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Courrier de l’APSES à Monsieur Luc CHATEL

8 février 2010


À Monsieur Luc CHATEL Ministre de l’Éducation nationale 8 février 2010

Monsieur le Ministre de l’Education Nationale,

Le projet de réforme du lycée que vous portez est maintenant connu dans ses grandes lignes et les enseignants de sciences économiques et sociales sont très inquiets quant à la place qui est réservé à leur discipline dans ce projet. Les enseignants de SES n’acceptent pas la faiblesse de l’horaire qui leur est alloué en classe de seconde (90 minutes hebdomadaires pour une discipline que les élèves n’ont jamais eue en collège !) alors même que les SES gardent le statut d’enseignement optionnel, à présent dénommé « enseignement d’exploration ». Ils refusent aussi le projet de programme qui ne contient plus aucune référence aux débats de société contemporains, ce qui faisait jusqu’alors l’un des principaux attraits de cette discipline aux yeux des élèves. Au-delà de ces deux revendications qui continueront à mobiliser les enseignants de SES jusqu’à ce que leur légitimité soit reconnue, l’Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales souhaiterait vous interpeller sur deux questions qui actuellement soulèvent de grandes inquiétudes chez nos collègues.

La première de ces questions est relative à l’ancrage disciplinaire. S’il existe des corps différents dans l’Education Nationale et des concours d’entrée dans le corps qui sont spécifiques, c’est bien parce que chaque discipline développe des savoirs et des méthodes qui sont constitutifs des champs scientifiques couverts par la discipline en question. Jusqu’à présent, en lycée, la règle était claire : à chaque discipline un corps différent, et seuls les membres de ce corps pouvaient enseigner la discipline en question. Les dirigeants de l’Apses, en rencontrant MM. Allal et Combe le 2 décembre, ont eu confirmation que ce principe serait pérenne concernant les enseignants d’exploration : aux enseignants de SES l’enseignement des SES, et aux enseignants d’économie-gestion l’enseignement des principes fondamentaux de l’économie et de la gestion, respectant en cela les frontières disciplinaires existantes et les compétences requises pour enseigner les disciplines correspondantes. Une seule exception selon eux serait tolérée, dans les lycées où les deux enseignements d’exploration seraient enseignés et où il n’existerait pas en poste d’enseignants des deux disciplines. Or, nous avons des remontées de collègues de toute la France nous informant que les Recteurs ont transmis l’information selon laquelle dans tous les lycées les deux enseignements pourraient indistinctement être pris en charge par les enseignants des deux disciplines. C’est selon nous un précédent intolérable, car il nie les spécificités disciplinaires et, à terme, ne peut que conduire à une fusion des deux corps, engendrant pour les élèves des enseignements non assurés par des enseignants formés aux champs disciplinaires propres à chaque discipline. L’Apses attend une mise au point ferme du Ministère pour qu’une telle situation ne puisse devenir la règle. De plus, les enseignants de SES viennent d’apprendre qu’aucun poste d’IPR en SES n’est mis au concours cette année et que le nombre d’Inspecteurs généraux est réduit au strict minimum, alors même que 8 postes d’IPR en économie-gestion sont créés cette année. Comment interpréter un tel écart ? Doit-on y voir la marque supplémentaire d’une fusion prochaine des deux corps, injustifiable en termes pédagogiques aux yeux des enseignants concernés ?

La deuxième question porte sur l’évaluation des enseignements d’exploration. Des informations relayées par les proviseurs laissent là aussi entendre que ces enseignements ne donneraient pas lieu à évaluation. Du fait de leur faiblesse horaire et de leur caractère optionnel ces enseignements n’ont déjà pas la même reconnaissance institutionnelle que les autres, mais si en plus ils ne donnent pas lieu à évaluation, il est facilement possible d’imaginer l’image que les élèves vont en avoir et l’investissement dont ils vont faire preuve en termes de travail personnel.

Nous souhaiterions évidemment avoir des réponses concernant ces deux questions, mais aussi plus généralement sur l’ensemble de nos revendications, telles que la faiblesse horaire allouée à notre discipline ou la conception du nouveau programme de seconde, et plus généralement du cycle terminal à venir. C’est pourquoi l’Apses demande à vous rencontrer pour aplanir les malentendus et les différends qui peuvent actuellement exister entre les enseignants de SES et les points de la réforme concernant notre enseignement.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre sincère dévouement au service public d’éducation.

commentaires (1 message)


  • Courrier de l’APSES à Monsieur Luc CHATEL 24 février 2010 19:45

    La deuxième question est en fait la plus importante, si elles ne ne sont évaluées (déjà qu’elles ne conditionnent pas le passage !) autant les supprimer.
    Jean-louis Suc, Quimperlé

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