TD L’ouvrière

L’ouvrière est-elle la femme de l’ouvrier ?

Objectif du TD : questionner, au travers de la catégorie « ouvrier », la pertinence de la classification socio-professionnelle de l’INSEE ?

Niveau : classe de Première

Pré-requis :
- la nomenclature des PCS et ses critères de classement

Organisation du TD :
travail préparatoire à la maison : Q 1 et 4
durée : 1 à 2 heures

Questions :

1) Quel est l’objectif principal de la nomenclature des PCS de l’INSEE ?

2) Dans quelle PCS sont classées les caissières ? Pourquoi ?

3) De quelle autre PCS sont-elles proches ? Pourquoi ?

4) Relevez dans le texte les différences entre ouvriers et ouvrières et classez-les dans le tableau suivant :

 

Ouvriers

Ouvrières

Type de métier/.secteur d’activité

   

Salaires

   

Taux de syndicalisation

   

Niveau de qualification

   

Conditions de travail

   

Type de contrat de travail.

   

5) Les différences de condition de travail sont-elles dues uniquement aux différences de qualification entre hommes et femmes ? Justifiez.

6) Quelles explications peut-on alors donner aux inégalités entre ouvriers et ouvrières repérées à la question 4 ?



L’ouvrière n’est pas la femme de l’ouvrier.

Maxime Parodi, Revue de l’OFCE n°90, juillet 2004.

Le sort des ouvrières est depuis l’aube de l’industrialisation lié pour une large part à celui de l’industrie textile. Le lien est même préindustriel puisque les paysannes effectuaient des travaux de coutures ou de filatures à domicile pour les marchands. Avec le déclin de ce secteur traditionnel, depuis maintenant plusieurs décennies, les ouvrières se reportent aujourd’hui sur d’autres secteurs, quand elles ne quittent pas toute activité professionnelle.(...)

Au sein du groupe ouvrier, le poids des ouvrières est d’une remarquable stabilité depuis la fin de la Seconde Guerre : un ouvrier sur cinq est une ouvrière. Auparavant, les femmes pesaient plus encore puisqu’on en comptait une sur trois avant 1914, et une sur quatre entre les deux guerres. Chaque genre a ses domaines. À l’ouvrier, les travaux publics et le bâtiment, les mines, la métallurgie ou encore les métiers de réparateurs, serruriers, etc. À l’ouvrière, le textile, la confection, le travail du cuir et le nettoyage. Toutefois, dans certains métiers pour ouvriers non qualifiés comme le tri, l’emballage et l’expédition ou l’électricité et l’électronique, on compte autant de femmes que d’hommes.

La constellation des employé(e)s offrent des occasions de reconversion. Les similitudes avec l’univers ouvrier peuvent être d’ailleurs nombreuses. La frontière entre ouvriers et employés est parfois ténue puisque l’activité ouvrière se résume de moins en moins à la fabrication même et, inversement, certaines activités du tertiaire sont de plus en plus soumises à des consignes visant à standardiser leur métier. Le cas souvent cité est celui de la caissière ; il faut toutefois souligner que le travail des caissières conserve des traits propres à l’univers des employés, en particulier la nécessité de gérer la relation clientèle (Alonzo, 1998). De même, une ouvrière non qualifiée du nettoyage effectue à de nombreux égards un métier proche de celui de femme de ménage chez des particuliers mais ne se retrouve pas dans la même catégorie.

GIF - 37.3 ko
Taux de féminisation


L’autre grande évolution est le développement du temps partiel. En mars 2002, plus d’une ouvrière sur quatre travaillait à temps partiel (27,6 %), contre moins d’un ouvrier sur vingt (4,7 %). La différence se retrouve dans tous les secteurs de l’emploi ouvrier, mais elle est particulièrement élevée en ce qui concerne les postes d’ouvriers non qualifiés de l’artisanat (où 63 % des ouvrières travaillent à temps partiel), plus précisément au sein des professions de nettoyage. On constate également des différences de types de contrats de travail suivant le genre, en particulier dans l’artisanat. Tandis que 21 % des ouvriers non qualifiés de l’artisanat sont en apprentissage, seules 1,5 % de leurs consoeurs le sont. Une dernière différence notable concerne les ouvrières agricoles, qui sont plus souvent en CDD (41 %) que leurs confrères (14 %).

Les conditions de travail des ouvrières

L’ouvrière ne fait pas le même travail que l’ouvrier. Elle est en général soumise à une discipline plus stricte ; elle est cantonnée aux tâches les plus répétitives ; elle est moins bien payée. Michel Gollac et Serge Volkoff (2002) montrent que les conditions de travail des ouvriers et des ouvrières dépendent encore largement des stéréotypes de genre. Les résultats de l’enquête sur les conditions de travail (INSEE-DARES, 1998) sont particulièrement éloquents. 24 % des ouvrières déclarent travailler à la chaîne contre seulement 7 % des ouvriers. 22 % des ouvrières n’ont pas le choix des moments de pause contre seulement 13 % des ouvriers. 10 % des ouvrières n’ont pas le droit de parler au cours du travail contre 2 % des ouvriers. On rappellera que depuis les lois Auroux de 1982, une telle interdiction est tout à fait abusive et contraire à la loi. Elle est cependant un indicateur de subordination au travail. Cet état de fait se traduit également sur le plan politique et syndical. 54 % des ouvrières déclarent n’avoir jamais l’occasion d’aborder collectivement les problèmes d’organisation ou de fonctionnement du service, contre 38 % des ouvriers.

Le manque d’autonomie de l’ouvrière ne s’explique pas simplement par son manque de qualification. Puisque les femmes obtiennent principalement des postes d’ouvrières non qualifiées, les inégalités précédentes auraient pu se ramener à des inégalités entre qualifiés et non qualifiés. Il n’en est rien. Qualifié ou non, c’est essentiellement le type d’emploi réservé à chaque genre qui importe. Ainsi, l’interdiction de parler au travail concerne 11 % des ouvrières qualifiées contre 1 % des ouvriers qualifiés et 9 % des ouvrières non qualifiées contre 3 % des ouvriers non qualifiés. De même, 54 % des ouvrières qualifiées déclarent appliquer les consignes à la lettre contre 39 % des ouvriers qualifiés, et 57 % des ouvrières non qualifiées contre 52 % des ouvriers non qualifiés. Ou encore, le travail à la chaîne est le lot de 29 % des ouvrières non qualifiées et de 23 % des ouvrières qualifiées contre 16 % des ouvriers non qualifiés et 8 % des ouvriers qualifiés. Les faibles marges de manoeuvre et d’initiative dont ces ouvrières disposent se traduisent logiquement par des responsabilités moindres. 60 % des ouvrières non qualifiées et 42 % des ouvrières qualifiées déclarent ainsi qu’une erreur de leur part n’entraînerait pas de coûts financiers importants. Seuls 46 % des ouvriers non qualifiés et 30 % des ouvriers qualifiés déclarent la même chose.

Malgré tout, les ouvrières non qualifiées ne se déclarent pas particulièrement insatisfaites de leur salaire. On sait pourtant qu’elles reçoivent en moyenne un salaire inférieur à celui de leurs confrères, sans toutefois savoir si l’écart se maintient « à travail égal ». Cela n’empêche pas 56 % d’entre elles de se juger « très bien », « bien » ou « normalement » payées par rapport au travail fourni, contre seulement 43 % des ouvriers non qualifiés. Dès qu’elles sont qualifiées, cette satisfaction retombe rapidement puisque seules 40 % des ouvrières qualifiées déclarent la même chose, bien en deçà des ouvriers qualifiés (51 % de satisfaits). Comment expliquer cette inversion quant à la satisfaction à l’égard du salaire ? Les explications en termes d’intériorisation montrent ici, une fois de plus, leurs limites, pour ne pas dire leur vacuité. Côté non qualifiées, il faut prendre en compte le peu de valeur que les ouvrières elles-mêmes accordent à leur métier. Elles valorisent l’emploi et le fait d’avoir une paie ; elles attachent de l’importance aux aménagements d’horaires pour gérer par ailleurs la logistique familiale. Mais le métier ne vaut pas en soi. Interrogées, elles affirment très souvent que n’importe qui pourrait faire ce qu’elles font. En outre, travaillant massivement à temps partiel, elles se déclarent probablement satisfaites de leur salaire en raison de l’équilibre qu’elles trouvent entre travail et famille : dans leur esprit, le manque à gagner est plus que compensé par cet équilibre. Côté qualifiées, en revanche, c’est une tout autre affaire. Tout d’abord, les ouvrières qualifiées valorisent plus leur métier. Puis, elles travaillent plus souvent à temps complet. Par conséquent, elles rencontrent des difficultés pour tout mener de front. Un quart d’entre elles jugent ainsi que leurs horaires ne sont pas commodes (contre 16 % des ouvrières non qualifiées). Et 22 % déclarent connaître des tensions avec leurs proches parce qu’elles se consacrent trop à leur travail (contre 15 % des ouvrières non qualifiées). Au bout du compte, et fort logiquement, elles se trouvent mal payées de leurs efforts.

Il reste à expliquer ces inégalités de genre. Les stéréotypes ont leur part et c’est probablement dans les milieux où les hommes ont le moins de ressources et d’occasions de se valoriser autrement qu’à l’aide des stéréotypes traditionnels que leur effet doit être le plus important. Si le motif psychologique que relevait Olivier Schwartz (1990) s’avère général, il doit être particulièrement présent, en moyenne, chez les ouvriers non qualifiés. Mais d’autres éléments doivent être pris en compte. Tout d’abord, chaque entreprise organise le travail sur une longue durée et à force de compromis avec ses salariés. Les postes finissent par être calibrés pour un profil de salarié qui a certaines attentes, certaines dispositions.(...)

« L’exemple le plus manifeste de ce phénomène est l’incompatibilité de la plupart des emplois avec la maternité et l’éducation des jeunes enfants » (cité par Kymlicka, 1992, p. 259).(...)

D’un côté, certaines industries ont développé des postes peu valorisés et peu valorisants mais calibrés pour des personnes qui ont par ailleurs des contraintes horaires fortes. Ils attiraient et continueront d’attirer surtout les femmes peu qualifiées et en charge d’une famille. Et inversement, ces dernières fuiront les postes plus intéressants mais plus contraignants en termes d’horaires (par exemple, les 3 x 8). Il est toutefois difficile de valider ce genre d’hypothèses à partir d’enquêtes statistiques puisque les contraintes et les souplesses qu’entraîne ce type de calibrage dépendent en grande partie du contexte et de ses spécificités, et de chaque type de postes.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que ces calibrages ont toute chance de se maintenir sans une mobilisation syndicale forte pour modifier cet état de fait. Or les syndicats sont justement peu féminisés. À nouveau, on peut y voir la trace d’un conservatisme masculin, mais pas seulement. Tout d’abord, on peut estimer que l’activité syndicale est particulièrement chronophage, ce qui en éloigne les ouvrières mariées et mères de famille.(...)

L’emploi des femmes non qualifiées est généralement second derrière celui du mari. Il est soumis à plus de contraintes, principalement une moindre mobilité géographique et des faibles marges horaires puisqu’il faut gérer également les affaires domestiques. Tout pris en compte, la femme non qualifiée peut plus difficilement se vendre sur le marché du travail ; elle peut plus difficilement quitter son emploi en quête d’un autre qu’elle jugerait meilleur.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales