Intervention d’Isabelle Waquet

Professeur de SES en CPGE HEC, vice-présidente de l’APHEC


LES CLASSES PREPARATOIRES ECONOMIQUES ET COMMERCIALES : UNE FILIERE D’EXCELLENCE POUR LES BACHELIERS ES

- Les classes préparatoires économiques et commerciales préparent en deux ans les étudiants aux concours des Ecoles de management. Puis, après trois ans d’études dans ces Ecoles, à des emplois de cadres tertiaires dans les entreprises dans des domaines très variés, notamment l’audit, la finance, le marketing, la gestion.

- Ces classes présentent une originalité assez forte par rapport aux autres classes préparatoires, celle d’être organisées en fonction des bacs d’origine : une option scientifique pour les bacs S, option économique pour les bacs ES, option technologique pour les bacs STG (sciences et techniques de gestion). Dans chacune de ces classes, il y a des enseignements identiques (lettres, philosophie, langues vivantes) et des enseignements spécifiques adaptés au bac d’origine.

Il y a aujourd’hui une forte demande pour ces classes préparatoires.

- On peut d’abord remarquer que la CPGE économique est la première destination des bacheliers ES qui entrent dans une classe préparatoire. La répartition des bacheliers ES inscrits en classes préparatoires est la suivante : un peu plus de 60% (61%) sont inscrits en prépas économiques, 10% en prépas ENS Cachan, 23% en prépas littéraires A/L et 5% en prépas B/L.

- Tous les ans, entre 3600 et 3700 bacheliers s’inscrivent en CPGE économique, soit un peu plus de 4% des bacheliers ES mais la tendance actuelle, c’est qu’ils sont de plus en plus nombreux à postuler. Ainsi, en 2007, 9500 bacheliers ES (un peu plus de 10% des bacheliers) ont postulé pour entrer en CPGE économique (2000 de plus qu’en 2005), 4745 soit 49% (58% en 2005) ont été admis dans une classe préparatoire économique et 3789 se sont finalement inscrits. On a donc une sélectivité de plus en plus forte car la demande augmente sans augmentation de l’offre.

- Aujourd’hui, l’option économique représente 43% des effectifs des CPGE EC contre 49% pour l’option scientifique et 8% pour l’option technologique. Cela signifie que sur 10 candidats aux concours des Ecoles de management, 4 sont des bacheliers ES et que sur 10 cadres recrutés par les entreprises à la sortie de ces Ecoles, 4 sont des bacheliers ES.

- Ces statistiques démentent les propos du ministre de l’éducation nationale selon lesquels les bacheliers ES n’accéderaient pas à des filières d’excellence (et ces CPGE et ces Ecoles ne sont pas les seules filières d’excellence des bacheliers ES) et également les propos de certains groupes de pression selon lesquels l’image de l’entreprise serait dévalorisée dans l’enseignement des SES.

- Comment expliquer cette relative attractivité ? Evidemment, d’abord, par les débouchés professionnels offerts par les Ecoles de management, par la formation proposée et par les résultats très satisfaisants aux concours des Ecoles.

Les débouchés professionnels sont variés (cf plus haut) avec beaucoup de postes à l’international. L’insertion sur le marché du travail est rapide et sans problème.

- La formation proposée en CPGE économique est une formation généraliste et pluridisciplinaire, axée sur les questions contemporaines, et bien adaptée à la formation antérieure. Que font les bacheliers ES dans ces classes ? : des disciplines littéraires (lettres, philosophie, deux langues vivantes) et des disciplines, plus spécifiques, adaptées à la formation antérieure : mathématiques dont le programme tient compte du programme de maths de la terminale ES et analyse économique et historique des sociétés contemporaines qui est un enseignement important en termes d’horaires (8 heures par semaine) mais aussi au niveau des coefficients dans les concours. C’est ce programme d’analyse économique qui type la voie. Il se situe dans le prolongement du programme de sciences économiques et sociales du secondaire avec une dimension théorique plus importante et une large dimension historique. Pour enseigner ce programme depuis de nombreuses années, je peux affirmer qu’il est très apprécié des étudiants non seulement en raison de son ouverture sur les grandes questions économiques et sociales du monde contemporain, mais aussi en raison de l’articulation qu’il propose entre les faits et les théories.

La réussite des bacheliers ES est très satisfaisante aux concours des Ecoles de management
- La quasi-totalité des étudiants intègrent en deux ans une Ecole. Il y a très peu de cubes dans ces classes. Une quarantaine d’écoles recrute sur classes préparatoires et proposent 7000 places soit pratiquement autant de places que de candidats. Le choix est donc large et tout étudiant peut intégrer une école de management, conforme à son niveau. Cela veut dire que les classes préparatoires économiques s’adressent aux très bons élèves de terminale ES mais aussi aux élèves plus moyens à condition d’avoir des résultats corrects dans toutes les disciplines et à condition d’être motivés pour travailler.
- Les bacheliers ES entrent dans les grandes écoles, celles qui ont pignon sur rue, dans ce qu’on appelle les « Parisiennes », dans des Ecoles comme HEC, l’ESSEC, ou l’ESCP-EAP. Ils représentent en moyenne de 25 à 30% des promotions. En 10 ans les progrès ont été spectaculaires : 20 reçus au concours d’HEC en 1996, 90 environ tous les ans depuis plusieurs années. Il y a deux ans, la major du concours d’HEC était une bachelière ES. Ceci dit, on aurait tord de se focaliser sur les seuls résultats de ces grandes écoles. Les écoles de province sont aussi excellentes, avec une très bonne insertion sur le marché du travail. Et l’économie française n’a pas uniquement besoin de cadres qui sortent d’HEC.

La CPGE économique est bien une filière d’excellence qui permet aux meilleurs bacheliers ES d’entrer dans de grandes écoles.

Si la CPGE ECE est une filière d’excellence pour les bacheliers ES, les entreprises et les Ecoles de management ont aussi besoin des ces bacheliers.

- Le point de vue des entreprises et des Ecoles

Les entreprises, et par voie de conséquence, les Ecoles sont aujourd’hui confrontées à trois défis majeurs : * D’abord, de gros besoins quantitatifs en cadres, explicables par la tertiarisation, la mondialisation de nos économies et par les évolutions démographiques et les départs en retraite. * Ensuite, au niveau qualitatif, il leur faut recruter des hommes et des femmes capables de s’adapter aux exigences d’un environnement économique nouveau, très différent de celui des années 60, à un environnement incertain et complexe. Il faut aussi des cadres capables d’innover, de trouver des solutions à des questions complexes. * Elargir l’origine sociale des nouveaux cadres : là, il s’agit d’un objectif de justice sociale mais aussi d’efficacité économique. Plus d’ouverture sociale, c’est plus de talents, c’est aussi permettre aux entreprises de mieux connaître certains marchés, de concevoir des produits et des services adaptés à des cultures différentes.

Les Ecoles aujourd’hui doivent recruter plus d’étudiants et des étudiants issus de tous les milieux sociaux, des étudiants dotés d’une solide culture générale qui leur permettra de s’adapter, avec des parcours de formation diversifiés.

Comment se situent les bacheliers ES par rapport à ces exigences ?

- Les bacheliers ES constituent pour les Ecoles de management un vivier de recrutement important. Environ 90 000 lycéens obtiennent tous les ans un bac ES et seuls un peu plus de 4% poursuivent leurs études en CPGE EC. Ce pourcentage pourrait facilement augmenter si de nouvelles classes étaient créées (plus de 9000 demandes d’entrée en CPGE EC cette année). De plus, les bacheliers S sont fortement incités à poursuivre des carrières scientifiques. Il sera donc difficile d’augmenter considérablement leur recrutement.

- Les Ecoles souhaitent des parcours de formation diversifiés. Or, la présence des bacheliers ES contribue à différencier les parcours de formation. Deux séries de l’enseignement secondaire, les séries S et ES alimentent principalement les concours des Ecoles de management. C’est en grande partie, la série ES permet la diversité du recrutement.

- Les Ecoles souhaitent élargir leur recrutement social. Or, l’origine sociale des bacheliers ES est moins favorisée que celle des S (même si elle est plus favorisée que celle des bacs technologiques) : quelques chiffres issus du rapport du Sénat sur la diversité sociale en CPGE : 29% des élèves de terminale S ont un père cadre contre 21% des élèves de terminale ES, 13% des élèves de terminale S ont un père employé contre 17% pour les ES, 15% des élèves de terminale S ont un père ouvrier contre 20% pour les terminale ES.

- Enfin, la formation des bacheliers ES est bien adaptée aux exigences des entreprises. La formation des bacheliers ES est une formation pluridisciplinaire, bien équilibrée entre les différentes disciplines. Les sciences économiques et sociales permettent justement d’accéder à une culture moderne, indispensable à la culture générale des citoyens du XXIè siècle. De plus, les entreprises souhaitent des cadres capables d’appréhender la complexité du monde contemporain. Justement, l’enseignement de sciences économiques et sociales montre bien aux élèves que les questions du monde contemporain sont complexes, que les réponses sont diverses, qu’elles peuvent changer au cours du temps.

- Ce constat ne signifie évidemment pas qu’il faudrait réserver les concours des Ecoles de management aux seuls bacheliers ES. Ce qui fait la richesse de ces concours et des études ultérieures en Ecoles, c’est justement le recrutement diversifié, et c’est ce type de recrutement qu’il faut impérativement préserver.

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