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Enseignement de l’économie au lycée : un rapport très critique remis à Xavier Darcos (Revue de presse)

Les échos [03/07/08]


L’article sur le site des Echos

Enseignement de l’économie au lycée : un rapport très critique remis à Xavier Darcos

Roger Guesnerie remet aujourd’hui son rapport au ministre de l’Education nationale. Il pointe les « incohérences » de l’enseignement de l’économie. Une sévérité qui suscite déjà des réactions dans le corps enseignant.

Théorique, lourd, inefficace, imprécis et compassionnel... : le constat dressé par le rapport sur l’enseignement des sciences économiques et sociales (SES) au lycée est sans appel. Après cinq mois de travail et une vingtaine d’auditions, la commission présidée par l’économiste Roger Guesnerie remet ce matin à Xavier Darcos un travail lourd d’une centaine de pages, dont « Les Echos » se sont procuré une copie. Le but assumé est de donner « une forte identité » à la filière SES « afin de l’éloigner définitivement du risque d’un statut de filière intermédiaire pour élèves moyens ».

Le débat est passionnel et oppose depuis longtemps, sur le fond et la forme, les enseignants attachés mordicus aux programmes et les acteurs du monde économique qui stigmatisent le manque de réalisme des manuels... et des enseignements. Le ministre de l’Education devrait bien se garder, cependant, de prendre parti, d’autant que le rapport se charge seul d’assener la sentence : « De manière générale, les programmes de SES au lycée donnent l’impression qu’un enseignement de « problèmes politiques, économiques et sociaux contempo- rains » est dispensé aux élèves, plutôt qu’un enseignement de sciences sociales visant à leur faire acquérir les fondamentaux de l’économie et de la sociologie » (lire ci-contre). Une approche superficielle

Un enseignement trop général donc, alors que les élèves, pense la commission, n’ont pas les outils conceptuels - « les fondamentaux » - pour analyser les faits économiques. Pourtant, les programmes sont « trop chargés » en première et en terminale, pensent les membres de la commission, composée en majorité de professeurs. « La bonne maîtrise des fondamentaux s’efface alors au profit d’une approche, nécessairement superficielle, d’un vaste ensemble de débats d’actualité » dans lequel l’entreprise « est insuffisamment appréhendée ». La commission pointe également des « incohérences » : « il apparaît peu cohérent de traiter du financement de l’économie en abordant les marchés financiers, alors que les mécanismes de marché ne sont abordés que plus tard », souligne le rapport. De la même manière, « l’évocation des limites de la logique marchande précède l’évocation de cette dernière ». Certes, reconnaît la commission, « les professeurs ne suivent pas tous l’ordre des programmes ». Mais les manuels décrits comme de « simples recueils de documents » dériveraient vers « l’excès de sinistrose », reflétant des programmes mettant plus l’accent sur « les problèmes de notre société et peu sur ses réussites ». « Une méconnaissance »

Ce constat clair mais particulièrement sévère ne satisfait pas Sylvain David, le président de l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses), et membre de la commission Guesnerie : « Il y a une méconnaissance de ce que l’on fait par rapport à un thème », regrette-t-il. Certaines propositions du rapport sont cependant largement consensuelles, comme l’allégement des programmes avec une « définition plus précise de thèmes bien circonscrits (par exemple le commerce international) plutôt que des grands thèmes d’actualité (la mondialisation) ». La commission préconise aussi de « réserver le croisement des regards (sociologique et économique) à un nombre limité de cas ». L’entreprise se présentant comme un « objet », sur ce point « particulièrement fécond ». Enfin, la commission prône un renforcement des synergies avec les enseignements d’histoire et de mathématiques.

Le « travail de la commission » sera « utile au moment où l’on travaille à la réorganisation des études au lycée », indique-t-on au ministère de l’Education. Un groupe d’experts pourrait être constitué pour repenser les programmes de SES. VALÉRIE DE SENNEVILLE

Des sujets du bac contestés

[ 03/07/08 ]

Les sujets de sciences économiques et sociales des cinq dernières sessions du baccalauréat privilégient une approche essentiellement sociologique de la matière, mettant par exemple l’accent sur les rapports de force sociaux ou les effets de la mondialisation. Parmi les autres thèmes récurrents, celui des inégalités (trois sujets) et des conflits sociaux (quatre sujets).

Les sujets purement économiques sont peu nombreux, et favorisent la théorie keynésienne. Ainsi, les candidats de cette année étaient invités à répondre, à partir d’un passage de la « Théorie générale » sur la crise des années 1930, à cette question : « Peut-on qualifier de keynésienne une mesure prise pour favoriser l’emploi consistant à alléger les charges des entreprises et à défiscaliser les heures supplémentaires ? » Aucun sujet en revanche depuis 2004 sur l’école « néoclassique ». J.-F. J.

De la sociologie en Europe, des cas pratiques aux Etats-Unis

[ 03/07/08 ]

Pragmatiques, les enseignants américains proposent des exercices d’application tels que la gestion d’un portefeuille fictif d’actifs, la simulation d’un marché ou de situations de monopoles. · Des approches variées en Europe

En dépit de la diversité des systèmes éducatifs, l’enseignement des sciences économiques et sociales (SES) a, en Europe, quelques points communs : la formation de généralistes, l’approche thématique et l’indépendance vis-à-vis des exigences universitaires et professionnelles. Une convergence générale qui n’exclut pas la réapparition de particularismes nationaux : la France et l’Allemagne font ainsi de la sociologie le pendant de la formation économique quand la majorité des pays, à l’instar de la Norvège et des Pays-Bas, préfèrent lui accoler le droit ou la gestion. Le modèle suédois accorde, lui, une place substantielle à l’entreprise et favorise les croisements disciplinaires, déclinant l’économie en plusieurs sous-matières : macro, micro, économie internationale et gestion. · L’exception anglaise

L’Angleterre propose un modèle pédagogique à contre-courant de ses voisins européens. L’approche de l’économie dans le secondaire y tend à la formation de spécialistes et anticipe sur le parcours universitaire. Les programmes reprennent ainsi la division entre microéconomie et macroéconomie, tandis que les élèves sont évalués sur leur capacité à résoudre des problèmes concrets. Un modèle exigeant qui est cependant remis en cause depuis le début des années 1990 et la chute importante des effectifs dans une discipline restée optionnelle. Ses détracteurs lui reprochent notamment un excès de formalisme et de technicité. · Les réussites du modèle américain

A l’opposé du modèle européen, le système éducatif américain fait du fonctionnement du marché le coeur même de sa formation économique. La NCEE (National Council on Economic Education) y joue un rôle décisif, formalisant les objectifs pédagogiques et privilégiant la maîtrise des outils microéconomiques. Les élèves y sont parfois sollicités dès le primaire et ce, dans des cours fondamentaux tels que les mathématiques ou l’écriture. Les enseignants américains favorisent enfin l’utilisation de supports variés en proposant des exercices d’application tels que la gestion d’un portefeuille fictif d’actifs, la simulation d’un marché ou de situations de monopoles. Le niveau de connaissance économique reste toutefois variable selon les zones géographiques, seuls 35 % des Etats américains ayant imposé la discipline. A.-L. B.

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