Quatre représentants de l’APSES ont été reçus le 18 janvier pendant une heure et quart par F. Fillon en présence de deux de ses conseillers présents seulement pour écouter et lui donner certaines informations.
Nous avons tenté de montrer au ministre les effets à redouter pour la filière ES de la suppression de la 2de option obligatoire, alors que les données rassemblées par l’APSES - notamment celles de "Que faire après le bac ES" (L’Etudiant, 2005), obligeamment transmises par Bruno Magliulo avec autorisation de l’auteur et de l’éditeur d’en faire état, montrent au delà de ce que nous avons l’habitude de croire, le grand succès de la filière ES pour atteindre l’un des objectifs du projet de loi pour l’avenir l’école : 50% d’une génération diplômée de l’enseignement supérieur. Un dossier a été remis au Ministre que nous publierons bientôt sur le site www.apses.org. Une grande partie de l’argumentation a été articulée autour du fait que les SES sont à la fois 1/ la seule discipline qu’on commence en 2de (réponse "vous n’allez quand même pas me demander d’introduire les SES au collèges !", rires de notre part... "pourquoi pas ?" et 2/la discipline dominante (et éponyme) de la filière ES ce qui constitue une anomalie. Conformément à notre mandat nous avons réaffirmé la nécessité d’un enseignement de SES pour tous en seconde.
Le ministre a semblé reconnaître que les effets de sa volonté de réduire les horaires en seconde sur la série ES n’avaient pas été prévus et a demandé à ses conseillers de trouver des solutions techniques permettant de concilier la préservation de la filière ES et la réduction des horaires des classes de seconde.
Sur les DEDOUBLEMENTS, FF a exprimé la double idée selon laquelle le projet de loi ne concernait pas que les SES et que "rééxaminer" ne signifiait pas forcément supprimer ni maintenir. Un fascicule de 150 séquences de TD rassemblées par l’APSES auprès de nombreux collègues ce dernier week-end a été remis au ministre pour montrer le caractère indispensable des séances en classe dédoublées pour les SES. Nous avons rappelé que les séances dédoublées étaient le moment privilégie pour l’étude de la presse et des média audiovisuels et l’utilisation des TICE, deux objectifs du projet de loi. L’APSES a insisté d’autre part sur le fait que : "dans une société individualiste, une société du "c’est mon choix", les TD étaient le moment privilégié pour 1/ un contact personnel avec chaque élève 2/un suivi individualisé des méthodes de travail".
A propos de l’introduction du droit et de la gestion : l’introduction de la gestion ne semble pas avoir les faveurs du Ministre. En ce qui concerne le droit, il a rappelé que les études de droit sont le débouché le plus important de la filière ES (et que les élèves de ES n’y réussissaient pas très bien). Nous avons souligné que tous les étudiants avaient un taux d’échec élevé en droit mais nous sommes convenus que le cadre juridique était un aspect important des questions économiques et sociales et que le droit était déjà dans nos programmes (contrat de travail, par ex) , surtout dans l’option sciences po de 1°. Nous avons suggéré que plutôt que de créer une option droit, il vaudrait mieux renforcer l’aspect "juridique" des programmes de tronc commun.
Juriste de formation le ministre ne semble pas partager les préjugés habituels contre la filière ES (préjugés que nous avons rappelés en indiquant que malgré les succès de la filière ES, certains recteurs continuaient à privilégier systématiquement l’ortientation en S. Il semble très conscient que son objectif de réduire les heures pose de sérieux problèmes ("tous les jours je rencontre des professeurs qui me disent que je veux faire disparaître leur discipline"). Le ministre regrettant que certains élèves de seconde aient " 34 h de cours/semaine " , l’APSES a fait remarquer que ce n’était pas le cas en seconde générale. Son conseiller a confirmé que normalement, l’horaire élève était de 28,5 heures/semaine. Nous lui avons dit alors que le problème de l’échec en seconde n’était pas le nombre d’heures de cours, mais le fait que les élèves venant de familles modestes n’avaient pas de socialisation en ce qui concerne le lycée, ni peut-être les moyens chez eux de faire un travail scolaire. Qu’il fallait , contrairement à ce qui est proposé dans le projet de loi, que ces élèves passent plus de temps au lycée et rentrent chez eux sans travail supplémentaire à faire à la maison. Ce qui nécessite des programmes moins lourds.
Nous avons rappelé que les universitaires nous demandent des lycéens à la tête bien faite plutôt que bien pleine ; que les programmes étant généralement jugés trop lourds , le second mandat de notre dernière assemblée générale à l’AG de Nice était leur allègement. Qu’a la suite de la révision du programme de terminale les collègues ne savaient plus où donner de la tête et que donner aux élèves des fiches à apprendre par coeur n’était pas une bonne pédagogie pour former de futurs étudiants du supérieur long. . Que les SES exigent de la conceptualisation, donc une appropriation des savoirs et que les disserts de bacs n’étaient pas des questions de cours. Qu’en seconde, les collègues avaient globalement le choix entre deux stratégies : "faire tout le programme mais les élèves ne retiennent rien" ou faire " la moitié du programme pour qu’il en reste qq chose " . Lorsque l’APSES a rappelé que l’inspection était stricte sur la question de faire "tout le programme" , le Ministre a répondu que le travail des collègues ne devrait pas être estimé d’après ce seul critère et que l’ensemble de l’organisation du travail de prof devrait être évalué. ..
Le Ministre s’est alors interrogé sur les modalités d’élaboration des programmes et sur leur lourdeur excessive . Nous avons décrit comment s’est déroulée l’élaboration du dernier progme de Tle et notamment le refus du GE de nous entendre. Et affirmé qu’il était regrettable de ne pas associer davantage les collègues de manière à réfléchir à l’évolution des programmes à partir de ce qui se fait en classe. Nous avons rappelé que l’APSES avait déjà proposé à l’inspection de travailler à cet effet... et qu’en dehors de la lourdeur se pose la question de la cohérence entre les programmes des trois niveaux ...
Au bout d’une heure et quart d’entretien autour du feu de bois, le Ministre a déclaré vouloir nous revoir "dans dix à douze jours"... !
L’APSES se gardera bien de faire un pronostic d’ici là. Actuellement, malgré l’occasion historique qui nous a été donnée hier, grâce à la mobilisation des collègues à travers la France entière, d’aborder les questions concernant les SES directement avec un ministre, les SES et la filière ES n’ont rien gagné. Nous invitons donc tous les collègues à rester mobilisés et à participer à la journée d’action du jeudi 20 janvier. Différentes modalités d’actions ont été envisagées en prévision du débat parlementaire par le comité directeur de l’APSES réuni samedi à Paris. Voir en fichier joint le communiqué de presse diffusé ce jour.
Les représentants de l’APSES remercient tous les collègues de la confiance qui leur a été manifestée et qui les a littéralement portés pour préparer cette entrevue avec le ministre... Toute la journée nous avons senti votre attention anxieuse... Merci à tous.

