articles de ce dossier

QUE PEUT-ON FAIRE AVEC UN BAC ES ?

Par Bruno Magliulo, Inspecteur de SES, rédacteur de guides orientation pour les éditions L’Etudiant.


Comme tous les bacheliers généraux, les bacheliers ES sont presque tous enclins à poursuivre leurs études dans l’enseignement supérieur : en 2006, ils furent 95,9% (1) à agir ainsi. En réalité, ils sont plus nombreux car dans les 4,1% classés en « orientation vers la vie active », on mêle ceux qui signent un contrat de travail par l’alternance (contrat d’apprentissage ou contrat de professionnalisation), qui font donc le choix de se former à un diplôme de l’enseignement supérieur professionnel (BTS, DUT, etc.) sous statut salarié, et ceux qui signent un autre type de contrat de travail. Ce chiffre est comparable à ceux observés pour les bacheliers L (99,6%) et S (104,5%) (2), mais significativement supérieur à ceux concernant les bacheliers technologiques (75,9% de poursuites d’études en moyenne, 77,5% pour les bacheliers STT(STG)), et les bacheliers professionnels (22,6% de poursuite d’études en moyenne).

Voici, pour l’année universitaire 2006-2007, la structure des orientations des nouveaux bacheliers ES dans l’enseignement supérieur :

Entrée en première année du premier cycle licence (universités publiques) : 56,5 % Dont
- Droit : 15,8%
- Sciences humaines et sociales (histoire, socio, psycho, géo …) : 13,7%
- Economie – gestion : 9,1%
- Langues vivantes : 7,4%
- Administration économique et sociale : 4,6%
- Sciences et techniques des activités physiques et sportives : 2,4%
- Lettres : 1,3%
- Arts : 0,9%
- Autres filières universitaires (santé, sciences de la vie …) : 1,4%

Universités privées : 1,5%

Classes préparatoires aux grandes écoles : 6,3% Dont
- CPGE économiques : 4,6%
- CPGE littéraires : 1,7%

Grandes écoles à recrutement niveau bac (IEP, écoles de commerce…) : 5,4%

Formations supérieures professionnelles courtes : 26,1 % Dont
- Instituts universitaires de technologie : 11,4%
- Sections de technicien supérieur : 9,7%
- Ecoles professionnelles de niveau bac + 2/3 : 5 %

Total poursuite des études : 95,8 % Vie active (y compris les contrats d’alternance) : 4,2 %

Source : Que faire avec un bac ES ? Editions L’Etudiant, édition 2008 à paraître fin janvier 2008 Tableau recomposé à partir des données du MEN

Des préférences marquées pour :

- 1) Les études supérieures longues : près de sept bacheliers ES sur dix s’engagent dans une filière d’enseignement supérieur long, soit à l’université (58% en prenant en compte les inscriptions dans les établissements universitaires privés), soit dans la filière « grandes écoles » (11,7% par addition de ceux qui entrent en CPGE et ceux qui parviennent à se faire admettre dans une grande école à recrutement niveau bac).

- Notons qu’en réalité, les bacheliers ES sont nettement plus nombreux à faire des études supérieures longues : les deux tiers de ceux qui optent pour la préparation d’un diplôme de l’enseignement supérieur professionnel court parviennent ensuite à se glisser en année de licence professionnelle, puis pour beaucoup en deuxième cycle master, ou en grande école. En prenant en compte ce phénomène, on peut dire que les bacheliers ES sont plus de 85% à avoir une préférence pour les études supérieures longues.

- 2) Les études supérieures économiques : près de la moitié des bacheliers ES optent pour une filière d’études supérieures économiques (générale ou professionnelle, courte ou longue). 13,7% le font à l’université publique (filières économie-gestion et AES), 0,5% au titre des universités privées, 4,6% en CPGE économique, 4,5% en entrant dans des grandes écoles de commerce, gestion, comptabilité, etc.) à recrutement niveau bac, et 25% dans des filières tertiaires des IUT, STS ou écoles de niveau bac + 2/3. Ils sont donc plus de 48% à faire un tel choix.

- 3) Les études professionnalisées oui, mais après un premier cycle général : force est de constater qu’une majorité de bacheliers ES (près des deux tiers en additionnant ceux qui s’inscrivent en premier cycle universitaire et ceux qui entrent en CPGE) préfèrent entamer leurs études supérieures par deux ou trois années d’enseignement général, avant de choisir leur champ d’études professionnalisées. Corrélativement, ils ne sont qu’un tiers à plonger dans le bain de la professionnalisation dès l’après-bac.

- Notons cependant que si l’on veut bien prendre en compte les premiers vœux d’orientation des bacheliers ES (et non pas uniquement les constats de rentrée), on a une image plus équilibrée de la répartition des bacheliers ES entre les filières immédiatement professionnalisées (IUT, STS, écoles à recrutement niveau bac) et les autres. Il est en effet important de tenir compte du fait que le nombre des bacheliers ES candidats à l’admission en établissement d’enseignement supérieur immédiatement professionnalisé est nettement plus important qu’il n’y parait : on estime à près de 40 % le nombre des bacheliers ES candidats à l‘admission en IUT, STS ou école professionnelle à recrutement niveau bac, et 10 % ceux qui frappent à la porte des grandes écoles à recrutement niveau bac. Pour la partie d’entre eux qui ne parvient pas à sauter positivement l’obstacle de la sélection, l’université est un choix de second rang. Si on veut bien prendre en compte la structure des vœux d’orientation des bacheliers ES (et pas uniquement celle du constat de rentrée des orientations effectives), on peut estimer la part de ceux qui préfèrent entrer dans une filière (courte ou longue) immédiatement professionnalisée, à 45/48 %.

Réussite à tous les étages :

- Il est frappant de constater que dans les diverses voies d’études sur lesquelles les bacheliers ES s’engagent, ils sont majoritaires à réussir. C’est certes inégalement vrai, mais les discours misérabilistes trop fréquemment prononcés sur la prétendue « mauvaise potentialité des bacheliers ES dans l’enseignement supérieur », y compris parfois par les plus hautes autorités ministérielles, sont largement contredits par les données chiffrées… telles que présentées par le service statistique du ministère de l’Education nationale lui-même. Sans prétendre à l’exhaustivité sur ce sujet, signalons quelques données particulièrement significatives à nos yeux.

1) Taux d’accès des bacheliers ES en troisième année de l’enseignement supérieur universitaire (session de 2006) :

En deux ans pile : 40,8% en droit (33,6% tous bacs confondus) ; 38,5% en économie-gestion./AES (31,3%) ; 45,9% en lettres/langues/sciences humaines (38,2%).

En deux à cinq ans : droit , 72,7% (tous bacs confondus : 60,8%) ; économie-gestion/AES, 67,4% (tous bacs confondus : 60,6%) ; lettres/langues/sciences humaines, 69,5% (tous bacs confondus : 59,2%). Ces taux d’accès en troisième année s’entendent en deux à cinq ans.

Source : Repères et références statistiques du MEN, 2006

2) Réussite des bacheliers ES en année licence (toutes filières confondues, session de 2006) :

En un an pile : 75,4% (tous bacs confondus : 70,4%) En deux ans : 8,4% (tous bacs confondus : 9,7%) En trois ans : 1,3% (tous bacs confondus : 1,6%) Total en un à trois ans : 85,1% (tous bacs confondus : 81,7%)

Source : Repères et références statistiques du MEN, 2007

3) Réussite des bacheliers ES en IUT (secteur des services, session de 2006) :

En deux ans pile : 75,7% (tous bacs confondus : 74,7%) En trois ans : 6,5% (tous bacs confondus : 7,3%) Total en deux ou trois ans : 82,2% (tous bacs confondus : 82%)

Source : Repères et références statistiques du MEN, 200

4) Réussite des bacheliers ES en STS (secteur des services, session de 2006) :

En deux ou trois ans : 80 % (tous bacs confondus : 66%)

Source : Résultats des BTS, session 2006, Note d’information du MEN, N° 07.19

5) % des entrant en première année des Instituts d’études politiques par bac d’origine (session 2006 des concours d’entrée) :

IEP (1) Aix-en-provence 51% (ES) 33% (L) 15% (S) Lyon 53% (ES) 35% (L) 11% (S) Rennes 51% (ES) 30% (L) 19% (S) Strasbourg 44% (ES) 39% (L) 17% (S) Toulouse 45% (ES) 32% (L) 23% (S) (1) Chiffres non disponibles concernant les IEP de Bordeaux, Grenoble, Lille et Paris

Source : Réussir son entrée à Sciences po’, par Sandine Chesnel, collection L’Etudiant

- Nous aurions pu poursuive cette liste des résultats obtenus par les bacheliers Ss dans les diverses filières d’enseignement supérieur. Citons par exemple le fait qu’à l’issue des CPGE économique et commerciale, ils sont 90% à réussir, en deux ou trois ans, à un concours au moins d’accès dans une grande école de commerce/gestion ; autre exemple intéressant : 60% des bacheliers admis dans les grandes écoles de commerce à recrutement niveau bac sont originaires de la filières ES ; etc.

Au total, les bacheliers ES n’ont vraiment pas à rougir de leur réussite dans l’enseignement supérieur, y compris lorsqu’on la compare avec celle obtenue par d’autres catégories de bacheliers.

Bruno MAGLIULO Son blog sur l’orientation. Auteur de « Que faire avec un bac ES ? » Editions L’Etudiant


(1) Toutes les données statistiques présentées dans cette contribution sont extraites de l’édition 2007 de « Repères et références statistiques » (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, Ministère de l’Education nationale) (2) Ces chiffres s’entendent « y compris les doubles inscriptions dans l’enseignement supérieur (par exemple : élève de classe préparatoire également inscrit en premier cycle universitaire), ce qui explique que certaines données soient supérieures à 100%

commentaires (1 message)


Répondre à cet article

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales