articles de ce dossier
articles de la même rubrique

Apprendre l’économie dès la seconde (Revue de presse)

Le Figaro 09/02/2010


A lire aussi sur lefigaro.fr

Apprendre l’économie dès la seconde Jean-Pierre Boisivon 09/02/2010

TRIBUNE - Professeur émérite à l’université Paris-II-Panthéon-Assas *, Jean-Pierre Boisivon insiste sur la nécessité de familiariser les lycéens avec les mécanismes de l’entreprise.

Le débat sur l’enseignement de l’économie au lycée prend l’allure d’une maladie endémique. Il y a deux ans, il avait donné lieu à la mise en place d’une commission présidée par Roger Guesnerie, professeur au Collège de France, et à une étude commandée, par l’Académie des sciences morales et politiques, à cinq économistes réputés. Aujourd’hui, il resurgit avec les projets de programme des options de la classe de seconde. Il s’alimente à deux sources.

La première porte sur le programme proposé pour l’option sciences économiques et sociales, qui serait jugé trop et… pas assez. Trop lourd : il faudrait, dit-on, l’alléger de quatre chapitres sur les douze proposés, mais dont dix doivent être obligatoirement traités ; trop conceptuel : il faudrait renoncer à enseigner les notions d’élasticité et de coût marginal (qui sont pourtant au cœur du raisonnement économique) ; pas assez sociologique, notamment vis-à-vis de tout ce qui a trait aux inégalités, au chômage et à l’emploi. On pourrait presque faire l’économie de l’argumentaire développé, tant on se demande si le principal reproche fait à ce programme n’est pas tout simplement d’être le fruit d’une commande ministérielle et tant on est sidéré par l’exagération des réactions qu’il suscite.

Ce programme présente une innovation majeure : il invite les enseignants et les élèves à partir des outils et des méthodes de raisonnement de portée générale qu’ils utiliseront ensuite pour expliciter quelques thèmes. C’est en apprenant à maîtriser les concepts, les outils et les méthodes de raisonnement qu’on développe l’esprit critique. À défaut, on se condamne à n’enseigner qu’un catalogue de critiques. C’est toute la différence entre une entrée par les « thèmes » et une entrée par les outils et les méthodes, qu’on applique ensuite à des thèmes.

La seconde a trait à l’option qui est offerte aux élèves de choisir entre un programme de sciences économiques et sociales orienté vers la macroéconomie et la sociologie et un programme portant sur les « principes fondamentaux de l’économie et de la gestion », davantage tourné vers la microéconomie et l’entreprise. C’est, pour les lycéens qui poursuivront dans les filières générales, une occasion unique de découvrir l’économie par l’intermédiaire de ses acteurs et des relations qu’ils entretiennent entre eux. L’entreprise est certes au cœur du programme : qu’est-ce qu’une entreprise ? Comment l’entreprise crée-t-elle de la valeur ? Comment l’entreprise se lance-t-elle sur un nouveau marché ? Comment l’entreprise fixe-t-elle le prix d’un produit ? Quelle place pour l’individu dans l’entreprise ? Comment l’ouverture internationale influence-t-elle le comportement de l’entreprise ? Mais l’entreprise n’est-elle pas l’acteur majeur de l’économie ? Les élèves de seconde ne seront-ils pas, pour la très grande majorité d’entre eux, appelés à y passer leur vie professionnelle ? Sans compter que ceux - ils sont de plus en plus nombreux - qui feront le choix d’études de gestion à l’université ou dans les écoles y trouveront un éclairage utile pour motiver celui-ci et pour s’y préparer.

La pertinence de cette option est d’autant plus grande que les Français en général ont une profonde méconnaissance de la réalité des entreprises et de leurs modes de fonctionnement. L’an dernier, la Fondation nationale pour la gestion des entreprises (Fnege) a commandé un test de connais­sances réalisé auprès de 1 000 Français représentatifs de la population adulte. Les résultats ont confirmé les craintes que l’on pouvait nourrir. Seulement 10 % des personnes interrogées pouvaient prétendre obtenir la moyenne, alors que la plupart des questions portaient sur des notions indispensables pour participer au débat public : un tiers des personnes interrogées confondaient chiffre d’affaires et bénéfice ; une majorité des deux tiers estimaient que le dividende représentait la valeur de l’action, ou la plus-value réalisée, ou encore la redevance que doivent payer les sociétés cotées en Bourse. Pour autant, même si le programme de sciences économiques et sociales de première et de terminale n’ignore pas l’entreprise, celle-ci y est réduite à un agent de la comptabilité nationale.

La nécessité de former les Français aux fondamentaux de l’économie et de la gestion représente donc un enjeu majeur, d’autant que le Conseil pour la diffusion de l’information et de la culture économique (Codice) dressait le même constat s’agissant des connaissances en économie. Or, les Français sont conscients de leurs la­cunes et désireux de les combler. C’est la raison pour laquelle les lycéens qui le souhaitent pourront s’inscrire pour les deux options. On ne peut que les y encourager.

* Également conseiller du président de la Fnege.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales