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La réforme du lycée fait l’économie de la série ES (Revue de presse)

Libération 4 décembre 2009


l’article sur liberation.fr

Par véronique Soulé (Libération 4-12-2009)

Enfin, tous les élèves français vont avoir des cours d’économie. Ils deviendront ainsi des citoyens éclairés, capables de comprendre une crise et d’y réagir au mieux. C’est, en substance, ce que le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, a annoncé triomphalement en détaillant la réforme du lycée. En réalité, la série ES (économique et sociale) en sort franchement affaiblie. S’ils reconnaissent que d’autres disciplines sont touchées - comme l’histoire-géo qui n’est plus obligatoire en terminale S -, les enseignants de SES (sciences économiques et sociales), qui manifestaient mercredi à Paris, estiment « payer le prix fort de la réforme ». Ils n’ont pas vraiment tort.

Les élèves de seconde qui prenaient l’option SES (43% du total) avaient droit jusqu’ici à deux heures trente par semaine. C’était une vraie plongée dans une discipline transversale qui mêle économie, sociologie, anthropologie et science politique. Avec la réforme, ils n’auront plus qu’une heure trente, ce qui est peu pour choisir, en connaissance de cause, la série ES, et qui ravale les SES au rang de matière mineure. Le ministre n’a pourtant pas tout à fait tort lorsqu’il dit que tous les lycéens feront un peu d’économie. En seconde, ils devront choisir l’une de leurs deux options obligatoires d’« exploration » entre les SES et une nouvelle matière : « économie appliquée et gestion ». Le problème est que personne ne sait quel enseignant donnera ce cours et quel en sera le programme. Il reste à définir et, tout récemment, la matière a été rebaptisée « principes généraux d’économie et de gestion ». Pour les enseignants de SES, il y a là une volonté de dénaturer la série ES, qui pourtant attirait de plus en plus d’élèves et avait de bons résultats au bac. « Nous avons toujours dû nous battre pour l’identité de notre enseignement au croisement de plusieurs disciplines, explique un professeur, nous y tenons beaucoup car notre série [nommée B à l’origine, ndlr] a été créée pour introduire une troisième culture à côté de la littéraire et de la scientifique. »

Dès la fin des années 70, Raymond Barre lance une offensive pour supprimer le « et sociales » des SES et en faire un enseignement purement économique. En vain. La droite et les milieux économiques proches du Medef reviennent régulièrement à la charge : ils reprochent aux SES de présenter une vision trop négative de l’entreprise, de s’appesantir sur le chômage au lieu de vanter les avancées du libéralisme, etc. En clair, il s’agit d’idéologie. En terminale, la réforme a saucissonné les SES. Les lycéens devront choisir, en spécialité, entre sciences sociales et économie approfondie d’où l’on aura extirpé la sociologie.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales