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Compte-rendu de la rencontre de l'APSES avec Jacques Le Cacheux (7 juillet 2010) - Apses
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Compte-rendu de la rencontre de l’APSES avec Jacques Le Cacheux (7 juillet 2010)

Le Bureau National de l’APSES, représenté par 4 de ses membres, a été reçu mercredi 7 juillet par Jacques Le Cacheux, président du groupe d’experts pour les programmes de SES du cycle terminal [1] . L’entretien, franc et courtois, a permis d’exposer de vive voix les désaccords mais aussi de proposer quelques pistes de convergence pour l’élaboration des programmes de terminale. Jacques Le Cacheux semble avoir été déçu par certains échanges de la liste inter-es dont il a eu connaissance, notamment ceux mettant en cause son supposé parti pris idéologique. L’APSES a réaffirmé que sa nomination a été perçue comme une « bonne nouvelle » par une majorité d’enseignants, mais qu’en revanche la composition du groupe d’experts posait problème en termes de représentativité du corps des enseignants de SES notamment.

1. Programme de première

L’APSES a rappelé les principales critiques formulées à l’encontre du programme de 1ère, critiques partagées bien au-delà des seuls adhérents de l’APSES. Les principales critiques concernent :
-  l’insuffisante prise en compte des critiques issues de la consultation, y compris celles émanant des associations du supérieur ;
-  le cloisonnement disciplinaire trop strict, qui va de pair avec une structure trop proche des enseignements universitaires (cf critique de l’AFSE notamment) ;
-  l’insuffisance d’une approche descriptive des faits économiques et sociaux qui laisse penser que le groupe d’experts suppose que les élèves de première ont déjà une connaissance factuelle de cadrage de l’économie et de la société (ordres de grandeurs –type INSEE- sur la consommation, l’entreprise…), le projet négligeant trop la dimension « culture générale » des SES ;
-  l’encyclopédisme ;
-  une lecture partielle des préconisations du rapport d’audit présidé par Roger Guesnerie qui invitait à revoir les programmes en listant les outils fondamentaux ET les thèmes de société centraux afin de les croiser sous forme matricielle. Or, le groupe d’experts a accordé une place insuffisante aux questions de société. Cela aboutit au renversement de la logique pédagogique prévalant jusqu’ici en SES, puisque le programme prend pour point de départ les outils et concepts pour les mobiliser dans un second temps seulement (et pas en même temps) sur des thèmes.

Jacques Le Cacheux a précisé que le groupe d’experts avait beaucoup travaillé pour prendre en compte les critiques issues de la consultation, notamment en termes de réduction du nombre de notions, de simplification des indications complémentaires ou de rééquilibrage macroéconomie / microéconomie. L’APSES a précisé que si ce rééquilibrage était le bienvenu, les autres critiques, formulées à la fois par les organisations représentatives d’universitaires et les enseignants, n’avaient pas été entendues [2]. Cela étant particulièrement flagrant s’agissant des critiques très vives formulées à l’encontre de l’approche sociologique, sans que cela ne se traduise par des changements dans le projet amendé, mais aussi des critiques relatives à l’économie générale du programme (sa structure et sa philosophie) qui n’ont pas été prises en compte.

Jacques Le Cacheux a rappelé que la partition disciplinaire avait entre autres buts de favoriser une meilleure orientation dans l’enseignement supérieur, les élèves étant parfois surpris par la nature des enseignements en université notamment, dont l’enseignement de SES de lycée serait éloigné. L’APSES a rappelé que cette question n’était pas propre aux SES (les étudiants de facultés d’histoire ou de lettres étaient tout autant surpris des différences avec les disciplines de lycée) et que les finalités et la pédagogie du lycée différaient de l’université.

Jacques Le Cacheux a également indiqué que le programme de première de 2001 était déjà organisé de manière disciplinaire, et que les thèmes susceptibles de regards croisés n’étaient pas moins nombreux dans le projet du groupe d’experts. L’APSES a rappelé que le programme de 2001, déjà critiqué pour ce cloisonnement, permettait tout de même d’étudier au moins 3 objets de manière pluridisciplinaire (la monnaie, le marché et l’Etat), contre seulement 2 dans le projet actuel. Elle a également rappelé que ce caractère pluridisciplinaire permettait une meilleure appréhension de la réalité économique et sociale et donc une plus grande capacité à répondre aux questions de société.

Jacques Le Cacheux a récusé le reproche d’encyclopédisme. Selon lui, le projet du groupe d’experts n’est pas plus encyclopédique que l’actuel programme ou que le programme alternatif porté par l’APSES : une partie des thèmes abordés n’a pas vocation à être approfondie, et peut être présentée succinctement et simplement aux élèves. C’est le cas notamment de la partie intitulée « Les grands questions que se posent les économistes » (abordable en 4 semaines selon Jacques Le Cacheux). Il a également précisé qu’il lui semblait important d’aborder avec les élèves la description des faits économiques et sociaux, et que pour certains thèmes, les enseignants étaient invités à effectuer des mises en perspectives historiques. Un document d’accompagnement est actuellement en cours de rédaction par le groupe d’experts pour donner des pistes d’application du programme. L’APSES a réaffirmé son désaccord relatif à la lourdeur d’un tel programme, qui ne permettra pas le temps d’appropriation nécessaire aux élèves, la prise en compte de leurs interrogations et la mise en œuvre de dispositifs pédagogiques variés notamment (débats, travails sur documents, etc…).

Jacques Le Cacheux a défendu l’approche notionnelle du programme, qui, notamment dans sa première partie, met davantage l’accent sur les outils et concepts de l’économiste que sur des questions de sociétés (celles-ci étant abordées plus tard dans le programme). Selon lui, ces outils et concepts, assez largement partagés au sein de la communauté des économistes, peuvent être illustrés de manière pédagogiquement attractive, avant, dans un second temps, de les appliquer à des questions de société plus larges. Il s’agissait ici de répondre également à une des critiques du rapport Guesnerie formulée à l’encontre des manuels, où lors des débats, les théories seraient trop souvent opposées de manière schématique, laissant croire aux élèves que le choix de telle ou telle théorie reposerait avant tout sur des questions de valeurs ou d’opinion personnelle. L’APSES a rappelé son opposition à cette conception pédagogique. Si l’APSES est naturellement attachée à ce que les élèves s’approprient les principaux concepts des sciences sociales, elle considère que cette appropriation ne peut se faire que si leur curiosité intellectuelle a été suscitée par l’étude de questions de société, et que les outils et concepts ne peuvent être étudiés pour eux-mêmes, au risque de démotiver les élèves. A ce titre, les exemples suggérés dans les indications complémentaires ne sont pas d’une portée cognitive suffisante pour intéresser une classe pendant une année scolaire.

Jacques Le Cacheux a reconnu que la première partie économique du projet ne permettait pas d’évaluation sous forme de dissertation mais que ce n’était pas un problème puisque le programme de première n’est pas évalué au baccalauréat. L’APSES a objecté que l’apprentissage de la dissertation devait pourtant commencer dès la classe de première.

Toutes ces précisions témoignent pour l’APSES de conceptions opposées de l’enseignement. L’APSES a donc répété qu’elle appelait à la constitution d’un nouveau groupe d’experts, chargé d’élaborer des programmes s’appuyant sur un large consensus, seul à même d’en assurer la légitimité et donc l’application dans les classes. A défaut, l’APSES appellera les collègues à ne pas appliquer ce programme dans les classes à la rentrée 2011.

2. Composition, calendrier et méthodes de travail du groupe d’experts pour les programmes de terminale

L’APSES a rappelé sa dénonciation des conditions de confection des nouveaux programmes : précipitation et composition discrétionnaire des groupes d’experts (seconde et première). Jacques Le Cacheux, fort de son expérience comme membre du groupe d’experts précédent sur le programme de terminale (2002) a, au contraire, trouvé plus efficace de travailler en groupe restreint et dans des délais courts. Jacques Le Cacheux a précisé que le groupe d’experts pour les programmes du cycle terminal devra terminer ses travaux en février. Il indique qu’il n’y a pas eu connaissance à ce stade d’éventuels changements concernant la composition du groupe.

S’agissant de la méthode d’élaboration des futurs programmes, l’APSES a précisé qu’une des causes des critiques formulées à l’encontre du projet de programme de première tenait à l’urgence absolue dans laquelle le groupe d’experts avait dû travailler. Pour les programmes de terminale, il conviendrait de permettre une élaboration des programmes plus transparente et rationnelle. Aucun bilan n’a été fait de la mise en œuvre du programme actuel : quels sont les thèmes, les questions, les notions qui « passent » et ceux qui « passent » moins bien ? Quelles sont les stratégies pédagogiques et didactiques mises en œuvre par les professeurs ? Ce programme pose-t-il des problèmes d’évaluation ? Les professeurs qui l’enseignent depuis des années, les formateurs et les conseillers pédagogiques qui assistent à des cours, les inspecteurs pédagogiques régionaux qui font de même ont certainement des points de vue qu’il convient de recueillir en amont. L’APSES s’est dite prête à participer à ce bilan, à la fois dans son élaboration et son dépouillement. Jacques Le Cacheux a pris note de la proposition et la soumettra à l’Inspection Générale.

L’APSES a dénoncé la méthode consistant à partir « d’une feuille blanche » concernant les programmes du cycle terminal. Elle s’est dite au contraire attachée à des procédures plus progressives et moins en rupture. Elle a ainsi rappelé qu’elle souhaitait que des bilans de l’application des programmes soient faits plus régulièrement et utilisés, pour adapter, progressivement et périodiquement, les programmes.

3. Programme de terminale – tronc commun

L’APSES a indiqué qu’elle ne souhaitait pas que le programme de terminale souffre des mêmes défauts que celui de première, et que les mêmes causes ne conduisent aux mêmes effets. Deux points ont plus particulièrement été abordés.

3.1 Lien évaluation-programmes

L’APSES a rappelé qu’elle souhaitait que la question de l’évaluation soit étudiée préalablement à l’écriture des programmes. Jacques Le Cacheux a exprimé son accord, et précisé qu’une première réflexion avait permis de dégager quelques pistes, sans que rien ne soit définitif à ce stade :
-  maintien de l’épreuve de dissertation ;
-  changements dans l’épreuve de question de synthèse avec travail préparatoire (QSTP), qui pourrait être transformée en véritable épreuve de synthèse ;
-  réflexion sur l’introduction d’une « épreuve pratique », évaluée en cours de formation, qui pourrait avoir lieu dans les enseignements de spécialité.

L’ASPES a déclaré partager les orientations relatives à la dissertation et à l’introduction d’une épreuve pratique, mais a précisé que les critiques relatives à la QSTP tiennent souvent davantage au choix des documents ou à la formulation des questions qu’à la nature même de l’épreuve.

L’APSES a également proposé que chaque chapitre du futur programme de terminale commence par une problématique formulée sous forme de question explicite (articulant enjeux contemporains et question scientifique), et que les futurs sujets de dissertation au baccalauréat soient choisis parmi ces problématiques. Cela permettrait de délimiter plus clairement le programme et de ne pas pénaliser les élèves ayant fourni les efforts d’apprentissage nécessaires au long de l’année. Jacques Le Cacheux a pris note de cette proposition.

3.2 Structure du programme

La logique présentée en préambule du projet de programme de première (avec laquelle l’APSES est en désaccord puisqu’elle inverse la démarche pédagogique qui a prévalu avec succès jusqu’à présent), préconise de « permettre aux élèves de bien comprendre et de maîtriser les outils conceptuels et analytiques propres à chaque discipline avant de pouvoir croiser les regards sur un certain nombre d’objets d’étude communs ». En toute logique, en classe de terminale, les élèves auront donc toute capacité à étudier des objets communs à l’aide des différentes sciences sociales si cela est utile à leur compréhension de la réalité économique et sociale.

Or, les thèmes envisagés en terminale reprennent la structure de cloisonnement disciplinaire. L’APSES a donc expliqué qu’elle souhaitait :
-  que le thème « emploi et chômage », pour l’instant positionné dans la partie économique, soit étudié en lien avec le thème « Travail et emploi » annoncé dans les regards croisés ;
-  que le thème « Economie de la protection sociale » soit étudié au sein des regards croisés où est prévu un thème « Pauvreté et Exclusion ». L’APSES déplorerait que la protection sociale soit abordée uniquement sous l’angle économique ;
-  étudier la stratification sociale en lien avec le thème « justice sociale et inégalités » ;
-  étudier l’ordre politique européen au sein des regards croisés où est d’ailleurs prévu un thème « Gouvernance européenne et gouvernance mondiale ».

L’APSES précise que cela ne signifie en aucun cas prétendre supprimer les frontières disciplinaires. Les regards économiques et sociologiques sur un même objet (le chômage et l’emploi par exemple) peuvent être traités successivement. Cette solution aurait l’avantage de clarifier les spécificités disciplinaires (en termes de méthodes et concepts notamment), tout en permettant de mieux répondre à l’objectif de meilleure compréhension du monde dans lequel vivent les élèves et en évitant les redondances qui surchargent inutilement le programme. Jacques Le Cacheux a pris note de ces propositions.

4. Programmes de terminale - spécialités

Pour Jacques Le Cacheux, l’actuel enseignement de spécialité est sujet à critiques. Il est propice à un certain bachotage, et organiser un enseignement autour de l’étude des auteurs ne lui semble pas adapté en lycée.

Les nouveaux enseignements de spécialité (Economie approfondie notamment) adopteraient donc une logique nouvelle. Il s’agirait d’approfondir quelques thèmes, en lien avec des questions vives, dans le cadre d’une évaluation sous forme de projet de type « expérimental », en cours de formation. L’APSES, après avoir rappelé son opposition à la séparation Economie/autres Sciences sociales en enseignements de spécialité en terminale, a évoqué le risque qu’Economie approfondie soit peu choisi. En effet, les élèves se destinant à des classes préparatoires, à des écoles de management post-bac ou une licence d’Economie-gestion choisiront d’abord la spécialité Mathématiques, alors que les élèves se destinant à d’autres licences (droit, langues, histoire, sociologie etc), à des IEP, à des DUT, aux métiers des carrières sociales etc., préféreront la spécialité Sciences sociales et politiques. Jacques Le Cacheux anticipe lui-aussi cet écueil.

[1] Le Bureau National de l’APSES était représenté par Marjorie Galy, Jean Lawruszenko, Erwan Le Nader et Patricia Morini. Ce compte rendu a été soumis avant diffusion à Jacques Le Cacheux pour lecture ; il l’a trouvé fidèle à nos échanges.

[2] Seule l’AFSE semble satisfaite de la version amendée désormais.

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