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Programme de SES de première : les enseignants continuent de dire « NON » (communiqué de presse de l’APSES du 4 juillet 2010)

Alors qu’une version légèrement amendée du projet de programme de SES pour la classe de première a été présentée au CSE jeudi 1er juillet, l’APSES met en garde le ministère s’il persistait à ignorer l’ampleur des oppositions que son projet rencontre.

1. Un rejet croissant de la part des enseignants

Le projet initial soumis à une consultation express avait été contesté massivement par les professeurs de SES bien au-delà des seuls adhérents de l’APSES : 98 % des 1566 enseignants (dont 45% ne sont pas adhérents de l’association) qui ont participé au vote sur le site de l’APSES ont rejeté le projet du Ministère préférant la proposition portée collectivement par l’association. La version amendée du programme rencontre une opposition plus forte encore : en 10 jours seulement, plus de 1700 enseignants de SES ont signé une pétition demandant le report et la réécriture du projet de programme de première par un nouveau groupe d’experts et dans des délais adaptés.

2. La plupart des critiques exprimées par les universitaires toujours non prises en compte

Le projet initial avait également été contesté par l’ensemble des associations représentatives de la communauté scientifique en sciences sociales. Pour l’APSES, ces critiques fortes (à l’encontre de la séparation trop stricte entre les différentes sciences sociales, d’un encyclopédisme sans précédent, d’une marginalisation des questions contemporaines, d’une imitation pâle et inadaptée des cours donnés dans le supérieur, du recul inquiétant du pluralisme théorique) demeurent dans le programme amendé. D’ailleurs, comment aurait-il pu en être autrement, puisque que le programme a été amendé en cinq jours dans l’opacité la plus totale ?

3. Un programme ne peut pas être imposé contre l’avis de ceux chargés de le mettre en œuvre

Dans ces conditions, le Ministère aurait tort de s’appuyer sur le vote du CSE pour faire passer en force le programme « amendé ». Que le CSE n’ait approuvé le projet de programme qu’à une courte majorité de 2 voix (parmi les 54 présents, 22 ont voté « pour », 20 « contre » et 12 se sont abstenus, sur 97 membres) montre que le Ministère ne peut se prévaloir d’aucun consensus. La répartition des votes souligne au contraire de façon éclatante le clivage engendré par ce projet contesté.

Le Ministère devrait donc s’inquiéter de publier un programme rejeté par ceux qui sont chargés de le mettre en application. Avant que le groupe d’experts et le ministère ne décident de passer en force en négligeant l’avis des enseignants de SES, l’APSES demande de s’interroger sur l’écart qui existera entre ce qui est prescrit par ce programme et les pratiques réelles des enseignants qui n’en partagent ni les principes structurants ni la pédagogie implicite. L’APSES les invite également à méditer ces propos d’un des pères fondateurs de la sociologie et des sciences de l’éducation en France : "Un programme ne vaut que par la manière dont il est appliqué (…), s’il est appliqué à contresens ou avec une résignation passive, ou il tournera contre son but ou il restera lettre morte." (Emile Durkheim, L’évolution pédagogique en France, cours de 1904).

L’APSES entend poursuivre les actions entreprises pour que le ministère reporte l’application de ce programme et donne le temps à un nouveau groupe d’experts d’élaborer des programmes s’appuyant sur un large consensus, seul à même d’en assurer la légitimité et donc l’application dans les classes. Un groupe de 10 « experts » ne peut pas en 4 réunions chambouler, à la hussarde, un enseignement qui marche depuis 40 ans ! La désobéissance pédagogique en serait la conséquence directe dans les classes à la rentrée 2011.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales