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Le chômage, matière à économies (Revue de presse)

Libération, 29 janvier 2010


Le chômage, matière à économies

Libération, 29 janvier 2010

Par VÉRONIQUE SOULÉ

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Sylvain David, président de l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses), croyait avoir gagné. Il y aurait une entrée sur le chômage et une autre sur les discriminations face à l’emploi dans le nouveau programme de seconde l’an prochain. Deux réalités que les élèves connaissent bien et qu’il n’est pas inutile d’analyser.

Mais, à la troisième et dernière réunion, il apprend que « le cabinet a tranché : on ne parlera pas du chômage ». Au lieu du cours sur l’élasticité des prix, il avait aussi proposé que l’on étudie le pouvoir d’achat, plus accessible pour des élèves de 15 ans. Mais, là encore, « le cabinet a arbitré » : ce sera non. Les lycéens apprendront « comment se détermine le prix d’équilibre sur un marché ».

Luc Chatel a été nommé à l’Education pour faire passer les réformes laissées en plan par Xavier Darcos. A mi- mandat, Nicolas Sarkozy pense à son bilan et veut montrer qu’il a tenu ses promesses. Pas question d’abandonner la réforme du lycée. Luc Chatel emploie alors une méthode bien à lui : il décide des grandes lignes, puis il réunit quelques experts, à la suite de quoi il amende un peu ce qu’il a décidé, puis il lance une vaste consultation… Ainsi le programme de SES a été communiqué aux éditeurs le 22 janvier. Puis il a été mis sur le site du ministère le 27 janvier pour une « consultation des enseignants » jusqu’au 12 mars, les manuels devant être prêts en avril-mai.

Depuis leur création, les SES sont critiquées : c’est une matière bizarre où l’on mêle économie, sociologie, ethnologie, etc. Les patrons trouvent que l’entreprise y a une mauvaise image, la droite que l’on y parle trop de Marx et de Keynes, les économistes que l’on n’y enseigne pas assez les notions de base. Les profs de SES avaient toutefois reçu l’assurance que l’on garderait un tiers de socio dans les programmes de seconde. D’où quatre questions « sociales » sur les douze à traiter. Mais seules les dix premières sont obligatoires et les deux dernières sont sociologiques.

Les profs de SES jugent leur discipline dénaturée, réduite à un enseignement désincarné et rébarbatif. Jusqu’ici les élèves commençaient par la famille, l’emploi, les catégories socioprofessionnelles… Désormais, ils verront d’abord « comment les revenus et les prix influencent le choix des consommateurs », puis s’interrogeront sur « consommer ou épargner ». Si les programmes ne sont pas modifiés, l’Apses menace d’appeler à désobéir et à ne pas les appliquer.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales