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Programmes d’économie : la nouvelle approche (Revue de presse)

La Tribune - 11/02/2010


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La réforme de l’enseignement de l’économie en classe de seconde a donné lieu à la conception de deux programmes. Celui intitulé "Les principes fondamentaux de l’économie et de la gestion" constitue la vraie innovation de la réforme. Il est centré sur les décisions concrètes des agents, en particulier des entreprises, et sur la prise en compte de l’environnement dans lequel ils opèrent.

L’introduction d’un enseignement d’économie pour tous en classe de seconde, dès la rentrée prochaine, est une décision majeure de la réforme du lycée. Les élèves devront choisir au moins l’une des deux options proposées, "Sciences économiques et sociales" (SES), et "Principes fondamentaux de l’économie et de la gestion" (PFEG), le format de chaque cours étant de cinquante-quatre heures. Si le principe de la réforme a été salué par une large partie de la communauté académique, des acteurs économiques et des parents d’élèves, le débat s’est vite concentré sur la refonte du programme de SES, matière déjà proposée sous forme d’option : si certains se réjouissent du recentrage sur les outils de l’analyse économique, d’autres semblent regretter que les enjeux de société et la sociologie ne soient plus assez représentés.

Pourtant, l’innovation la plus importante de la réforme est ailleurs : il s’agit de la création de la seconde option, PFEG. L’ambition de ce nouveau programme est de montrer aux élèves que l’économie n’est pas un ensemble abstrait de mécanismes complexes, pour la plupart extérieurs à l’individu, mais le produit des décisions concrètes d’agents interagissant dans un même système. Le programme a été construit sur la volonté d’établir un "pont" entre l’économie et la gestion. Il faut montrer aux élèves que le PIB n’est pas un agrégat abstrait, mais la somme des valeurs ajoutées produites par chaque agent individuel, elles-mêmes décomposées en salaires et profit.

Il faut montrer aux élèves que l’Etat produit, comme une entreprise, à la seule différence qu’il n’échange pas sa production sur un marché. Il faut montrer aux élèves l’évolution du rôle des banques, en rappelant que leur fonction originelle est le financement des entreprises et des ménages. Une telle approche de l’économie, centrée sur le rôle des acteurs, offre aux élèves une première découverte des métiers, en même temps qu’elle leur permet de faire le lien entre le discours économique qu’ils reçoivent et la réalité qu’ils vivent au quotidien.

Prenons l’exemple du taux d’intérêt, notion un peu abstraite pour qui n’est pas économiste, mais pourtant très utile, notamment lorsqu’il s’agit de contracter un emprunt. Le but du cours doit être d’abord de montrer aux élèves que derrière cette abstraction se cachent des mécanismes et des acteurs bien réels tels que la banque centrale, le marché monétaire, le marché obligataire, l’Etat... Le but est aussi de leur montrer qu’il n’existe pas en réalité un taux d’intérêt unique, comme dans les modèles, mais une multiplicité de taux d’intérêt, selon la maturité du prêt et la qualité de crédit de l’emprunteur.

La démarche est la même lorsqu’on se penche sur la fixation des prix. Il y a d’un côté les modèles d’équilibre des prix, qui sont des points de repère utiles, et la réalité, plus subtile, des mécanismes de fixation des prix par l’entreprise. Sur un marché de concurrence pure et parfaite, par exemple, le prix est unique et s’impose à l’entreprise. Il est une donnée exogène, un paramètre sur lequel elle ne peut agir, contrainte d’appliquer le prix "fixé par le marché".

Dans la réalité, les entreprises opérant dans un environnement concurrentiel développent le plus souvent de manière autonome leur politique de prix, cherchant à s’écarter du modèle de référence par différentes stratégies, parmi lesquelles la différenciation des produits. La fixation du prix est une question située simultanément dans le champ de l’économie et du marketing.

Faire dialoguer l’économie avec la gestion : tel est l’enjeu principal de cet enseignement, dont l’objectif final est de donner aux élèves quelques clés de compréhension du système économique, dont ils sont déjà eux-mêmes acteurs.

Jean-Paul Betbèze, directeur des études économiques et chef économiste de Crédit Agricole SA, membre du Conseil d’analyse économique, Henri Bourguinat, professeur émérite à l’université de Bordeaux IV, Pierre-Louis Dubois, professeur à l’université Paris II Panthéon-Assas, délégué général de la Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises (Fnege), Antoine Frachot, directeur du Groupe des écoles nationales d’économie et de statistique, professeur à l’Ecole polytechnique, Didier Marteau, professeur à ESCP Europe, conseiller d’Aon Fance, Jean-Louis Mucchielli, professeur à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, président du jury d’agrégation externe de sciences économiques et sociales, Philippe Raimbourg, professeur à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne

commentaires (1 message)


  • Programmes d’économie : la nouvelle approche (Revue de presse) 18 février 2010 10:09, par jvm

    Après lecture de vos commentaires sur les nouveaux enseignements d’exploration, j’ai apprécié ceux relatifs aux PFEG, notamment en tant qu’enseignant d’économie-gestion.
    Toutefois, il me semble, après consulté le référentiel de PFEG, que celui-ci fait la part belle à la "découverte" au risque de gommer "toute réflexion".
    En effet, il s’agit surtout de "montrer", "d’identifier", "d’indiquer", de "lister" et peu d’observer, de s’interroger, de réfléchir à.... Bref ce programme nous amène, dans la multiplicité des thèmes qu’il propose, plus à conduire une pédagogie centrée sur la description que sur la réflexion comme s’il s’agissait encore une fois de dire aux élèves ’"regardez, observez vous comprendrez".
    L’accumulation de notions sans réelle mise en perspective n’est pas de nature à construire un savoir-intelligent, fruit d’une réflexion préalable et organisée, conduite dans le cadre d’une réponse globale à des enjeux économiques, qui de fait eux le sont déjà.
    "Moins de thèmes mais mieux traités" aurait été une attitude plus adéquate, et plus propice pour nos futurs citoyens-élèves.
    Par ailleurs, pour tous ceux qui connaissent les programmes de STG, et d’STT, il paraît évident que ce nouvel enseignement d’exploration n’est que le résultat d’un "picorage" discutable des thèmes abordés dans les enseignements de première aussi bien en économie-droit, qu’en gestion.
    Très résumé, voici le contenu du programme I / Les acteurs du marché II / L’entreprise. Est-ce que cela constitue une problématique intéressante ?

    De plus, il me semble que cet enseignement auraît dû, pour se distinguer clairement de celui de SES, proposer d’autres thèmatiques...et surtout inciter les élèves a plus de "réflexion"...bref à être moins "consommateurs" de ressources qu’"acteurs", afin de développer chez eux une conscience et un intérêt autour des problématiques économiques et gestionnaires.

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