SES n’existent pas au collège, comment faire découvrir aux élèves cette discipline qui devient la matière principale d’une filière en première et terminale en 1h30 par semaine ? Il semble bien que, dans ce cadre, l’objectif d’égale dignité des enseignements et des filières soit bien difficile à atteindre.

En second lieu, nous souhaitons vous faire part de nos réactions face au nouveau programme de Sciences économiques et sociales. Ce programme n’est pas porteur d’innovation pédagogique et nous savons que, comme nous, vous souhaiteriez que la motivation et l’autonomie des élèves soient plus centrales dans notre système éducatif. On pourrait penser que pour un enseignement d’exploration, on parte des préoccupations des élèves et que l’on essaie de leur montrer quelques apports des sciences sociales. Or, l’optique pédagogique principalement choisie est celle d’initier les élèves à des raisonnements et des notions micro économiques de base, et non de partir de questions socialement vives comme le permettait l’ancien programme (les questions de l’évolution de la famille, du chômage, présentes dans l’ancien programme). Or les recherches en sciences de l’éducation montrent bien que la motivation chez l’élève vient de ce que l’on part de questions qui font sens. La pédagogie de projet et les TPE nous montrent bien l’importance de la motivation de l’élève et les progrès en termes d’autonomie que ces dispositifs permettent aux élèves. Dans cette optique, la rédaction du programme de la nouvelle option « Méthodes et pratiques scientifiques » est un exemple intéressant. Pour les SES en seconde, le choix a été fait de partir que quelques questions, qui ne font pas forcément sens pour les élèves (comment se détermine le prix d’équilibre sur un marché ? ; consommer ou épargner ?), et de reporter à plus tard l’étude des problématiques contemporaines.

De plus, ce programme signe la quasi-disparition de la sociologie et des autres sciences sociales : sur les douze questions présentes dans le programme, seulement trois thèmes sont à dimension sociologique. De plus, ce sont des thèmes facultatifs alors que les apports de ces disciplines font beaucoup pour la formation des citoyens en devenir que sont nos élèves.

Mais, le plus inquiétant reste le mode d’élaboration de ce programme. Vous êtes, comme nous, très attachés à la laïcité. Or, des témoignages concordants nous indiquent que le Ministère a directement influencé la rédaction de ce programme : choix des thèmes, choix des notions, nombre de thèmes. Cet activisme est contraire à la pratique habituelle de conception des programmes, c’est à dire une discussion entre enseignants, inspection et universitaires. Cette procédure est gage de rigueur, scientificité et démocratie. Ce programme crée un précédent et discrédite le Ministère de l’Education nationale. A tel point que le seul sociologue membre du groupe d’experts, François Dubet vient de démissionner, en dénonçant l’interventionnisme gouvernemental (voir son texte : http://www.afs-socio.fr/actu/actu10...). Cette façon de procéder a été relatée dans la plupart des médias nationaux. Cela fait suite aux nombreuses tentatives d’organismes proches du patronat français d’influencer la rédaction de nos programmes.

Aussi, l’Apses vient de réaliser une proposition de programme, soutenue par des universitaires et fruit du travail de concertation réalisé depuis plus d’un an dans notre organisation. Si vous souhaitez de plus amples informations, vous pouvez consulter notre communiqué de presse « Une proposition de programme pensée pour les élèves » sur le site : www.apses.org.

Nous restons à vos disposition pour de plus amples informations, voire une éventuelle rencontre.

Cordialement

Thomas BLANCHET

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales