Que deviennent les anciens étudiants de sociologie en France (AFS)

Novembre 2007


http://www.afs-socio.fr/FI92/92.htm...

Que deviennent les anciens étudiants de sociologie en France

Odile Piriou (Lise Cnam-Cnrs, membre du CE de l’AFS)

Evolution des flux de diplômés et opportunités d’emploi dans l’Académique

- La sociologie en France est d’abord caractérisée par ses flux de diplômés. Il en ressort trois éléments principaux : (1) depuis 20 ans, les effectifs de diplômés en sociologie augmentent en moyenne de 6% par an, (2) la sociologie est une des disciplines parmi les sciences humaines qui produit le plus de diplômés notamment à deux niveaux, celui des premiers cycles et celui de la thèse ; (3) le nombre de doctorats délivrés ré-augmente en sociologie après une baisse dans les années 80.
- L’augmentation des thèses invite d’ailleurs à mieux considérer l’écart entre le nombre de titres produits en sociologie en vue d’un « destin académique » et la réalité des offres offertes dans ce secteur aux détenteurs d’une thèse de sociologie. En moyenne, de 2000 à 2005, la sociologie délivre par an 141 thèses (Source, DEP). Or le CNRS et les universités offrent en moyenne 45 postes par an (depuis 2000) aux sociologues (Source, Journal officiel). En conséquence, seul un tiers des thésards trouvent et trouveront un poste à l’université et dans la recherche. Dans le même temps, les deux tiers des docteurs en sociologie trouvent un emploi en dehors de « l’Académie » (Université et recherche publique). C’est le cas de la totalité des sortants d’un Master de sociologie (soit 1351 diplômés d’un Master par an). La part du secteur académique (en termes d’opportunité d’emploi) est donc faible en France. Cette faible représentativité concerne plus largement le secteur public (37% d’emplois) dans lequel les diplômés de sociologie trouvent moins d’emplois que dans le secteur privé (63% d’emplois pour les diplômés de sociologie, niveaux L+M+D) (Cereq, 2001). C’est une différence stable avec d’autres disciplines des sciences humaines (philosophie, lettres, etc.) et même des sciences sociales (droit, sciences politiques) (Piriou, 2001), sans doute en partie due à la faible organisation de la sociologie comme discipline d’enseignement secondaire.

Secteurs d’embauche des diplômés de sociologie

- Dans le secteur public, les principaux employeurs de diplômés de sociologie (et de « sociologues ») sont les services décentralisés de l’Etat offerts aux personnes, au niveau des régions, des départements, des villes (22%) (Piriou, 2006). Viennent ensuite les services centraux, comme les ministères (15%). Dans le secteur privé, les trois principaux employeurs sont les bureaux indépendants de recherches appliquées, de conseil et d’études (15%) ainsi que les associations (14%). Souvent d’ailleurs ces deux types d’employeurs « cachent » des statuts d’indépendants, c’est-à-dire de sociologues sur contrats qui s’associent entre eux. Mais seulement 7% se déclarent sous le statut de sociologue professionnel. Dans ce cas, ils exercent seuls ou dirigent seuls un cabinet de recherche, d’études et/ou de conseil en sociologie. Les entreprises (privées et publiques) ont été et restent des employeurs importants pour les diplômés de sociologie (22%) (Piriou, 1999, 2006).

- Au-delà des traditionnels secteurs de la formation, du travail social, de l’étude, les diplômés de sociologie accèdent dorénavant à des secteurs professionnels en développement, où semble-t-il, leurs compétences de sociologie sont mieux reconnues. Il reste cependant à mieux cerner quelles contreparties économiques et socioprofessionnelles les études de sociologie offrent aux étudiants qui s’y engagent, à quels niveaux de diplôme et dans quels types de cursus.

Taux de chômage

Une analyse comparée indique que le taux de chômage qui touche les diplômés de sociologie ne varie pas beaucoup de celui de l’ensemble des diplômés en sciences humaines (Cereq, 2001). Les variations entre les niveaux de diplôme indiquent même que la situation des niveaux 3 (Licence, Maîtrise) est un petit peu plus favorable aux diplômés de sociologie (9% de taux de chômage à ce niveau pour les sociologues, 10% pour l’ensemble des diplômés en sciences humaines au même niveau). Le taux de chômage des sociologues au niveau 8 (doctorat) (29%) est un peu plus élevé que pour l’ensemble des SHS (20%). Cet écart reste cependant relatif puisque ce taux rassemble les docteurs en sociologie qui ont soutenu ou non leur thèse, comparativement aux seuls docteurs « titrés » en sciences humaines. Or en France, la qualification protège les détenteurs d’un diplôme par rapport à ceux qui ne sont pas allés au bout de celui-ci (CEREQ, 2001). Une autre importante variation est celle constatée entre les deux types de Master. En sociologie, les diplômés d’un Master professionnel (3%) subissent moins le chômage que ceux d’un Master recherche (conduisant à la thèse) (10%). Les diplômés d’un Master professionnel de sociologie, au regard des taux de chômage, s’en sortent mieux que l’ensemble des « Masters pro » en sciences humaines (6%).

Taux d’accès au statut « cadre »

- Les taux d’accès au statut « cadre » montrent que les diplômés de sociologie (excepté au niveau du doctorat) accèdent dans une moindre proportion aux statuts cadres que l’ensemble des diplômés de lettres et de sciences humaines (45% pour les niveaux L+M+D en sociologie ; 54% pour les mêmes niveaux en sciences humaines). L’analyse de l’accès au statut « cadre » confirme la meilleure situation des diplômés de Master professionnel. En sociologie, les diplômés d’un Master professionnel sont 42% à devenir « cadres » pour 28% des titulaires d’un Master « recherche » (Cereq, 2001). 8 ans après leur entrée dans la vie active, les diplômés d’un Master professionnel sont 67% à accéder à un statut « cadre » (rejoignant le taux moyen de l’ensemble des SHS : 65%) alors que les diplômés d’un Master recherche demeurent en dessous avec 54% seulement d’accès au statut « cadre » en milieu de parcours professionnel (Piriou, 2006). Ces différences entre Masters (professionnels et recherche) se vérifient pour l’ensemble des sciences humaines est sociales (Cereq, 2003).

- L’examen du salaire médian des diplômés de sociologie conduit aux mêmes constats que précédemment. En moyenne, les diplômés de sociologie au niveau L+M+D (1433 euros net par mois) gagnent des salaires plus faibles que ceux des diplômés de sciences humaines (1534) aux mêmes niveaux de diplôme. En sociologie, les Masters professionnels (avec une médiane de rémunération atteignant 1 500 euros, net par mois) offrent aux diplômés une meilleure contrepartie économique que les Masters « recherche » (1 379 euros, net par mois).

Conclusion

Il semble que le développement de la sociologie en France, en ce début de siècle, se joue actuellement à l’aune du développement des filières professionnelles. Par développement il faut entendre la place, la reconnaissance sociale de la sociologie à la fois en termes de formation, d’utilité et sans doute des contreparties socioéconomiques qu’elle est susceptible d’offrir aux futurs entrants à l’université. Ces enjeux ne seraient-ils pas accrus aujourd’hui par le double processus constaté dans la discipline en France, à la fois la faiblesse des opportunités d’emploi dans les secteurs académiques et le nombre croissant d’étudiants attirés en sociologie par les filières professionnelles ? Malgré ces différences de ton et de prisme, dans différents pays (Portugal, Italie, Espagne) comme en France, les réformes universitaires et le développement de la sociologie posent des questions assez partagées de professionnalisation des étudiants, dont on sait encore peu de choses, et qui ne trouvent pas encore de stabilisation dans les nouveaux cycles d’enseignement. La réforme « LMD » qui désigne l’application au système français d’enseignement supérieur de la construction de l’espace européen de l’enseignement supérieur, dit « processus de Bologne », accentue ce flou.

Sources statistiques

- CEREQ, 2001, extraction de la base de données Génération 2001, pour les diplômés de sociologie. Pour la population mère, voir : Giret J.F., Moullet S., Thomas G., « Enquête « Génération 1998 », De l’enseignement supérieur à l’emploi, les trois premières années de vie active de la génération 98 », Cereq, décembre 2002, document pdf, http://www.cereq.fr/enquetegenerati...
- Bref Cereq, enquête « Génération 2001 » - Extension docteurs, Bref n°220, juin 2005, pp. 4 Chenu A., « Une institution sans intentions. La sociologie en France depuis l’après-guerre », Actes de la recherche en sciences sociales, 141-142, 2002, pp.46-59
- Bref CEREQ, « L’enseignement supérieur professionnalisé, un atout pour entrer dans la vie active ? », Bref n° 195, mars 2003
- Journaux officiels (sur les nombres de postes offerts aux concours au CNRS et à l’Université pour les sociologues)
- DEPP Direction des études, de la prospective et de la performance, du Ministère de l’Education nationale (pour les flux de production de diplômés)
- Piriou O., La face cachée de la sociologie. A la découverte des sociologues praticiens, Préface de Claude Dubar, Belin, Perspective sociologique, 2006
- Piriou O., Pour une sociologie des sociologues. Formation, identité, profession, Préface de Renaud Sainsaulieu, Saint-Cloud, Editions de l’Ecole normale supérieure, 1999

Ceci est un extrait d’une communication pour le 8ème Congrès de l’ESA (European Sociological Association) à Glasgow en septembre 2007. Cette communication a été présentée dans le cadre d’une session spéciale du RESU (Réseau des Associations de Sociologie de l’Europe du Sud) on : What is happening to sociology students after graduation ? Cette cession était organisée et présidée par Daniel Bertaux, AFS. L’auteur se réserve le droit de republier ces données et ces analyses dans d’autres supports de communication, revues, etc.

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commentaires (2 messages)


  • Que deviennent les anciens étudiants de sociologie en France (AFS) 13 janvier 2008 23:56, par gaglozoun rogatien

    je suis etudiant sur le campus d’abomey calavi au Bénin.par rapport a cet article tout est bien mais je veux bien des traveaux de groupe par rapport à mes recherches afin de demontrer sur tout les plan que la socio est effectivement une science de groupe,il y a beaucoup de choses.

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  • Que deviennent les anciens étudiants de sociologie en France (AFS) 2 mai 2008 11:59, par bracq

    propos intéressant,mais ne questionnant pas l’institution universitaire. Quels sont les enjeux d’un accueuil croissant d’étudiants dans cette filière ?
    Comment vivent les labos en perte de vitesse intellectuelle et financière sans l’arrivée de sang neuf ?
    Ils s’assurent une retraite bien mérité ?

    Les étudiants les mieux informés sur les devenirs professionnels et ceux qui peuvent etre aidés fiancièrement sauront mettre à profit un cursus supplémentaire dans un autre domaine.
    Les moins bien lotis devront s’attacher à développer un réseau au sein de l’université pour escompter y rester, ou un réseau professionnel, aucun des deux n’etant plus fiable que l’autre.

    beaucoup à dire et à mettre en lumière sur le mandarinat en sociologie, l’origine des étudiants, la comparaison de leurs cursus et leurs devenirs professionnels.

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