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Communiqué de presse du 25 novembre 2014 : « Associer les chefs d’entreprise à la rédaction des manuels scolaires ? » Qui sont les idéologues ?

APSES 25/11/2014


« Associer les chefs d’entreprise à la rédaction des manuels scolaires ? » Qui sont les idéologues ?

Dans une tribune au Figaro, Nicolas Lecaussin, Directeur du développement de l’Institut de Recherches Economiques et Fiscales (IREF), think tank libéral, propose d’associer les chefs d’entreprise à la rédaction des manuels scolaires de sciences économiques et sociales (SES). Une proposition portant atteinte à la neutralité de l’Ecole, s’appuyant sur une « étude » fantaisiste qui dévoile un manque flagrant de culture économique.

Des intentions idéologiques portant atteinte à la neutralité de l’enseignement

Reconnaissons la transparence de l’IREF, qui affiche clairement ses intentions pour l’enseignement des sciences économiques et sociales : « inciter les élèves à aimer les entreprises » ! Une incantation au mépris du principe fondateur de neutralité de l’enseignement. L’école se doit en effet de développer une approche rationnelle et pluraliste, et non passionnelle et univoque, de ses objets d’étude. Au lycée, il s’agit de faire découvrir aux élèves la pluralité des entreprises et leur complexité comme c’est le cas pour d’autres acteurs, et non de les faire aimer ou détester ! Imagine-t-on qu’en Histoire les enseignants aient par exemple pour objectif « d’inciter à aimer les religions » lorsqu’ils les étudient ? Et que penserait-on si des congrégations religieuses demandaient à être associées à la rédaction des manuels d’Histoire ?

Une étude fallacieuse dénotant un manque flagrant de culture économique

A l’appui de son propos partisan, l’IREF invoque une « étude » sur les manuels de sciences économiques et sociales, où alternent erreurs factuelles et analyses infondées :
-  Non, les chapitres consacrés aux entreprises n’occupent pas « 20 pages sur plus de 400 pages ». Il a échappé à l’IREF que les entreprises sont mentionnées, et c’est heureux tant l’objet d’étude est riche et central en SES, à de multiples occasions dans d’autres chapitres (1.2 Que produit-on et comment le mesure-t-on ?, 2.1 Comment l’entreprise produit-elle ?, 3.1 Qu’est-ce qu’un marché ?, 3.2 Comment un marché concurrentiel fonctionne-t-il ?, 3.3. Comment les marchés imparfaitement concurrentiels fonctionnent-ils ?, 4.2 Comment l’activité économique est-elle financée ?, etc.) ;
-  Non, les manuels n’omettent pas le rôle des entreprises dans la création de richesses. On se demande d’ailleurs ce que les professeurs de SES pourraient bien enseigner à leurs élèves s’il n’était pas prévu qu’ils abordent la question de la production de biens et services ! Dans le chapitre 1.2. du programme de première donc, les élèves apprennent à mesurer la contribution des entreprises à cette création à travers les notions de valeur ajoutée et de PIB marchand.
-  Non les manuels ne sont pas hostiles à la mondialisation. Ce chapitre de terminale est l’occasion d’enrichir les représentations des élèves, qui sont spontanément plutôt sévères et méfiants à son égard. En expliquant ses avantages mais aussi ses risques, ce chapitre permet de réduire les jugements simplistes.
-  Non les manuels ne sont pas non plus hostiles à la concurrence. Comme pour les objets « entreprise » ou « mondialisation », il s’agit à la fois d’en montrer l’intérêt (par exemple en termes de baisse des prix ou de variété des produits) et les limites, donc d’en montrer la complexité. Et à ce titre, faut-il cacher aux élèves que certaines structures de marché permettent aux entreprises de disposer d’un pouvoir de marché dont elles risquent d’abuser au détriment des consommateurs ?
-  En revanche il est vrai que les manuels montrent que « l’impôt est important et assure la régulation et la cohésion sociale au sein de l’Etat-providence ». Mais on aurait aimé que Monsieur Lecaussin explique en quoi cette conclusion le choque. Considère-t-il que l’impôt est inutile ? qu’il nuit à la cohésion sociale ? En 1776 déjà, Adam Smith convenait de la nécessité de l’impôt, les débats abordés en économie comme dans notre enseignement portant davantage aujourd’hui sur son efficacité et son équité que sur son existence.
-  Il est en outre exact que dans les manuels, la crise des « subprimes » est présentée comme « la conséquence des excès du marché et l’on en conclut que les politiques budgétaires de relance ont été les bienvenues pour corriger ces excès ». Est-ce à dire que l’IREF considère que les Etats auraient dû s’abstenir d’intervenir face à la déflagration de la crise de 2008 ?

Face à de telles inepties, on ne peut que souhaiter pour les élèves que l’IREF (au passage essentiellement financé par les déductions fiscales auxquelles donnent droit les dons versés à cette association reconnue d’utilité publique !) ne soit associée ni de près ni de loin à l’élaboration des programmes ou des manuels de Sciences Economiques et Sociales.

Le marché de l’édition scolaire étant un marché concurrentiel, nous incitons Monsieur Lecaussin à s’y lancer comme entrepreneur ou auteur, mais il lui faudra assumer alors les conséquences de la loi de l’offre et de la demande !

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales