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Lettre de l’APSES à Madame la ministre de l’Education nationale

11/9/2014


Strasbourg le 11 septembre 2014

A Madame la Ministre de l’Education nationale

Madame la Ministre,

C’est avec espoir que l’Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales (APSES) accueille votre nomination en tant que Ministre de l’Education Nationale. Vos divers engagements, et particulièrement ceux en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes, ont évidemment une résonance particulière pour notre discipline, qui depuis près de 50 ans tente de faire décrypter aux élèves les fondements des stéréotypes et des inégalités de genre.

Nous savons que vous avez pour ambition de réaliser une véritable démocratisation du système éducatif. Concernant notre discipline, et dans le cadre de l’évaluation de la réforme du lycée que vous avez annoncée pour cette année, nous pensons que deux changements contribueraient utilement à cet objectif d’ensemble.

1. Offrir à tous les élèves de seconde une initiation véritable aux sciences sociales

A l’heure où les grandes questions économiques et sociales – politiques économiques, évolutions de la famille, protection sociale, etc. – sont plus que jamais d’actualité, l’école du XXIème siècle se doit de former sérieusement les lycéens aux regards des sciences sociales sur ces enjeux.

Si la réforme du lycée de 2010 a permis que 85% des élèves de seconde générale et technologique choisissent l’enseignement de SES, force est cependant de constater que l’horaire réduit à 1h30, le statut d’enseignement d’exploration, l’absence – pour la majorité des lycées - de dédoublements, couplés à un programme dense et exigeant, rendent illusoire l’objectif de formation d’une véritable culture commune en sciences sociales.

Aussi souhaitons nous vous exposer les raisons pour lesquelles l’APSES demande pour l’enseignement des SES en seconde un horaire revalorisé et des dédoublements dans toutes les classes ainsi que soit autorisée une plus grande liberté dans le nombre et le choix des chapitres du programme.

2. Engager sans tarder une réécriture des programmes et des épreuves de baccalauréat en sciences économiques et sociales

La réforme Chatel du lycée s’est également traduite pour les SES par de nouvelles épreuves de baccalauréat et des nouveaux programmes aux contenus contestés. Leur caractère encyclopédique, le recul du pluralisme et des débats, et une approche par de prétendus « fondamentaux », ont contribué à accroître le côté transmissif de notre enseignement, entraînant une dégradation des conditions d’apprentissage pour les élèves. Rappelons les propos de Vincent Peillon au sujet du contexte de la réforme pour les SES :

« Pour votre discipline, il y a eu énormément d’idéologies ces dernières années, et donc une hostilité très forte à l’égard des professeurs de sciences économiques et sociales, dans la mesure où effectivement ils essayaient d’apprendre à réfléchir, et disons, d’avoir une interrogation critique sur la société. Mais enfin critique au sens noble du terme, de l’estimation. Alors que l’on voulait les conduire vers une espèce d’accommodation à l’entreprise. Nous allons revenir là-dessus. […] Donc votre discipline est particulièrement maltraitée, pas seulement en Terminale d’ailleurs. Et donc nous allons prendre des mesures plus urgentes pour ce qui vous concerne. »

Cette reconnaissance réparatrice pour les enseignants de SES s’est traduite par des allègements des programmes de première et terminale ES, allègements salutaires mais qui sont insuffisants et ne peuvent être considérés que comme transitoires au regard des vastes lacunes et défauts persistants des programmes.

L’instauration du Conseil Supérieur des Programmes a été très bien accueillie par les professeurs de SES. S’il est légitime que la refondation de l’Ecole et de ses programmes scolaires débute par la scolarité obligatoire et s’inscrive dans le temps long de la démocratie, il devient urgent que le Conseil Supérieur des Programmes porte également sa réflexion sur le lycée, au risque qu’aucun changement des programmes n’intervienne sous votre mandature. L’APSES vous demande donc que soit entamé un travail de bilan des programmes et épreuves dès cette année, et se propose de participer à titre expérimental à la conduite d’un bilan des programmes et épreuves puisque cet exercice n’a pour l’essentiel jamais été véritablement entrepris en France, quelle que soit la discipline scolaire.

Nous sollicitons une entrevue afin de pouvoir échanger avec vous sur ces points.

Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre sincère dévouement au service public d’Education ainsi que nos plus respectueuses salutations.

Marjorie GALY, Présidente de l’APSES Erwan LE NADER, Vice-Président de l’APSES

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