TD les inégalités de genre au sein de la catégorie "ouvriers"

TD Première : Les inégalités de genre au sein de la catégorie des ouvriers (1 heure)

Pré requis : lecture de tableau statistique, calcul d’écart relatif, critères de construction des PCS et distinction emploi qualifié/non qualifié.

Objectifs de la séquence : montrer que l’outil PCS comporte des limites à partir de l’exemple de la PCS ouvriers (la situation spécifique des femmes pose la question de l’homogénéité de cette PCS) ; initiation à la question de synthèse.

Préparation des documents 1 et 2 à la maison en travail préparatoire ; travail en classe sur les documents 3, 4 et 5, puis rédaction d’une synthèse à partir du travail préparatoire à la maison.

Document 1

Au sein du groupe ouvrier, le poids des ouvrières est d’une remarquable stabilité depuis la fin de la Seconde Guerre : un ouvrier sur 5 est une ouvrière. Auparavant, les femmes pesaient plus encore puisqu’on en comptait une sur trois avant 1914, et une sur quatre entre les deux guerres. Chaque genre a ses domaines. A l’ouvrier, les travaux publics et le bâtiment, les mines, la métallurgie ou encore les métiers de réparateur, serruriers, etc. A l’ouvrière, le textile, la confection, le travail du cuir et le nettoyage. Toutefois, dans certains métiers pour ouvriers non qualifiés comme le tri, l’emballage et l’expédition ou l’électricité et l’électronique, on compte autant de femmes que d’hommes.

M.Parodi, L’Ouvrière n’est pas la femme de l’ouvrier, Revue de l’OFCE n° 90.

Document 2 Taux de féminisation des catégories ouvrières en 2000

 

En %

Effectifs féminins

Ouvriers qualifiés de l’industrie

Ouvriers qualifiés de l’artisanat

Chauffeurs

Ouvriers de la manutention et des transports

Ouvriers non qualifiés de l’industrie

Ouvriers non qualifiés de l’artisanat

Ouvriers agricoles

17

10

6

7

37

38

29

280 342

161 451

36 551

31 836

574 983

343 205

86 667

Enquêtes emploi 1982 et 2000, Insee archives Lasmas-Quételet.

Q1 : Intégrez les deux données en gras dans une phrase.

Q2  : Comparez ces deux données afin de caractériser la place spécifique des femmes dans le monde ouvrier en terme de qualification.

Document 3 : Les conditions de travail des ouvrières

L’ouvrière ne fait pas le même travail que l’ouvrier. Elle est en général soumise à une discipline plus stricte ; elle est cantonnée aux tâches les plus répétitives ; elle est moins bien payée. Michel Gollac et Serge Volokoff (2002) montrent que les conditions de travail des ouvriers et des ouvrières dépendent encore largement des stéréotypes de genre*. Les résultats de l’enquête sur les conditions de travail (Insee-Dares, 1998) sont particulièrement éloquents. 24% des ouvrières déclarent travailler à la chaîne contre seulement 7% des ouvriers. 22% des ouvrières n’ont pas le choix des moments de pause contre seulement 13% des ouvriers. 10% des ouvrières n’ont pas le droit de parler au cours du travail contre 2% des ouvriers. On rappellera que depuis les lois Auroux de 1982, une telle interdiction est tout à fait abusive et contraire à la loi. Elle est cependant un indicateur de subordination au travail. Cet état de fait se traduit également sur le plan politique et syndical. 54% des ouvrières déclarent n’avoir jamais l’occasion d’aborder collectivement les problèmes d’organisation ou de fonctionnement du service, contre 38% des ouvriers.

Maxime Parodi, L’Ouvrière n’est pas la femme de l’ouvrier, Revue de l’OFCE n°90.

* un stéréotype de genre est une idée toute faite concernant les capacités d’une femme en opposition aux capacités de hommes.

Q1 Expliquer comment les stéréotypes influencent le type d’emploi.

Q2 : Remplir le tableau suivant à partir des informations collectées dans le document 3.

Conditions de travail des ouvriers

 

Hommes

Femmes

Travail à la chaîne

   

Pause

   

Droit de parler au cours du travail

   

Participation politique et syndicale

   

Q2 : Commentez le tableau.

Document 4

Salaire net annuel moyen ouvrier selon le sexe en 2003 en €

Homme 

16 313

Femme 

13 483

Source : INSEE, 2003
Champ : Salariés à temps complet du secteur privé et semi-public.

Q1 : Calculez l’écart relatif entre le salaire des ouvriers et des ouvrières.

Document 5 : Les femmes et leurs salaires

Malgré tout, les ouvrières non qualifiées ne se déclarent pas particulièrement insatisfaites de leur salaire. On sait pourtant qu’elles reçoivent en moyenne un salaire inférieur à celui de leurs confrères, sans toutefois savoir si l’écart se maintient « à travail égal » Cela n’empêche pas 56% d’entre elles de se juger « très bien », « bien » ou « normalement » payées par rapport au travail fourni, contre seulement 43% des ouvriers non qualifiés. Dès qu’elles sont qualifiées, cette satisfaction retombe rapidement puisque seules 40% des ouvrières qualifiées déclarent la même chose, bien en deçà des ouvriers qualifiés (51% de satisfaits). Comment expliquer cette inversion quant à la satisfaction à l’égard du salaire ? Les explications en termes d’intériorisation montrent ici, une fois de plus, leurs limites, pour ne pas dire leur vacuité. Côté non qualifiées, il faut prendre en compte le peu de valeur que les ouvrières elles-mêmes accordent à leur métier. Elles valorisent l’emploi et le fait d’avoir une paie ; elles attachent de l’importance aux aménagements d’horaires pour gérer par ailleurs la logistique familiale. Mais le métier ne vaut pas en soi. Interrogées, elles affirment très souvent que n’importe qui pourrait faire ce qu’elles font. En outre, travaillant massivement à temps partiel, elles se déclarent probablement satisfaites de leur salaire en raison de l’équilibre qu’elles trouvent encore travail et famille : dans leur esprit, le manque à gagner est plus que compensé par cet équilibre. Côté qualifiées, en revanche, c’est une tout autre affaire. Tout d’abord, les ouvrières qualifiées valorisent plus leur métier. Puis, elles travaillent plus souvent à temps complet. Par conséquent, elles rencontrent des difficultés pour tout mener de front.

Maxime Parodi, L’ouvrière n’est pas la femme de l’ouvrier, Revue de l’OFCE n°90.

Q1  : Comment l’enquête permet-elle d’expliquer la relative satisfaction des ouvrières non qualifiées à l’égard de leur salaire ?

Q2 : N’existe-t-il pas un paradoxe entre l’insatisfaction des ouvrières qualifiées quant à leur salaire et la relative satisfaction des ouvrières non qualifiées étudiée dans la Q1 ? Comment pouvez-vous l’expliquer ?

Synthèse :

A partir de la catégorie « ouvriers » montrez en quoi une même PCS peut recouper des situations différentes selon le genre.

Autre possibilité (plus discutée) : Après avoir montré en quoi la place des femmes est particulière au sein de la PCS ouvriers, vous montrerez que cela met en évidence une limite de la nomenclature des PCS.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales