
Les Sciences économiques et sociales Cahiers Pédagogiques-CRAP N° 472 daté d’avril 2009 ici
Éditorial
Une quarantaine agitée
Les premiers enseignements de sciences économiques et sociales ont démarré de façon expérimentale en classe de 2de en 1964, puis officiellement avec la réforme Fouchet de 1966. Le premier bac économique et social (bac B à l’époque) s’est déroulé en 1969. Quarante ans, cela peut être l’âge des bilans et c’est d’abord ce que propose ce dossier. Les SES sont nées et ont évolué dans un processus de démocratisation de l’école : quel a été le rôle de cette discipline nouvelle dans ce processus ? Comment les programmes, qui ont su être innovants dans leur conception, ont-ils évolué ? De quelles valeurs - en miroir avec les évolutions sociétales - sont-ils porteurs ? À ces questions posées dans l’ouverture du dossier font écho dans la dernière partie les interrogations actuelles : que reste-t-il du projet initial des SES aujourd’hui ? Faut-il repenser les SES, tout en s’appuyant sur les recherches en éducation, comme le préconise Alain Legardez ? Les professeurs de SES évoquent souvent l’« esprit des SES ». Comment le définir ? S’agit-il des objectifs disciplinaires fondés sur la formation des citoyens et la combinaison de plusieurs approches ? S’agit-il des méthodes pédagogiques mises en œuvre (l’étude de dossiers documentaires, l’utilisation de supports multiples, et notamment la presse, le travail de groupe) dès la création des SES ? S’agit-il des concepts et méthodes propres aux sciences sociales ? La question des méthodes pédagogiques appelle à la réflexion et à la prise de distance. Le sociologue Jérôme Dauvieau nous livre sur ces divers aspects le résultat de ses observations dans les cours de SES. Nous avons placé au cœur du dossier les pratiques professionnelles. Il est difficile de dissocier l’enseignement des SES et l’histoire de la série ES. Si ce dossier privilégie une approche centrée sur la discipline, il ne peut faire l’impasse sur le fait que celle-ci est adossée à une série avec sa cohérence et ses liens entre les disciplines. Dans cette perspective, des récits d’expériences interdisciplinaires variées sont proposés à la réflexion. Nous proposons par ailleurs sur notre site des articles complémentaires sur la série ES et ses débouchés. Les contenus enseignés permettent aux élèves d’appréhender l’« intelligence du monde » et sa complexité. Ces contenus font sens et peuvent être des sources de motivation pour les élèves. Ils sont aussi des supports à des méthodes actives - des « pratiques démocratiques » nous dit Gérard Grosse- qui permettent de questionner le savoir, de les mettre en situation d’activité intellectuelle et de favoriser le débat. Pour l’enseignement des SES, tout ou presque peut être le support de l’activité (comme la presse, la BD ou l’Opéra) dès l’instant où ceux-ci permettent d’avoir un regard objectivé sur la société contemporaine. L’âge de la maturité n’est pas pour autant celui d’une quarantaine apaisée. La discipline (et la série) a été l’objet d’attaques vives portant sur la légitimité du projet et la scientificité des savoirs enseignés. Le contexte de la réforme des lycées pose aussi des questions : les SES jusque-là couplées à une série doivent-elles être proposées à tous ? Dans sa dernière version (avant le report le lendemain), le projet de Xavier Darcos prévoyait l’entrée des sciences économiques et sociales dans le tronc commun en 2de. Cette annonce représentait, enfin, une reconnaissance de la légitimité de cet enseignement et la promesse d’une certaine pérennité. Par ailleurs, cette année marquée par une crise économique, financière et de nombreux troubles sociaux nous rappelle aussi, comme le fait très justement remarquer Bernard Lahire en parlant de compréhension de « l’invisible », qu’il y a une véritable demande sociale et citoyenne pour une compréhension des mécanismes de l’économie et de la société. On a, plus que jamais, besoin des SES ! Peut-on espérer que cette crise de la quarantaine soit dépassée et qu’on puisse prendre le temps d’un vrai bilan dans un climat plus serein et d’envisager des pistes de réflexion pour l’avenir ? C’est ce qu’essaye de proposer modestement ce dossier.
Patricia Morini
SOMMAIRE
Éditorial : Une quarantaine agitée
1- Une discipline en évolution
Gérard Grosse : Les SES au cœur de la démocratisation de l’école ?
Gisèle Jean, Daniel Rallet : Une conception innovante des programmes
Yves-Patrick Coléno : La marque du temps
2- À propos des pratiques professionnelles
Des contenus qui font sens
Entretien avec Jérôme Deauvieau : Le regard d’un sociologue
Thierry Rogel : Au bonheur des sciences économiques et sociales
Dominique Beddock : Traiter de l’actualité en classe Éclairer le présent pour saisir le monde
Magali Prats : La diversité des formes familiales et l’amendement Mariani
Fabrice Hourlier : Désamorcer les fatalismes
Diversité des supports et des pratiques
Marjorie Galy : Débattre en classe
Catherine Duvernet : Place des TIC dans l’enseignement des SES
Patrick Spinelli : Les SES au pays des Schtroumpfs
Laurent Tarillon : Viser l’acquisition de compétences
Des croisements disciplinaires féconds
Chantal Dulibine : Jouer le monde de l’entreprise en classe entière...
Sophie Paulin-Moussiegt : Décrypter le monde grâce à l’art pictural
Erwan Le Nader : Mathématiques et SES
Florence Rebeschini Aulanier : Trois courts-métrages contre la discrimination
3- Débats d’aujourd’hui et de demain
Bernard Lahire : Réveiller les consciences somnolentes...
Élisabeth Chatel : Le contenu de l’enseignement de l’économie au lycée : un enjeu social
Alain Legardez : Le rapport Guesnerie
Renaud Chartoire : Les SES doivent-elles être cantonnées dans la filière ES ?
Sylvain David : Quel avenir ?
Philippe Watrelot : Une discipline exemplaire
Articles en ligne
Sur la série ES
Bruno Magliulo : Que peut-on faire avec un bac ES ?
Jean-Claude Val : De la filière ES aux classes préparatoires B/L
Isabelle Waquet : Les classes préparatoires économiques et commerciales : une filière d’excellence pour les bacheliers ES
Adeline Richet : L’enseignement des sciences économiques et sociales en Europe
Aurélien Péréol : Économique et social partout, SES nulle part
Pierre Maura : 40 ans de bacheliers ES
Lise Chipault, Antoine Mandret-Degeilh : « Tu fais la filière ES ? Mais tu n’étais pas un bon élève ? » (Témoignages)
Lise Lujan : J’ai choisi naturellement la filière qui permettait la plus grande ouverture sur le monde.... (Témoignage)
Léo Moreau : Une motivation pour comprendre le monde (Témoignage)
Un complément sur les pratiques professionnelles
Louis-Marie Bonneval : Des mathématiques en ES
Dominique Boulier : Un exemple de fiche de travail sur « La Perle » de Steinbeck
Renaud Chartoire : « Allons enfants de la campagne »
Catherine Duvernet : Place des TIC dans l’enseignement des SES
Marjorie Galy : Intégrer les savoirs scientifiques récents dans nos cours
Gérard Pouettre : La recette du stage de révision
Laurent Tarillon : Une pédagogie qui plaide pour les SES
Bibliographie et sitographie Et chez toi ça va ?
Laurent Carceles : Le roi des pigeons
Hélène Eveleigh : S’écouter ?
Jacqueline Gérard : Les antisèches d’orthographe
Philippe Vanzetti : Le syndrome du sac à main
Françoise Colsaët Mes 3 000 arbres
Faits & Idées
Bernard Grosjean : La chaise vide, ou l’entrée dans le jeu (chronique)
Carmen Vendramini : Les relations de causalité en grande section maternelle
