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A la manière d’Aude Sérès, journaliste au Figaro

Par Joëlle Bails


A travers les manuels, ce sont nos programmes qui sont visés : 2 indices dans l’article du Figaro :
- "en classe de seconde, avant même de parler du monde de l’entreprise, un ouvrage comme Magnard consacre une trentaine de pages à la précarité et au chômage" La belle affaire ! Quel indice de déviation idéologique ! C’est l’ordre du programme et tous les ouvrages procèdent de même.
- "Pour Hatier, les pouvoirs publics doivent "remédier aux défaillances du marché". C’est un item du programme !

A la manière d’Aude Sérès, Le Figaro du mardi 15 janvier et

Je me suis livrée à un petit exercice "à la manière d’Aude Sérès", la journaliste du Figaro, ou presque…, les propos attribués à D. de Villepin sont pure fiction et les extraits de documents sont tous accompagnés d’une indication précise de la source). Les passages entre guillemets dans le texte sont extraits des programmes officiels ou des titres de dossiers des manuels qui reprennent les indications des programmes.


Les manuels d’économie en accusation...

Déjà vive la polémique autour de l’enseignement de l’économie n’en finit pas de rebondir. La tension, relayée par le monde des altermondialistes, montait depuis quelque temps. En cause la vision négative de la régulation publique qui serait véhiculée depuis des années par l’Education nationale. Jusqu’au coup de sang récent de l’ex premier ministre Dominique de Villepin qui est allé jusqu’à rendre l’enseignement de cette matière « responsable de la victoire de N. Sarkozy aux élections présidentielles ». Edités par Nathan, Bordas, Magnard, Bréal, Hatier ou encore La Découverte, les manuels sont en principe le reflet du programme. Mais l’Education nationale n’impose pas de contraintes et ne peut de toute façon pas en contrôler le contenu. Le rôle de l’Etat est sous-représenté dans les programmes. Pour preuve, un manuel comme Nathan, en classe de Première, avant même de parler de l’intervention des pouvoirs publics, consacre une quarantaine de pages à présenter les mécanismes du marché et les stratégies d’entreprises sur les marchés. En outre, pour Hatier, on doit « procéder à la construction de courbes d’offre et de demande » et étudier « la formation de l’offre, de la demande et du prix d’équilibre ». Le tout agrémenté de graphiques sur les effets pervers des prix-planchers et des prix-plafonds… L’Etat est critiqué. Il est par exemple affirmé que l’intervention des pouvoirs publics fait l’objet de débats liés à la dette, aux impôts qui seraient trop lourds… Ainsi, le manuel Bréal étudie « les limites de l’action des pouvoirs publics » et Magnard va jusqu’à affirmer que « l’efficacité et la légitimité de l’Etat-Providence sont remises en question ». En Terminale ES, les manuels persistent à nourrir nos lycéens de principes libéraux. Le manuel Hachette, par exemple, se demande si « les inégalités sont favorables à l’efficacité économique » et même « si elles peuvent être justes ». Tandis que le manuel La Découverte, qui semble ignorer les licenciements induits par le progrès technique, affirme que « le progrès technique est au cœur de la croissance ». Bordas évoque « les effets favorables des firmes multinationales sur les économies nationales » et Nathan parle « des bienfaits du libre-échange ». Pour se donner une image de sérieux, ces manuels regorgent de graphiques, tableaux statistiques, on y trouve même la photo d’Adam Smith…

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- « La priorité doit être donnée à la diminution des impôts, en particulier de ceux qui sont les plus désincitatifs ».

Au fil des pages de ces manuels, voici quelques exemples de la façon dont l’l’économie est enseignée aux lycéens.

- "Nous devons arrêter cette dérive qui consiste à faire de la protection sociale une sorte de substitut du travail, une machine qui pourrait permettre de mener une vie hors travail". Denis Kessler, Vice-président du MEDEF, Un moment solennel, Forum de Strasbourg, discours de conclusion, 20 novembre 2001. (Hachette TES p. 273)

- « Les résultats donnent globalement à penser que les entreprises privées (ou privatisées) obtiennent de meilleurs résultats que les entreprises publiques en termes d’efficience de production et de rentabilité ». R. Gönenc, M. Maher, G. Nicoletti, Mise en place et effets de la réforme de la réglementation : leçons à tirer et problématique actuelle, Revue de l’OCDE, 2000. (Bordas PES p. 299)

- « L’innovation est la plus grande cause d’optimisme quant aux chances de l’explosion de progrès technique sans précédent du XXe siècle de se poursuivre. En fait, l’innovation encourage la concurrence qui, en retour, est un déterminant essentiel de l’innovation ». W. Baumol, The free market innovation machine, Princeton University press. New-York, 2002. (Nathan PES, p. 205)

- « La croissance sera forte si les Français sont incités à produire, elle sera faible dans le cas contraire. Cela implique naturellement de passer d’un système fiscal désincitatif à un système fiscal qui le soit moins. (…) La priorité doit être donnée à la diminution des impôts, en particulier de ceux qui sont les plus désincitatifs. » P. Salin, « Pourquoi il faut baisser les impôts, Le Figaro, 11 septembre 2002. (Hatier PES p. 324)

- « Puisqu’il est hors de question d’augmenter les cotisations et que par ailleurs, il est impératif de conserver un niveau de retraite décent, le seul paramètre sur lequel nous puissions agir est l’âge de départ à la retraite et la durée de cotisation ». MEDEF, Revue des entreprises, février 1999 (La Découverte TES, p. 212)

- « Vis-à-vis des marchés, l’attitude de l’altermondialisme est plus préoccupante encore. En effet, pour bon nombre de groupes et plus encore de dirigeants des mouvements contestataires tout imprégnés de relents de marxisme, il s’agit d’une véritable « détestation » du principe même du marché. […] Pour eux, le marché, c’est nécessairement ce libéralisme honni qui ne saurait être qu’ « ultra ». » D’après H. Bourguinat, Altermondialisation : un autre monde est-il possible ? », Problèmes économiques n° 2 875, La Documentation française, 11 mai 2005. (Magnard TES p. 325)

- « La maîtrise des risques collectifs impose d’évoluer vers un Etat stratège, dont les fonctions de production directe s’effacent devant les capacités d’expertise, de contrôle et d’évaluation. […] Le modèle de l’administration de masse, qui entendait diriger la société par l’application des règles tayloriennes, est périmé. » N. Baverez, Les Trente Piteuses, Flammarion, 1998. (Bréal PES p. 249)

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Les conséquences de la fixation d’un prix plancher ou d’un prix plafond : pénurie et excédent

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Hatier PES p. 227

La représentation des effets pervers du contrôle des prix dans les livres de cours des lycéens peut parfois surprendre, comme ici à travers l’exemple du blé et des loyers…

Joëlle Bails

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