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Lettre ouverte à ceux qui attaquent les manuels de Sciences Economiques et Sociales

R.A.M.S.E.S. (Réseau des auteurs de manuels de SES)


Cette lettre a été signée à ce jour par 59 auteurs des sept collections de manuels de SES (Bordas, Bréal, Hachette, Hatier, Nathan, La Découverte, Magnard).

Depuis plusieurs mois, des attaques récurrentes contre les manuels de Sciences Economiques et Sociales sont relayées par les médias : les manuels de SES n’accorderaient pas une place suffisante à l’entreprise et au marché et en donneraient une vision négative, les auteurs étant animés par des motivations partisanes plutôt que pédagogiques.

Rappelons d’abord que les manuels incriminés sont le reflet fidèle des programmes. La concurrence entre les six maisons d’édition garantit qu’aucun manuel ne puisse trop s’écarter des instructions officielles, sous peine de ne pas être choisi par les enseignants dont la préoccupation première est de préparer efficacement les élèves au baccalauréat. Tous ceux qui, comme Michel Pébereau (Le Figaro du 15/01/2008), affirment que les programmes « ne donnent pas à la production et à l’échange, à l’entreprise et au marché la place centrale qui devrait être la leur » les ont probablement mal lus ou lus trop vite :
- En seconde, l’entreprise est l’acteur central de trois thèmes sur quatre (l’emploi, la production et la consommation) ;
- En première ES, sont étudiés le financement et les stratégies des entreprises, la régulation par le marché et ses limites, ainsi que le rôle de l’Etat et ses limites ;
- En terminale ES, l’entreprise apparaît comme l’acteur central des chapitres consacrés à l’investissement, l’innovation, l’organisation du travail et la mondialisation.

Pour tenter de démontrer que les manuels sont partisans, les critiques se basent sur des extraits de documents sortis de leur contexte. Or, en Sciences Economiques et Sociales, les questions traitées n’admettent pas une réponse unique mais des analyses parfois contradictoires. Par exemple, un élève de terminale ES trouvera dans son manuel des documents montrant :
-  L’intérêt du libre échange mais également celui d’un protectionnisme limité ;
-  Les effets globalement positifs du progrès technique et de la mondialisation sur l’emploi, mais leurs effets destructeurs dans certaines branches ;
-  Les arguments en faveur d’une plus grande flexibilité mais également ceux qui plaident en faveur d’une certaine protection de l’emploi ;
-  Les bienfaits et les inconvénients de la construction européenne. En sélectionnant des extraits des manuels, il serait donc tout aussi facile de démontrer un biais « libéral » (Smith, Ricardo, et d’autres auteurs libéraux y figurent en bonne place), qu’un biais « social-démocrate » ou « alter-mondialiste ». Le manuel doit également être un outil efficace pour se préparer à des sujets de baccalauréat qui invitent souvent à discuter une thèse en développant arguments et contre-arguments. En définitive, la neutralité du manuel ne réside donc pas dans tel ou tel de ses documents, mais dans le choix pluraliste des documents et dans l’organisation d’ensemble des chapitres.

Face à des attaques prétendument "neutres" et pourtant très orientées, nous tenons à réaffirmer que la seule neutralité qu’il faut préserver est celle des programmes et des manuels. Comme dans les autres disciplines, les programmes sont déterminés par des groupes d’experts (universitaires, inspecteurs, enseignants) qui reflètent l’état des savoirs universitaires, et décident de ce qui peut et doit être enseigné aux élèves de lycée. Quant aux manuels, ils sont élaborés par des enseignants expérimentés qui cherchent les meilleurs moyens pour atteindre les objectifs des programmes. Experts et auteurs ne sont mandatés par aucun groupe de pression, aucune faction. Ils sont les garants de ce qui est essentiel à la démocratie : l’autonomie du champ scientifique par rapport au champ politique. Le procès fait au contenu des programmes et des manuels est, lui, clairement idéologique. Qui supporterait une histoire officielle, une économie officielle, une sociologie officielle, une biologie officielle … reflets du poids momentané d’acteurs économiques, sociaux ou politiques ? Contre la volonté de réduire l’enseignement des Sciences Economiques et Sociales à un parti pris béat, nous restons attachés à la formation d’esprits critiques capables de comprendre et d’agir dans le monde qui les entoure.

Joëlle Bails, Rémi Jeannin, Mireille Nivière, Adeline Richet, directeurs de collection.

Laurent Akar, Didier Anselm, Eric Barbot, Jacques Batteau, Dominique Beddock, Catherine Beddock-Diet, Laurence Bénaïm, Carole Bernier, Pascal Binet, Agnès Blanc, Valérie Bouldoires, Paul Caron, Stéphane Carré, Patrick Ceard, Dominique Chamblay, Sylvain Charra, Renaud Chartoire, Francis Chastan, Pierre-André Corpron, Serge d’Agostino, Jean-Pierre Dal Follo, Sarah Daubin, Bruno Dechamps, Florence Delfort, Christophe Denys, Joachim Dornbusch, Eric Duclos, Thomas Fabre, Thierry Fernandez, Romain Geny, Aissa Grabsi, Stany Grelet, Jean-Pierre Guidoni, Damien Heurtevent, Marc Jayat, Maguelonne Jonquet, Samia Khellaf, Gérard Laureys, Christian Laval, Erwan Le Nader, Yves Le Rolland, Fabienne Lepage, Aline Mignan, Hervé Moreau, Patricia Morini, Delphine N’Kaya Mankou, Marc Pallud, Jean-Yves Phelep, Gérard Pouettre, Patrice Pourcel, Françoise Rault, Gilles Renouard, Franck Rimbert, Gilles Robert, Nicolas Rouanet, Monique Servanin, Gabriel Trombert, Isabelle Waquet, Philippe Watrelot, auteurs

Contact : jeannin.remi@gmail.com

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