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De la véritable culture économique (Revue de presse)

Les échos - 8 février 2010


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Par JEAN GADREY ET GILLES RAVEAUD

JEAN GADREY EST PROFESSEUR ÉMÉRITE (UNIVERSITÉ LILLE-1), EX-MEMBRE DE LA « COMMISSION STIGLITZ », ET GILLES RAVEAUD EST MAÎTRE DE CONFÉRENCES (INSTITUT D’ÉTUDES EUROPÉENNES, UNIVERSITÉ PARIS-8).

Six économistes ont publié le 1 er février un point de vue, intitulé « De l’économie pour tous les lycéens », à l’appui d’un projet de réforme des programmes de seconde dans lequel ils voient une chance pour « la diffusion d’une véritable culture économique en France ». On nous permettra d’en douter.

D’abord, est affirmée l’existence d’un « langage commun » aux économistes, celui qu’il faudrait commencer à inculquer en seconde. Or ce langage n’est commun qu’à une fraction de la profession. Les programmes actuels, pluralistes, évitent de faire croire à une telle fiction. Ils sont à ce titre plus représentatifs d’une discipline qui n’est pas réduite à une seule « grammaire ».

Ensuite, cet enseignement a été défini, depuis sa création en 1965, avec pour objectif de permettre aux élèves de « mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent ». C’est pour cela qu’il a été conçu en jouant la complémentarité de l’économie et de la sociologie, enrichies par l’histoire. C’est ce qui a fait son succès, attesté par les statistiques sur ses débouchés.

Si nos six collègues ne parlent plus que de « culture économique », c’est qu’en effet le projet actuel fait pratiquement disparaître la dimension sociale de la compréhension du monde. Exit par exemple le chômage, les catégories professionnelles, l’organisation du travail ou la famille… Cela explique la récente démission du sociologue François Dubet de la commission des programmes.

Enfin, selon les enseignants de SES, la nouvelle « grammaire », essentiellement spéculative et mathématique (élasticités, courbes d’offre et de demande, courbes de coûts…), est inaccessible à la majorité des jeunes de quinze ans tels qu’ils sont.

Il y a fort à craindre qu’une telle réforme ne serve en rien la culture économique de la jeunesse. Elle risque, au contraire, de l’en détourner.

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