Les SES dans l’œil du cyclone ?

Mais que s’est-il passé en 2007-2008 pour les SES et la série ES ?


1- L’avenir des SES et la réforme annoncée du lycée

Jusqu’à ce jour où nous rédigeons cet article, aucune piste tangible n’a été officiellement ou officieusement confirmée quant à la réforme du lycée (Xavier Darcos vient de nommer Jean-Paul De Gaudemar qui doit faire des propositions d’ici le 10 juillet 2008 pour mener à bien la réforme du lycée, avec application dès la rentrée 2009 en classe de seconde). Les seuls éléments sur lesquels nous pouvons nous appuyer ont été publiés dans les 2 rapports sur la série L puis sur la série S (il n’y aura pas de rapport du MEN sur la série ES mais un audit externe sur les manuels, les programmes et les objectifs de l’enseignement de SES). Le rapport sur la série L comme celui sur la série S pointent la nécessité de réformer ces 2 séries, la première parce qu’elle n’est plus attractive, la seconde parce qu’elle est élitiste et attire trop d’élèves n’ayant pas le profil scientifique. Les 2 rapports évoquent la réforme des 2 séries concernées par des changements internes mais les rejettent aussitôt affirmant que c’est une réforme des structures du lycée général qui serait préférable. Plusieurs pistes sont évoquées : disparition des séries et bac à la carte, fusion des séries L et ES, tronc commun réaménagé en seconde et prolongé en première avec spécialisation seulement en terminale… Il semble que le ministère ait même un temps songé à fusionner la série ES et la série STG mais ce projet aurait été abandonné. Les 3 filières, générale, technologique et professionnelle, ne seront pas touchées dans la prochaine réforme du lycée (Mark Sherringham le 18 avril 2008). On peut craindre cependant que cette réforme promise, mais dont l’annonce ne cesse d’être repoussée, ressemble à un grand jeu de Bonneteau où l’avenir des SES est plus qu’incertain. Quid de la série ES ? Quid de nos horaires ? Quid de nos programmes ? Quid du croisement de plusieurs sciences sociales ? Quid de la place de la sociologie, du droit, de la micro-économie, de la gestion ? Quid de nos dédoublements ? Quid de nos options de première et terminale ?

Par ailleurs, comme cela est répété, notamment par Xavier Darcos, mais aussi dans le cadre de la RGPP, de façon totalement assumée, le lycée français coûterait trop cher, les élèves auraient trop d’heures de cours, il faudrait réduire de 20 à 30% le volume horaire. Il y aurait trop d’options, qui plus est d’options « inutiles » et coûteuses. En même temps, le CODICE et une partie du patronat déplorent le manque de culture économique des Français et notamment des jeunes. Le consensus se dégage de plus en plus nettement et unanimement sur la nécessaire généralisation (y compris au collège) de l’enseignement de l’économie. Mais un enseignement de quelle nature, dispensé par qui ? Il faudrait que l’école participe au développement de l’esprit d’entreprise, à des comportements pro-businness, il faudrait faire davantage aimer l’entreprise, réconcilier les jeunes et le monde du travail.

Enfin, Xavier Darcos l’a répété à plusieurs reprises, il faudrait davantage profiler les séries (si elles existent encore) sur des débouchés post-bac précis et identifiables dès le lycée, renforcer l’adéquation entre formation générale au lycée et poursuite d’études supérieures. Dernier aspect stratégique nous concernant potentiellement dans ce méandre de la réforme à venir, il pourrait être envisagé l’extension en seconde des stages de découverte de l’entreprise actuellement effectués par les collégiens de troisième avec plus ou moins d’efficacité.

Face à toutes ces pistes et questions, nous en sommes réduits à envisager les divers scénarios possibles pour anticiper les actions à mener sans que nos informations ne permettent d’en privilégier un.

2- Bilan des attaques, réactions et actions de l’Apses

- Août à octobre 2007, Xavier Darcos déclare à 4 reprises que la série ES est sans débouchés évidents, une série fourre-tout aux contours flous qui accueille les lycéens ne pouvant ou ne voulant faire L ou S, une série qui oriente trop peu vers les classes prépa et trop vers le droit et les sciences humaines. Après nos multiples réactions, il déclarera finalement que « la série ES est une série qui marche… mais qui monte ». Communiqués de presse (Communiqué de Presse du 26 août 2007 : Xavier Darcos : un ministre mal informé ou mal intentionné ?, Communiqué du 10 septembre 2007 : Pourquoi ces erreurs volontaires de Xavier Darcos sur les débouchés de la filière ES ? , Communiqué PCV du 21 septembre 2007 : Pourquoi vouloir supprimer une filière (ES) qui marche ? Communiqué du 16 novembre 2007 : Xavier Darcos critique l’enseignement de Sciences Economiques et Sociales : à quand la fin des polémiques ?, dossier de presse statistique sur les réussites des bacheliers ES, organisation du colloque en novembre 2007 à Dauphine, rencontre avec Xavier Darcos, appel à témoignage d’anciens bacheliers ES.

- Septembre 2007, la jeune association, encore inconnue des médias, Positive Entreprise, publie sur son site une « étude » peu crédible sur les manuels de SES pour conclure que ces derniers donnent une image négative de l’entreprise et lui consacrent trop peu de place. L’APSES répond également par des articles et la participation à un reportage sur I-télé.

- Décembre 2007 : Commission Pochard, déclarations de Michel Rocard et Bernard Thomas, Communiqué du 9 décembre 2007 : Des propos édifiants sur l’enseignement des SES à la commission Pochard, lettres envoyées à Michel Rocard par des collègues de l’Apses, lettre de réponse de Michel Rocard, Michel Rocard rencontre l’APSES, clarifie ses propos (c’est l’état de la culture économique et non les SES qui sont une "catastrophe ambulante", et demande la généralisation des SES en seconde.

- Déclarations de Sophie de Menthon et Yvon Gattaz sur BFM, « Economie et surréalisme » : Analyse critique d’un "débat".

- Janvier 2008 : mise en cause des SES par la PEEP, courrier à la PEEP, communiqué du 25 janvier 2008 : L’Apses répond à la PEEP.

- Janvier 2008 : un collègue de SES, David Mourey, qui bénéficie du soutien de l’IDE et du Codice annonce l’organisation d’un colloque sur l’enseignement de l’économie au Sénat le 21 avril 2008. Les thèmes et la constitution des tables rondes, l’opacité sur le financement et les moyens humains pour organiser un tel événement laisse planer un sérieux doute sur la sincérité des intentions affichées « débattre démocratiquement sans tabou ». Malgré ces réserves, l’Apses a décidé de participer, es qualité à 2 tables rondes et d’inciter les adhérents à s’inscrire au colloque.

- Avril 2008 : semaine d’action nationale avec appel à signature du Manifeste "Les sciences économiques et sociales pour relever les défis du XXIè siècle" (voir les universitaires signataires) et campagne d’envoi de la carte postale "On ne supprime pas une série qui marche !"

- 25 Juin 2008 : Quelques jours avant la publication du rapport de la commission Guesnerie sur les manuels et programmes de SES, l’association "Jeunesse et Entreprise" présidée par Yvon Gattaz et Sophie De Menthon publie une étude prônant une refonte des cours d’économie au lycée. L’Apses réagit par un communiqué rappelant les nombreuses réussites de la série ES et des SES, incontournables dans le lycée du XXI siècle. Des collègues 1 2 démontrent le caractère fort peu rigoureux de cette "étude".

a) L’image et la connaissance des SES dans les médias

Il semble que les journalistes méconnaissent autant l’enseignement des SES qu’ils sont curieux de découvrir ce qu’on y fait. Les polémiques autour de notre enseignement les intéressent. Les articles et chroniques radio ont souvent été d’abord relativement erronés par rapport aux SES, manuels ou professeurs de SES, prenant les critiques qui nous sont adressées pour argent comptant. Mais notre capacité à répondre aux critiques point par point et notre volonté d’expliquer ce qu’on fait en classe avec nos élèves, ce que sont nos programmes, ont permis des améliorations significatives de l’image et de la connaissance des SES dans les médias. Les médias adoptent de plus en plus un discours plus nuancé et réservé quant aux critiques qui nous sont faites. Ils continuent cependant trop souvent à nous réduire à l’enseignement de la seule économie. Notons que nous avons eu des articles très bons dans Le Monde, Libération, l’Humanité, Rue89. La blogosphère a elle aussi joué un rôle important dans la diffusion des contre-arguments aux attaques. Les périodes de remise en cause de notre enseignement sont donc aussi des périodes où la méconnaissance de notre enseignement recule.

b) Rencontres institutionnelles (Xavier Darcos, Mark Sherringham, Jean Etienne)

Alors même qu’aucune réforme ni même aucun projet de réforme nous concernant n’avait été annoncés, l’efficacité de notre défense a été telle, que Xavier Darcos s’est vu contraint de nous recevoir pour « clarifier le malentendu » le 1er octobre 2007. Avant cela, en juillet 2007, nous avions obtenu une entrevue avec le conseiller aux affaires pédagogiques, Mark Sherringham, avec lequel nous sommes depuis en contact étroit (mail et téléphone) et que nous avons encore pu rencontrer le 18 avril 2008. Nous avons également eu une entrevue avec le Doyen Jean Etienne, les clarifications des oppositions n’ont pas été évidentes, l’Apses et l’Inspection Générale ayant certaines divergences quant à l’évolution de la discipline et de la série, mais l’entrevue est restée cordiale.

c) Le colloque de Dauphine

Fin novembre 2007, notre colloque prévu depuis plus d’un an tombait à pic. Il nous a permis de réaliser à quel point les bacheliers ES faisaient partie du paysage des formations supérieures, qu’ils y réussissent bien et que la série ES est une bonne formation à la poursuite d’études post-bac diversifiées. Nous avons aussi pu réunir les associations des principales disciplines qui composent la série ES, les principaux syndicats enseignants, les associations de parents et de lycéens, des journalistes de la presse économique, des universitaires et des représentants du monde de l’entreprise tant patronal que salarié. Presque tous ont signé une déclaration commune réaffirmant la nécessité d’une série ES dans le lycée du XXIe siècle. Nous avons beaucoup regretté l’absence de représentants de l’Education nationale, qu’il s’agisse du cabinet de Xavier Darcos ou de l’inspection générale. Programme du colloque, communiqué du 19 novembre : Colloque de l’Apses : des échanges riches et constructifs plutôt que des polémiques stériles, Actes en ligne et bientôt en brochure papier.

3- Les liens avec « l’extérieur » (universitaires, autres associations…)

Durant l’année 2007-2008, l’Apses a poursuivi son partenariat avec l’Ecole d’Économie de Paris ainsi qu’avec les ENS. Le partenariat avec l’IDIES a été concrétisé (de nouveaux partenaires ont été intéressés par le projet ce qui permet de respecter le principe de pluralisme exprimé à l’AG de Montrouge). L’Apses est partenaire des Journées de l’Économie qui se dérouleront à Lyon les 20-21-22 novembre 2008. Le colloque, nos interventions dans les médias, le manifeste, ont permis de renouer le contact avec beaucoup d’universitaires et d’acteurs de l’Education nationale.

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