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Commentaire du bureau national de l’APSES après l’entrevue du 24 septembre avec Jean-Paul De Gaudemar

Quelques commentaires du Bureau National de l’APSES à propos de la réforme du lycée suite à l’entrevue avec JP de Gaudemar le 24/09/08

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Au regard de la teneur des propos tenus par Jean-Paul de Gaudemar à l’occasion de la rencontre avec une délégation de l’APSES mercredi 24 septembre 2008, le Bureau National de l’APSES considère que le projet de réforme du lycée annonce une profonde remise en cause de l’enseignement de SES. En voici les principales raisons :

1- Un poids réduit de l’enseignement de SES dans l’offre de formation en classe de seconde

Les horaires de l’enseignement de SES seraient sensiblement réduits en classe de seconde (une cinquantaine d’heures dans le projet de réforme, à raison de 3h sur un semestre, contre plus de 80h à l’heure actuelle si on inclut les TD). En outre, le statut de cet enseignement ne changerait pas dans la nouvelle classe de seconde, il resterait une option. Au total, l’assise de l’enseignement des SES à ce niveau d’enseignement reculerait.

2- La pédagogie au placard

La question des pratiques pédagogiques est totalement absente de la réflexion sur la réforme du lycée. Cette question semble devoir être du ressort des modules d’accompagnement chargés de développer l’autonomie de l’élève, de l’accompagner dans son projet d’orientation, de favoriser les visites d’entreprises et la venue de professionnels ou encore de permettre le soutien scolaire. Quid des pratiques dans le cadre des enseignements généraux et d’exploration ? Quid des TD en SES ? Pourtant, non seulement la question des pratiques pédagogiques est fondatrice de l’identité de l’enseignement des SES, mais seul un renouvellement de celles-ci au sein des cours (et non seulement à la périphérie) est gage de démocratisation.

3- Un enseignement éclaté

L’enseignement de SES semblerait devoir être réparti en différents modules dans le cycle terminal. Il n’y aurait plus de programme commun et unifié, dispensé à l’ensemble des élèves ayant opté pour le parcours « sciences de la société », mais des choix de modules dictés par le projet d’orientation post-bac. On s’éloignerait sensiblement de l’objectif de formation citoyenne pour tendre vers une propédeutique. Il s’agirait là d’un profond recul statutaire pour les SES. Elles ne seraient plus une discipline scolaire annuelle mais deviendraient une collection de fondamentaux enseignés en kit autour d’objets (« économie et sociologie des organisation » par exemple) ou autour de disciplines (« économie de l’entreprise » versus « sociologie du travail »). Cette juxtaposition de savoirs issue d’un saucissonnage disciplinaire aurait sans doute des effets délétères sur les apprentissages.

4- Une fusion ES-STG en perspective

JP de Gaudemar s’étonne que deux enseignements « d’économie » distincts soient actuellement dispensés en série ES et en série STG. Des modules de droit et de gestion devraient être proposés dans la famille « sciences de la société ». Le rapprochement, voire la fusion des séries ES et STG se profile donc, alors même que les finalités de ces séries (l’une appartenant à la voie générale et l’autre à la voie technologique) et des enseignements qui y sont dispensés sont différentes. Le Ministère s’était pourtant engagé sur le respect des différentes voies au lycée...

5- L’Institut de l’Entreprise aux commandes

Le fait que JP de Gaudemar, pour évoquer une nécessaire évolution de l’enseignement de SES, cite parmi ses références le rapport de l’Académie des Sciences Morales et Politiques (auquel ont participé notamment Michel Pébereau et Yvon Gattaz) est significatif, tout comme l’est son souhait de réconcilier le grand patronat avec l’enseignement de l’économie. L’enseignement de SES est toujours suspect aux yeux de certains, y compris au sein de notre institution. En soumettant ouvertement un enseignement aux desiderata de l’IDE, le ministère ouvre la porte aux innombrables lobbies qui assiègent l’école et remet en cause le principe de laïcité qui devrait être intangible. C’est un changement de doctrine très inquiétant.

6- Un baccalauréat émietté

Le baccalauréat sous sa forme actuelle serait totalement inadapté à la nouvelle organisation des enseignements. Il ne devrait donc pas y survivre, car un enseignement modulaire va rendre très difficile une préparation sérieuse aux épreuves actuelles du baccalauréat comme la dissertation dont l’utilité est pourtant bien établie.


Le Bureau National de l’APSES considère que le projet actuel de réforme du lycée comporte une réelle remise en cause de l’enseignement de SES et de la cohérence des enseignements qui avait fait le succès de la série ES dont tout le monde appréciait le caractère équilibré. Pour le Bureau National de l’Apses, les bases actuelles de la réforme sont inacceptables. En outre, une réforme du lycée ne peut se faire dans la précipitation.

L’amélioration de la formation des élèves et de leur réussite ne peut faire l’économie d’une réflexion approfondie et d’une véritable concertation avec l’ensemble des acteurs du monde éducatif.

En conséquence, le Bureau National de l’APSES appelle les enseignants de SES à se mobiliser massivement pour éviter que le pire ne se produise. Une semaine d’action est d’ores et déjà prévue dans les académies et au niveau national à partir du lundi 29 septembre. L’APSES appelle en outre les enseignants de SES et plus largement tous ceux qui souhaitent défendre l’enseignement de SES à exprimer leur soutien à cet enseignement et à se joindre à la manifestation nationale qui aura lieu le dimanche 19 octobre 2008 à Paris. L’APSES va engager dès à présent une démarche afin d’associer ses différents partenaires (fédérations de parents, organisations lycéennes, syndicats, universitaires, élus...) et empêcher la liquidation de l’enseignement de SES.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales