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Interview au Café pédagogique : "Nous sommes en présence d’un enjeu démocratique important" (Blogosphère)

L’Expresso du 12 novembre 2009


APSES : "Nous sommes en présence d’un enjeu démocratique important"

Par Sylvain David

L’expresso du 12/11/2009 du Café pédagogique

La réforme du lycée va-t-elle marginaliser les SES ? Sylvain David, président de l’Apses, la principale association des enseignants de SES, le craint. Mais elle pense aussi que le temps est venu de généraliser une formation économique et sociale pour tous les jeunes Français.

Avez vous été reçu récemment par le ministère dans le cadre de la réforme du lycée ? Quel accueil avez-vous eu ?

L’APSES a été reçue le 8 octobre dernier par le cabinet de Luc Chatel. Aucune garantie n’a été apportée quant au devenir de l’enseignement des SES au lycée. Au contraire, nous avons senti le ministère replié sur une logique comptable consistant à chercher d’abord à réduire les heures d’enseignement sans qu’aucune discussion sur les objectifs, les contenus des enseignements ni sur les pratiques pédagogiques ne puisse même être esquissée.

Aujourd’hui qu’est-ce qui vous donne à penser que les SES sont menacées ?

Une fois encore, l’institution demande aux SES de justifier leur présence au sein de la formation dispensée aux lycéens. Alors même que le ministère élabore le lycée du XXIe siècle, il s’obstine, quitte à aller contre une demande très largement partagée, à refuser de pallier la carence en formation en sciences économiques et sociales qu’un grand nombre de personnes ou d’organismes déplorent. Cela est très étonnant. Quelles sont les explications d’une telle attitude ?

Les SES sont sous pressions depuis plus d’un an maintenant. Elles portaient à la fois sur la place de cet enseignement et de la filière et sur le contenu de l’enseignement. Où en est le débat sur le contenu de l’enseignement, par exemple la place des sciences sociales ? Il semble par exemple que dans le futur lycée il y ait en fait plusieurs enseignements des SES.

L’APSES souhaite s’engager résolument dans une démarche de propositions quant à des évolutions de l’enseignement de SES. C’est ainsi que nous avons organisé une consultation des enseignants de SES dans les académies. Nous rendrons public prochainement une synthèse de ces propositions que nous soumettrons au débat. Encore faut-il que les projets du ministère ne nous obligent pas à nous mobiliser une fois encore pour éviter la disparition des SES. C’est pourtant ce qui semble se dessiner au regard des premières pistes qui se dégagent dans le projet de réforme du lycée. S’il faut lutter pour que l’enseignement des SES ait un avenir, nous le ferons.

Vu sous l’angle quantitatif, le maintien de l’enseignement des SES n’est-il pas protégé par la place de la série ES dans l’enseignement général ?

Je ne le crois pas. La série ES peut se prévaloir d’une réussite incontestable, pour autant, celle-ci risque d’être déstabilisée par des modifications dans l’organisation et les contenus des enseignements qui y sont dispensés. Par exemple, la proposition de séparer, en classe de terminale, l’enseignement de l’économie de celui des autres sciences sociales est lourde de sens. Plus fondamentalement, la lisibilité de cette série est étroitement liée à la présence d’un enseignement de SES solidement ancré au sein des enseignements proposés en classe de seconde. Le marginaliser, c’est remettre en cause l’existence même de la série ES.

Dans le communiqué, vous craignez que la majorité des lycéens quitte le lycée sans formation économique. Mais n’oubliez vous pas un peu vite l’enseignement d’éco-gestion donné en STG ?

Je crois que l’enseignement de SES et celui d’économie-gestion ont une différence essentielle : celle de leur finalité. La voie technologique a notamment une finalité professionnalisante que n’a pas la voie générale. L’enseignement de SES est surtout un enseignement de culture générale dont l’objectif est de former les élèves aux démarches propres aux différentes sciences sociales (et pas seulement à l’économie) afin de les aider à mieux se repérer dans la société dans laquelle ils vivent.

Vous demandez que tous les lycéens reçoivent un enseignement de SES. Avez vous chiffré cette proposition ? Vous paraît-elle réalisable ?

Je crois que la question consiste d’abord à se demander quelle formation nous souhaitons dispenser aux lycéens avec quels objectifs ? Dans ce cadre, se fixer comme objectif que tous les lycéens puissent accéder à une formation en sciences économiques et sociales me paraît correspondre à une demande sociale forte et à une exigence démocratique. Cela nécessite d’y consacrer le temps adéquat. A l’institution de se donner les moyens de ses ambitions.

Qu’est-ce qui pourrait justifier aux yeux de l’opinion un tel effort de formation ?

Nous sommes en présence d’un enjeu démocratique important. La question de la présence d’un enseignement de SES obligatoire au sein de la formation des lycéens ne concerne pas les seuls enseignants de SES. Tout un chacun regrette l’absence de connaissances économiques et sociales des français. Des initiatives sont prises ici et là pour leur permettre d’accéder à une meilleure compréhension des enjeux économiques et sociaux contemporains. L’école doit apporter sa contribution propre. L’APSES invite toutes les personnes qui partagent cette demande à soutenir les initiatives qu’elle sera amenée à prendre.

Une dernière question : demain s’ouvrent les Journées de l’économie, un rendez-vous important pour la profession. L’Apses a-t-elle prévu d’y être et d’évoquer ce sujet ?

L’APSES est partenaire des Journées de l’Economie. Nous avons d’ailleurs prévu d’organiser une rencontre autour de l’avenir de l’enseignement des SES ce vendredi de 14h à 17h à la CCI de Lyon.

Sylvain David

commentaires (1 message)


  • Interview au Café pédagogique : "Nous sommes en présence d’un enjeu démocratique important" (Blogosphère) 17 novembre 2009 13:22, par alasserre

    Si je suis totalement favorable à la généralisation de l’enseignement des SES à tous les lycéens, je ne comprends pas pourquoi cette généralisation devrait avoir lieu en 2nde, comme le réclame la pétition actuelle. En effet, les élèves de première ou terminale sont beaucoup plus réceptifs à l’intérêt de cette discipline que les 2nde, qui ont, et c’est légitime bien d’autres préoccupations. Alors, pourquoi défendre à tout prix des heures en 2nde alors qu’elles seraient bien plus efficaces et utiles un ou deux ans plus tard ?

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