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Communiqué de presse de l’APSES du 9 juillet 2008 : Qui veut la peau des SES ?

Qui sont les idéologues ?

L’Académie des Sciences Morales et Politiques (ASMP) vient de publier, ce lundi 8 juillet un rapport à charge sur l’enseignement des Sciences Economiques et Sociales. Après l’IFRAP, Positive Entreprise et l’Association Jeunesse et Entreprises (AJE), c’est la dernière salve de l’offensive d’une frange conservatrice du patronat contre l’enseignement des SES au lycée. Derrière ces rapports et au centre de ce réseau se trouvent les mêmes personnes emblématiques : Michel Pébereau (Institut de l’entreprise, membre de la commission Guesnerie et de l’ASMP) et Yvon Gattaz (ancien président du CNPF, AJE, Doyen de l’ASMP et auditionné par la commission Guesnerie) réunis dans la même offensive idéologique pour mettre sous tutelle l’enseignement de Sciences Economiques et Sociales. Celui-ci est notamment accusé de démoraliser les jeunes français (comme d’autres ont pu lui reprocher de coûter un point de croissance...). Faire porter ce genre de responsabilités à l’enseignement de SES paraît pour le moins grotesque. Faut-il rappeler une fois encore que l’intérêt des SES consiste, entre autres, à permettre aux élèves de se saisir des questions contemporaines auxquelles ils sont confrontés pour sortir du registre des idées reçues ou des opinions en s’appuyant sur des raisonnements économiques et sociologiques et en les confrontant à des données empiriques ?

Elle est décidément curieuse cette liste d’associations qui condamnent sans nuance des programmes scolaires élaborés par d’autres experts (eux aussi universitaires de renom) ! En revanche, elle est parfaitement claire la volonté d’écarter de l’enseignement au lycée toute question économique ou sociale un tant soit peu controversée. Il y a de quoi s’inquiéter bien au-delà de l’avenir des seules SES au lycée. C’est l’Ecole laïque et publique qui est ici visée. A qui le tour après les SES ?

Quels sont les procédés utilisés ?

Dans tous les rapports, y compris celui dirigé par le professeur Guesnerie, l’absence de spécialistes des sciences de l’éducation est patente. Certaines critiques reposent sur des impressions partielles et partiales de personnalités très éloignées des lycéens et de l’enseignement secondaire et sur un postulat commun : l’enseignement doit avoir les mêmes finalités et utiliser les mêmes moyens au lycée et dans le supérieur. Ainsi, dans le rapport de l’ASMP, un des « experts » avoue en préambule, son inexpérience en matière d’enseignement de l’économie au lycée quand Yvon Gattaz parle (significativement) d’ « inculcation » au lieu de transmission.

Dans ces rapports également, la science économique tend à être présentée comme une science étrangère aux sciences sociales. Dans ce schéma, la sociologie est présentée comme une approche pseudo scientifique non émancipée des enjeux politiques, alors que la science économique serait à même d’apporter des réponses indiscutables aux enjeux qui traversent nos sociétés, là où l’enseignement des SES s’attache à présenter des outils mais aussi des débats.

Certains de ces rapports préconisent une séparation franche de l’enseignement de la science économique et de la science sociologique. A l’instar du rapport Guesnerie, l’APSES affirme au contraire que cet appariement est fécond pour aider les lycéens, citoyens en devenir, à mieux comprendre divers aspects des sociétés contemporaines et à mieux s’orienter dans le supérieur en évitant une spécialisation trop précoce. L’exemple de l’enseignement de l’économie dans les lycées britanniques, dont les effectifs sont en chute libre, devrait pourtant amener les détracteurs des SES à plus de prudence. A contrario, son attractivité et la réussite dans le supérieur des élèves de la série ES en France montrent que l’enseignement des SES est une réussite depuis 1967. Pourquoi vouloir supprimer un enseignement qui marche ?

L’APSES mettra tout en œuvre pour contrer ce nouvel obscurantisme. Elle appelle tous ceux, lycéens, parents d’élève, enseignants, universitaires, élus, citoyens qui demeurent attachés à un enseignement indépendant des groupes de pression, à se joindre à elle pour préserver l’enseignement des SES face à cette offensive idéologique.

Contact : Sylvain DAVID (président) sylvain.david3@free.fr 06-75-81-40-37

commentaires (1 message)


  • Selon que vous serez puissant ou misérable... 10 juillet 2008 21:13, par dépité

    Entre le pot de terre (l’apses) et le pot de fer (gattaz et Pebereau) on voit bien qui va écraser l’autre. On n’a pas mesuré la puissance de ceux qui veulent la peau des SES. Ils sont capables de mobiliser leur réseau, ce précieux capital social et symbolique qui leur permet d’"écraser l’infâme". Le gouvernement - ami des grands patrons - qui leur prêtait déjà une oreille attentive, pourra s’appuyer 2 rapports pour faire sa réforme. Le pire est encore devant nous.

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