Les politiques publiques de lutte contre les inégalités

Claire JOIGNEAUX-DESPLANQUES
Groupe APSES Paris

Les politiques publiques de lutte contre les inégalités : l’exemple des inégalités hommes/femmes sur le marché du travail

Un dossier à utiliser en classe de terminale, en travail de groupes.
La première étape est réalisée par tous les groupes de la classe.
Ensuite, une moitié des groupes réalise la deuxième étape et l’autre moitié la troisième étape.
Chaque groupe désigne un secrétaire et un rapporteur , qui pourra expliquer au reste de la classe les résultats du travail de son groupe.

Première étape : repérer les différences d’insertion sur le marché du travail selon le genre.

Travail sur les documents 1 à 5 :

Ce travail peut prendre deux formes :
-> A l’aide des documents 1 à 5, vous caractériserez les différences en matière d’insertion sur le marché du travail entre les hommes et les femmes.
- Pour chacun des documents, vous rédigerez une phrase de constat, puis vous illustrerez les constats avec quelques données pertinentes.
- On peut répartir ces documents entre les élèves de la classe : une première moitié étudie les documents 1,2 et 5 et l’autre moitié les documents 3,4 et 5.


- > on peut imaginer d’utiliser cette première partie en TD dans le cadre de l’entraînement au travail préparatoire de la question de synthèse, pour mener les élèves à une analyse plus précise des documents :
1. Faites une phrase qui indique la signification des données pour la France, qui figurent dans le document 1.
2. Transformez le document 2 pour indiquez la répartition en pourcentage des différentes formes de chômage (pour chacun des deux sexes et pour l’ensemble de la population).
3. Parmi les « chômeurs de l’ombre », quel est le pourcentage de femmes ? (document 2)
4. Expliquez l’expression « chômeurs découragés ». Donnez un exemple de chômeuse découragée. (document 2)
5. Pourquoi les femmes ont-elles une probabilité plus forte d’être « découragées » ?
6. Proposez une façon de mesurer les différences de taux de chômage entre les hommes et les femmes. (document 3)
7. Peut-on expliquer tous ces écarts par les interruptions de carrière dues à la maternité ?
8. Quels constats peut-on faire à la lecture du document 4 ?
9. Comment des salariés peuvent-ils être payés au-dessous du salaire minimum ? (document 5)
10. Quelle est la conséquence de l’augmentation de la part des bas salaires depuis le début des années 80 ? (document 5)

Document 1. Taux d’emploi des 25-54 ans en 2002.

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Source. Françoise MILEWSKI, «  Femmes : « top » modèles des inégalités », revue de l’OFCE, juillet 2004

 

Document 2 : Les différentes formes de chômage en 2001 en France selon le sexe .

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Source : Margaret MARUANI, «  Activité, précarité, chômage : toujours plus ? », revue de l’OFCE, juillet 2004

Document 3 : Taux de chômage par âge et par sexe en 2002.

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Source : Margaret MARUANI, «  Activité, précarité, chômage : toujours plus ? », revue de l’OFCE, juillet 2004

 

Document 4. Proportion de salariés à temps partiel en 2002.

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Source : Source. Françoise MILEWSKI, «  Femmes : « top » modèles des inégalités », revue de l’OFCE, juillet 200 

Document 5.

En France, aujourd’hui, 3,4 millions de personnes travaillent pour un salaire inférieur au SMIC mensuel. Parmi eux, 80 % sont des femmes. Depuis le début des années 1980, les bas salaires (moins de 838 € par mois) sont en pleine expansion. Ils concernaient 11 % des salarié(e-s) en 1983 et 17 % en 2001. Quant aux très bas salaires (moins de 629 euros), leur croissance a été encore plus rapide : de 5 % des salarié(e-s) en 1983, ils sont passés à 9 % en 2001. Cette forte progression des salaires inférieurs au SMIC que l’on constate depuis près de vingt ans est étroitement liée à la multiplication des emplois à temps partiel : 80 % de ceux qui ont des bas salaires sont à temps partiel. Parallèlement à la croissance du travail à temps partiel, on voit donc se profiler un processus de paupérisation : le développement d’une frange de salarié(e-s) pauvres, c’est-à-dire de gens qui ne sont ni chômeurs, ni « exclus », ni « assistés », mais qui travaillent sans parvenir à gagner leur vie. Dans leur grande majorité, ces gens sont des femmes qui travaillent à temps partiel.
Margaret MARUANI, « Activité, précarité, chômage : toujours plus ? », revue de l’OFCE, juillet 2004

Deuxième étape : différences ou inégalités ?

Travail sur les documents 6 à 11

  1. Les différences d’insertion sur le marché du travail entre les hommes et les femmes résultent-elles de choix opérés par les femmes ?
  2. Toutes les femmes se trouvent-elles de ce point de vue dans la même situation ?
  3. Quelles sont les conséquences pour les femmes de leur insertion différente sur le marché du travail ?
  4. Citez un exemple de différence entre hommes et femmes dans le domaine professionnel qui ne soit pas une inégalité.
  5. Dans quelle mesure les différences entre hommes et femmes en matière d’insertion sur le marché du travail sont-elles des inégalités ?

Document 6

Depuis vingt ans en effet, le travail à temps partiel s’est développé dans certains secteurs (le commerce, l’hôtellerie, la restauration, les services aux particuliers et aux entreprises) et dans une catégorie professionnelle particulière : plus de la moitié des femmes travaillant à temps partiel sont des employées. Caissières, vendeuses, femmes de ménage... la plupart de ces femmes n’ont pas choisi de travailler à temps partiel. Elles ont préféré avoir un emploi de quelques heures plutôt que d’être au chômage. Beaucoup d’entre elles travaillent pour un salaire bien en dessous du SMIC mensuel et avec des horaires extrêmement éclatés et décalés.

Il est donc grand temps de tordre le cou à l’idée de « choix ». Temps choisi, temps subi : en dépit des apparences, telle n’est pas la question pertinente. Que signifie « choisir » quand les pressions sont tellement fortes qu’il n’y a pas d’autres solutions ? Quand les emplois qui sont proposés ne sont jamais à temps plein ? Quand les contraintes de la vie familiale deviennent trop complexes ? Les pressions ne sont pas uniquement d’ordre économique ou domestique. Elles sont également - et fortement - idéologiques : le travail à temps partiel a été construit de toutes pièces comme la forme d’emploi idéale pour les femmes et l’idée de choix est implicitement inscrite dans sa définition.
Margaret MARUANI, « Activité, précarité, chômage : toujours plus ? », revue de l’OFCE, juillet 2004

Document 7

Les femmes à temps partiel constituent un groupe hétérogène. Lorsqu’il est imposé par les employeurs, le temps partiel est le plus souvent associé à un travail non qualifié, fréquemment instable parce qu’à durée déterminée, et à horaires atypiques. Il conduit alors à une précarité de l’insertion sur le marché du travail (insertion discontinue) et une dégradation des conditions de vie (les difficultés de l’articulation entre la vie professionnelle et la vie familiale sont accrues par les horaires atypiques). En revanche, lorsqu’il est « choisi » par les femmes, le temps partiel est souvent de longue durée hebdomadaire, transitoire dans le cycle de vie professionnelle puisque pris durant la période d’éducation des enfants, et il concerne le plus souvent des femmes qualifiées. Il n’est pas, alors, un facteur de précarité, même s’il est toujours un facteur de moindre développement de carrière, voire d’une plus grande dépendance financière du conjoint, source possible de difficultés lors d’une séparation. Il n’y a donc pas un temps partiel, mais des temps partiels.
Françoise MILEWSKI, « La précarité des femmes sur le marché du travail » lettre de l’OFCEn° 263 - 30 juin 2005

Document 8

Les femmes sont aussi surreprésentées dans les emplois peu qualifiés. Parmi les 5 millions de salariés peu qualifiés, 61 % sont des femmes. 30 % des emplois occupés par les femmes sont peu qualifiés, contre 19 % pour les hommes. Parmi les employés non qualifiés, 78 % sont des femmes ; les salaires et les conditions de travail associées à ces emplois sont difficiles. La disponibilité temporelle constitue le principal clivage entre les postes d’ouvriers non qualifiés (plutôt masculins) et les postes d’employés non qualifiés (plutôt féminins) : le travail du dimanche concerne près du tiers des employés non qualifiés (contre 15 % des ouvriers non qualifiés). La variabilité des horaires y est également plus forte que dans les emplois d’ouvriers : 56 % des employés non qualifiés déclarent travailler certains jours ou certaines semaines plus longtemps que l’horaire habituel. 40 % des employés non qualifiés n’ont pas deux jours de repos consécutifs. Cette disponibilité temporelle, qui peut prendre diverses formes (coupures, travail morcelé, imprévisibilité...), est défavorable à l’articulation entre vie professionnelle et vie familiale.
Françoise MILEWSKI, « La précarité des femmes sur le marché du travail », lettre de l’OFCEn° 263 - 30 juin 2005

Document 9

Actuellement en France, le ratio du salaire moyen des femmes comparé au salaire moyen des hommes se situe dans une fourchette allant de 80 à 85 % pour les salaires horaires, et de 75 à 80 % pour les salaires mensuels. Le resserrement de l’écart est en panne : ces fourchettes étaient du même ordre au milieu des années 1990. L’analyse de l’écart des salaires mensuels entre les femmes et les hommes met en évidence l’effet crucial du moindre nombre moyen d’heures de travail des femmes. C’est d’abord du côté des facteurs qui mettent les femmes et les hommes en position inégale sur le marché du travail qu’il faut chercher les raisons de l’écart des salaires et de sa persistance. (...)

La part des bas salaires dans l’emploi des femmes et des hommes est disproportionnée, touchant plus d’une femme salariée sur quatre, contre à peine un homme sur dix. Actuellement, près de 80 % des salariés à bas salaire sont des femmes, et 74 % d’entre elles occupent des emplois à temps partiel. Cette proportion est d’environ 10 points supérieure à son niveau du début des années 1990. Les femmes subissent un risque de bas salaire plus élevé en moyenne que les hommes, car elles occupent relativement plus souvent des emplois non qualifiés, dont les taux de rémunération horaire sont faibles, et qui sont en outre plus souvent offerts à temps partiel. Les bas salaires correspondent aussi plus souvent pour les femmes que pour les hommes à des situations durables. La concentration des femmes dans les « mauvais » emplois, et le fait qu’elles y restent plus longtemps en moyenne que les hommes peut résulter, en partie, de ce qu’elles acceptent, pour des raisons familiales, plus souvent des emplois peu attrayants ; ces mêmes raisons peuvent aussi les rendre moins mobiles que les hommes.
Françoise MILEWSKI, « La précarité des femmes sur le marché du travail », lettre de l’OFCEn° 263 - 30 juin 2005

Document 11.

Les inégalités sur le marché du travail se répercutent aussi, au bout du compte, en inégalités dans les pensions de retraites, du fait de carrières plus courtes et de rémunérations moins importantes au cours de l’activité. (...) Ainsi en 2001, les retraitées percevaient une pension moyenne de 606 euros au titre des droits acquis en contrepartie d’une activité professionnelle, contre 1 372 euros pour les hommes ; les femmes ne sont en effet que 4 sur 10 à avoir liquidé leur retraite avec une carrière complète - c’est-à-dire en ayant la durée de cotisation requise pour bénéficier du taux plein - alors que c’est le cas de 8 hommes sur 10.
Françoise MILEWSKI, « La précarité des femmes sur le marché du travail », lettre de l’OFCEn° 263 - 30 juin 2005

Troisième étape : le rôle des politiques publiques dans la lutte contre ces inégalités

1. Justifiez les deux phrases soulignées dans le document 12
2. Pour quelles raisons les pouvoirs publics peuvent-ils se soucier des inégalités entre les hommes et les femmes sur le marché du travail ?
3. Repérez dans les documents 12 et 13, les différentes formes d’action des pouvoirs publics qui sont citées.
4. Pour chacune de ces formes d’action :
® expliquez les objectifs que poursuivent les pouvoir publics en adoptant ces mesures.
® repérez les effets de ces mesures sur les différentes inégalités entre les hommes et les femmes.
5. L’objectif de réduction des inégalités entre les hommes et les femmes vous paraît-il compatible avec d’autres objectifs poursuivis ? Pourquoi ?

Document 12.

Dans l’emploi proprement dit, la nature des emplois occupés joue un rôle majeur dans la précarité. L’attention devrait donc être portée non seulement au degré d’insertion, mais aussi aux caractéristiques des emplois et aux trajectoires entre les différentes formes d’emplois ou de sous-emploi. Si le temps partiel contraint permettait d’accéder au temps plein, si les emplois à durée limitée permettaient d’accéder aux emplois stables, si la faible qualification pouvait être surmontée par la formation professionnelle et l’évolution vers d’autres métiers, on s’interrogerait moins sur la précarité. Ce n’est justement pas le changement qui est en cause, mais le fait que les femmes qui sont en temps partiel contraint, en emploi de durée limitée, ou en emploi pénible et à horaires atypiques, y demeurent le plus souvent, ou même basculent parfois vers l’inactivité. C’est donc aux trajectoires qu’il faut porter attention. La question de l’articulation des temps sociaux est essentielle, de sorte de ne pas encourager les hommes à allonger leurs horaires (pour gagner plus) et les femmes à les raccourcir (pour avoir du temps pour les enfants et la famille). Enfin, les structures d’accueil de l’enfance jouent un rôle primordial dans l’aide aux parents pour articuler travail et vie familiale, ce qui a des effets tant en termes de fécondité que d’activité professionnelle des femmes. Comparée à la plupart des autres pays européens, la France est plutôt généreuse en matière d’aide aux familles. La politique familiale subventionne en effet la plupart des modes d’accueil des enfants et contribue de la sorte au maintien dans l’emploi d’un grand nombre de mères et au maintien relatif du niveau de la fécondité. Cependant, tous les dispositifs n’ont pas le même effet et ne sont pas équivalents quant à l’incitation à l’activité professionnelle. En dépit de l’accroissement de l’offre d’accueil au cours des dernières décennies, celle-ci reste insuffisante en quantité (deux tiers des enfants de moins de trois ans sont gardés par leur famille), et par rapport aux préférences exprimées des parents. Les congés parentaux ont en pratique un effet désincitatif sur le travail des mères, en particulier les moins qualifiées ou inscrites dans des trajectoires professionnelles instables : le taux d’activité des mères de deux enfants a chuté de 18 points depuis l’extension de l’allocation parentale d’éducation(APE) en 1994.

Françoise MILEWSKI, « La précarité des femmes sur le marché du travail », lettre de l’OFCEn° 263 - 30 juin 2005

Document 13

Le ralentissement de la croissance et la montée du chômage ont distendu les liens à l’emploi par l’extension de diverses formes de sous-emploi ; la politique économique, pour combattre le chômage, a accentué cette tendance en développant le temps partiel pour enrichir la croissance en emplois. Parallèlement, le secteur tertiaire s’est durablement développé, au détriment de l’industrie davantage confrontée à la concurrence mondiale ; des changements massifs de la structure des emplois en ont résulté, notamment entre ouvriers et employés. L’évolution récente des structures familiales a renforcé, par la force des choses, la volonté d’indépendance financière des femmes, l’emploi devenant crucial en cas de rupture conjugale ; mais le contexte économique n’est plus le même que dans les années 1960. Les caractéristiques de l’emploi des femmes résultent ainsi de l’interaction de nombreux facteurs, que l’on ne peut réduire au risque d’une simplification erronée. Par exemple, il ne suffit pas de constater que les femmes sont majoritaires dans les temps partiels, les CDD, les emplois non qualifiés, les bas salaires, etc. ; dans les années 1990, elles ont « bénéficié » des créations d’emplois sous cette forme, tandis que les plus fortes destructions se produisaient dans l’industrie, dont les emplois sont majoritairement occupés par des hommes ; mais de ce fait, les femmes ont été les premières atteintes par la déstructuration du marché du travail et la mise en cause de la norme d’emploi, l’évolution de la structure des emplois et les inégalités hors du marché du travail s’autoentretenant.

Françoise MILEWSKI, « La précarité des femmes sur le marché du travail », lettre de l’OFCEn° 263 - 30 juin 2005

Document 14

Tout le monde s’accorde actuellement pour anticiper un fort potentiel de développement des emplois de services, en particulier des services à la personne, même si les évaluations diffèrent. En tout cas, il s’agira à coup sûr d’emplois essentiellement occupés par des femmes, à temps partiel et souvent à horaires atypiques. Certes le développement de ces emplois permet à des personnes peu diplômées de trouver un emploi. Mais pour éviter l’éclatement et la multiplicité des employeurs, la professionnalisation du secteur est indispensable (constitution de trajectoires vers des emplois plus stables, organisation des emplois du temps, filières de formation, validation des acquis de l’expérience, rémunérations prenant en compte les compétences et les qualifications, etc.). Sinon, à coup sûr dans dix ans, l’on constatera que les inégalités entre les hommes et les femmes se sont accrues et que la précarité des femmes s’est intensifiée.

Françoise MILEWSKI, « La précarité des femmes sur le marché du travail », lettre de l’OFCEn° 263 - 30 juin 2005

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