Orientations 2009-2010

Rapport d’orientation 2009-2010 adopté

L’année 2008-2009 a été pleine de rebondissements : publication de plusieurs rapports sur l’enseignement des Sciences Economiques et Sociales, annonce d’une réforme de la classe de seconde qui marginalisait cet enseignement puis report de cette réforme et lancement d’une mission de concertation confiée à Richard Descoings. Elle a été marquée également par le succès de notre stratégie de mobilisation et de recherche de soutiens extérieurs avec l’annonce le 14 décembre dernier, à la veille du report de la réforme, de l’introduction des SES dans les enseignements obligatoires. Les orientations proposées pour 2009-2010 visent à donner à l’APSES les moyens de conforter ces succès.

1. Place des SES au lycée

1.1. En seconde L’AG de Grenoble a massivement validé, en juin 2008, la demande d’intégration des SES dans les enseignements communs de seconde avec un volume horaire annuel de 3 heures par semaine, dont une heure de TD dédoublée. L’enquête en ligne (lancée par l’APSES dans la perspective des Assises de l’enseignement des SES tenues le 16 mai 2009) confirme également cette préférence au-delà des seuls adhérents de l’APSES. L’APSES continuera à porter cette demande pour que tous les lycéens de seconde suivent un enseignement annuel de SES, non seulement parce qu’il permet de faire découvrir une matière dominante d’une des séries, mais également au titre des connaissances et compétences spécifiques que cet enseignement peut apporter aux lycéens.

1.2. Dans le cycle terminal Concernant le cycle terminal, l’APSES réaffirme que les SES doivent être une discipline pivot au sein d’une série cohérente où s’expriment des complémentarités fortes avec notamment l’histoire-géographie, les mathématiques et la philosophie. Les SES ont aussi vocation à être présentes dans les séries littéraire et scientifique, à condition que cet enseignement conserve son caractère pluridisciplinaire et pluriparadigmatique et ne soit pas réduit à une liste de fondamentaux. L’Apses devra poursuivre la réflexion sur la pertinence et les modalités d’une éventuelle différenciation des problématiques ou thèmes étudiés selon la série.

2. Evolution des programmes

2.1. Analyse de la situation actuelle Un large consensus se dégage sur la dérive encyclopédique des programmes (professeurs, Inspection générale, Rapport de la commission d’audit présidé par Roger Guesnerie), notamment celui de terminale, qui conduit à leur lourdeur et décourage la diversification des dispositifs pédagogiques, décrédibilise la qualité de leur traitement auprès des universitaires, occasionne un bachotage polycopié en terminale dont on peut faire l’hypothèse qu’il désavantage particulièrement les élèves les plus faibles à court et plus long terme (pour le bac et pour ce qu’ils retiendront comme postures et savoirs véritablement acquis pour la poursuite de leurs études).

Le diagnostic qu’une part importante d’adhérents formule est que cet encyclopédisme est lié à la façon même dont les programmes sont structurés. Initialement, l’ajout de colonnes précisant les notions essentielles puis complémentaires avait pour vocation de cadrer, en les précisant, les attentes quant au degré d’approfondissement sur telle ou telle partie du programme. Mais le mieux est devenu l’ennemi du bien, la liste ne cesse de s’enrichir sous l’influence de la dynamique propre du monde en mutation rapide, de la recherche et des rapports de force au sein des groupes chargés d’élaborer ces programmes. De moyen étayant la mise en œuvre des programmes, les notions sont devenues finalité, effaçant ou masquant de plus en plus les problématiques d’ensemble dans l’esprit des enseignants et des élèves. Cette évolution a d’ailleurs pris explicitement forme dans le dernier programme de terminale (2002) où l’entrée précédente par problématiques a été abandonnée et remplacée par une entrée par des thèmes non problématisés. Les documents d’accompagnement des programmes se sont rallongés considérablement en même temps qu’ils changeaient de statut en devenant des Indications complémentaires prévues pour délimiter et préciser officiellement le traitement du programme. Las, on ne peut qu’observer ici également une dérive qui se traduit non par la délimitation mais par l’extension des axes de traitement, l’expression récurrente « On pourra étudier… » symbolisant ce sentiment.

2.2. Procédure de confection des programmes L’APSES propose de poursuivre le travail de concertation avec les enseignants de SES, les universitaires et l’Inspection générale pour repérer à la fois les problématiques à étudier ainsi que les principaux concepts, raisonnements et méthodes que doivent maîtriser les lycéens en seconde et en fin de cycle terminal.

Elle demande également à ce que les professeurs enseignant dans le secondaire soient majoritairement représentés au sein du groupe d’experts qui confectionne les programmes aux côtés d’inspecteurs et de chercheurs ou universitaires, et que parmi ces derniers figurent à la fois des économistes, des sociologues et des politistes, ainsi qu’un chercheur en sciences de l’éducation. En effet, les savoirs scolaires que prescrit un programme proviennent nécessairement d’une sélection de savoirs produits par les communautés scientifiques mais ne peuvent en être un simple décalque.

2.3. Structuration des programmes L’APSES rappelle son attachement à des programmes structurés à partir d’un nombre limité de problématiques qui doivent permettre aux élèves de mieux comprendre les enjeux économiques et sociaux contemporains et d’acquérir des connaissances et des compétences relatives aux sciences sociales :
-  Pour que l’élève donne un sens à l’apprentissage des concepts, raisonnements et méthodes.
-  Pour favoriser la « formation de l’esprit scientifique » en sciences économiques et sociales, titre de l’ouvrage publié en 1938 par Gaston Bachelard où celui-ci affirmait : « C’est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique toute connaissance est une réponse a une question. S’il n’y a pas eu de questions il ne peut pas avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit. »
-  Pour délimiter beaucoup plus drastiquement qu’aujourd’hui les sujets possibles lors des évaluations écrites du baccalauréat. Le système introduit par le programme de Terminale de 2002 (des sujets construits en combinant des notions de la première colonne du programme) a en effet fait la preuve qu’il renforçait l’arbitraire dans la conception des sujets, et donc dans l’évaluation des compétences des élèves au baccalauréat. Au sein de ces problématiques choisies pour leur acuité dans la formation des citoyens en devenir que sont les lycéens, le programme devrait préciser un nombre limité de concepts, raisonnements et méthodes exigibles, en provenance d’une ou de plusieurs disciplines sur une problématique donnée.

2.4. Des programmes qui invitent à développer une large gamme de compétences. L’APSES invite à inscrire la réflexion sur les programmes dans l’esprit de ce que préconisaient les « Objectifs de référence pour l’enseignement des SES en seconde » en 1993 (voir http://www2.ac-lyon.fr/enseigne/ses...) en mettant l’accent autant sur les connaissances à transmettre que sur les savoir-faire et postures intellectuelles. Les programmes pourraient mettre l’accent sur l’ensemble de ces éléments sans les dissocier ou les opposer, en insistant davantage sur l’initiation aux méthodes des sciences sociales et en laissant plus de place à la liberté pédagogique de l’enseignant. Le caractère pluridisciplinaire de l’enseignement des Sciences Economiques et Sociales est aussi le moyen d’élargir les « compétences » apportées par cet enseignement, par la maîtrise des raisonnements et méthodes propres à chaque discipline, par les questionnements spécifiques que chacune privilégie, mais aussi par leur mobilisation conjointe sur certains objets. Cette pluridisciplinarité qui associe les apports de l’économie, de la sociologie et de la science politique doit être maintenue d’une part parce qu’elle est une des raisons de l’attractivité des SES et suscite l’intérêt des élèves, et d’autre part car elle constitue un atout pour leur orientation future dans l’enseignement supérieur.

2.5 L’évaluation en SES Les modalités d’évaluation en SES sont un facteur déterminant de l’évolution de l’enseignement vers l’encyclopédisme, au détriment de l’appropriation par les élèves des savoirs et méthodes. Des programmes structurés sous forme de problématiques explicites et précisant plus clairement un nombre limité de raisonnements à maîtriser permettraient de limiter l’arbitraire et de mieux valoriser les compétences des élèves. En ce qui concerne les épreuves écrites, la dissertation est un exercice qui permet de valoriser un large spectre de compétences. Mais, en l’état actuel, le dossier documentaire de la dissertation et la question de synthèse étayée par un travail préparatoire ne permettent pas, bien souvent, de valoriser ces compétences. Afin d’améliorer l’évaluation, les sujets aux épreuves écrites doivent mieux respecter les consignes des instructions publiées au BO en 1997 et une réflexion doit s’engager sur l’épreuve de synthèse, notamment pour que les aspects méthodologiques (savoir-faire) y soient mieux pris en compte et évalués (par exemple ceux nécessitant l’usage d’une calculette). En effet, les questions et les documents invitent souvent à la paraphrase, et l’exigence d’approfondissement de l’analyse est parfois en contradiction avec les limites imposées aux réponses du travail préparatoire et à la synthèse. Enfin, dans la lignée des propositions convergentes exprimées lors des Assises de l’enseignement des SES, l’APSES propose qu’une réflexion s’engage sur l’introduction, à côté des épreuves écrites, d’une épreuve pratique qui évaluerait un travail en groupe exploitant des méthodes des sciences sociales (recherche et traitement de l’information, enquête, monographie, petites modélisations…). Ce travail pourrait prolonger les acquis tirés des TPE et avoir pour cadre un des thèmes étudiés en première.

2.6 Réflexion collective sur l’élaboration des futurs programmes L’Assemblée générale mandate le bureau national pour organiser une réflexion sur les objectifs et contenus de notre enseignement, notamment, et pour commencer, en classe de seconde. Il est demandé à chaque régionale d’organiser, dès la rentrée scolaire 2009, des journées d’étude qui devront déboucher sur des propositions de programme afin d’incarner les réflexions dans un exemple formalisé d’au moins un chapitre de seconde. Ces réflexions et productions régionales seront rendues publiques, sur le programme de seconde, avant la fin de l’année 2009. La réflexion devra se poursuivre ensuite sur le cycle terminal de la série ES.

3. Colloques, formation continue et partenariats

3.1. La formation continue L’APSES reconduit le partenariat avec les Journées de l’Economie (Jéco), sous une forme à préciser avec les responsables des Jéco et qui permette à un plus grand nombre d’enseignants de SES de participer à ces journées qui se dérouleront les 12, 13 et 14 novembre 2009 à Lyon. De ce fait, le stage national aura lieu en janvier 2010. Le thème de ce stage national sera choisi lors du premier comité directeur de rentrée.

3.2. Partenariats L’APSES a continué à développer ses liens avec les associations universitaires par des rencontres régulières avec les membres de leurs instances. En lien avec les orientations précédentes sur les programmes, l’APSES souhaite que des groupes de travail soient mis en place avec des représentants de l’AFSE, de l’AFSP et de l’AFS et ASES pour mieux identifier les concepts, raisonnements et méthodes ainsi que les problématiques qui devraient figurer dans les futurs programmes. Ces partenariats ont plusieurs finalités : que l’APSES se place comme force de propositions pour ne pas subir une nouvelle fois des décisions qui iraient à l’encontre de ce qui nous semble souhaitable sur les programmes ; accroître le dialogue et la compréhension mutuelle entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur ; consolider les soutiens dont nous aurons besoin pour appuyer les demandes concernant la place des SES au lycée. Ils n’impliquent en rien que l’APSES renonce aux principes qu’elle affirme dans les orientations concernant les programmes.

4. Vie de l’association

4.1. Adhésions La hausse des adhésions s’est poursuivie en 2008-2009 mais l’APSES devra être capable de fidéliser ses adhérents et d’en attirer encore davantage en continuant à développer la partie mutualisation d’apses.org, à organiser des stages de qualité, moments forts de formation, de réflexion et de socialisation, en développant l’activité de ses régionales.

4.2. Listes de diffusion et forum La création du forum en juin 2008 a été un échec. La liste adh-apses continue d’être saturée dans les moments aigus même si elle est sans pareil pour mobiliser et informer rapidement. Il semble que l’outil forum choisi n’était pas le bon ou qu’il ne pouvait s’imposer en maintenant la liste de diffusion. Un autre outil (Google groups) permet d’allier forum et liste de diffusion selon les options que choisit l’abonné. Durant l’été, adh-apses hébergé par Yahoo ! Groups sera basculé sur Google groups.

4.3. Site internet Le CD de janvier 2009 a voté un investissement financier important pour créer un nouveau site (en gardant les contenus) plus ergonomique, professionnel et efficace. Le devis a été validé et nous devrions avoir un nouveau apses.org performant et complet fin août 2009 (une version incomplète a été mise en ligne le 17 mai). Grâce à un module développé par Joachim Dornbusch, le nouveau site permettra également l’organisation de votes en ligne pour les membres du CD.

4.4. APSES Info, Lettre de l’APSES et News-letter L’évolution du rythme de publication d’APSES Info (2 numéros par an prévus mais 1 seul numéro cette année) ainsi que la réorientation éditoriale causée par la concurrence du site doivent se poursuivre : articles de fond plus que d’actualité, interviews d’universitaires à propos de leur livre ou recherches etc. Compte tenu de la richesse de l’actualité et de l’activité de l’association cette année, nous n’avons pas eu de difficultés pour faire un numéro dense, mais il faudrait davantage de contributions des collègues et des régionales. A cet effet un comité éditorial a été institué. La recherche d’annonceurs devrait aussi être dynamisée, surtout compte tenu de l’accroissement du nombre d’adhérents et donc de lecteurs de la revue. A la rentrée 2009, une Lettre de l’APSES sera comme cette année envoyée dans tous les lycées, présentant les résultats de l’AG et les orientations pour l’année à venir.

4.5. Instances et régionales Lors de l’AG de Grenoble puis du CD de janvier 2009, a été évoqué la possibilité d’organiser ponctuellement et selon des modalités précises à définir la possibilité de consultation du CD via un module de vote en ligne. Joachim Dornbusch est en train bénévolement de créer ce module de vote qui sera intégré à apses.org. Sans modification des statuts de l’association, l’Assemblée Générale des 13 et 14 juin 2009 propose, à titre expérimental jusqu’à l’assemblée générale suivante, la mise en place d’une procédure de saisine et de vote du Comité Directeur par voie électronique. Le débat et le vote doivent porter sur une question urgente (ne pouvant attendre la tenue d’un Comité Directeur ou l’Assemblée Générale). Le Comité Directeur peut se saisir d’une question, demander un débat et un vote via le module de vote, sur la demande du BN ou d’au moins un tiers des membres titulaires du Comité Directeur. Le vote sera ouvert pour une durée déterminée par le Bureau National à partir de l’envoi par mail de la question aux membres du Comité Directeur. Le vote sera validé si le taux de participation atteint 50%. Cette procédure devra rester exceptionnelle étant entendu que rien ne remplace les débats physiques et vivants qui ont lieu lors des réunions du Comité Directeur, ceux-ci sont indispensables pour les débats de fond.

Un comité directeur exceptionnel peut être convoqué sur la demande de la majorité des membres titulaires.

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