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Lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle

16 avril 2012


Mesdames et Messieurs les candidats à l’Élection Présidentielle,

Vous avez choisi de présenter votre candidature à la plus haute fonction de l’État, et de ce fait de représenter les aspirations de l’ensemble de vos concitoyens. Au nom de l’Association des professeurs de Sciences Economiques et Sociales (APSES) et des collègues que nous représentons, nous voudrions attirer votre attention sur un enjeu majeur puisqu’il concerne l’éducation des jeunes générations de notre pays.

Les lycéens, citoyens en devenir, sont plus que jamais demandeurs d’éléments d’explication sur les tenants et les aboutissants de la crise économique et financière, sur les débats relatifs aux solidarités ou aux mutations des liens de parenté, aux réformes de la protection sociale ou de la fiscalité. Les sciences économiques et sociales – qui allient économie, sociologie, science politique et anthropologie notamment - apparaissent comme un instrument privilégié de formation intellectuelle des élèves, leur permettant de mieux répondre à leurs interrogations et se comporter en acteurs éclairés. Mais elles ne sont aujourd’hui qu’optionnelles, se limitant à un survol de 90 minutes par semaine, le plus souvent en classe entière. C’est pourquoi nous vous demandons que les SES, plébiscitées par les lycéens, soient intégrées dans le tronc commun de la classe de seconde avec un horaire revalorisé, comprenant des dédoublements obligatoires, sans lesquels l’initiation aux démarches spécifiques des sciences sociales ne peut être sérieusement envisagée.

Par ailleurs, la construction de la citoyenneté, enjeu majeur de l’éducation, passe naturellement par les contenus d’enseignement et leurs modalités d’évaluation. Or, les récentes réformes des programmes et des épreuves de baccalauréat, menées de manière précipitée sont aujourd’hui massivement contestées. Les nouveaux programmes, encyclopédiques, cloisonnent en effet l’économie des autres sciences sociales – au lieu de les faire dialoguer - obligeant les professeurs à adopter une approche techniciste, au pas de charge, ce qui ne permet ni de développer une réflexion approfondie ni de prendre en considération les interrogations des élèves. Bâties sur les mêmes principes, les nouvelles épreuves de baccalauréat favorisent la récitation et interdisent explicitement les sujets invitant les élèves à répondre sous forme de débat.

Soutenus dans notre démarche par de nombreux collègues, organisations syndicales et lycéennes, ainsi que par de nombreuses associations professionnelles disciplinaires, nous demandons aujourd’hui un changement dans les modalités de confection des programmes et un moratoire dès juin 2012 sur la mise en place des nouvelles épreuves du baccalauréat de SES et des nouveaux programmes. Ce geste fort serait seul à même d’enrayer les régressions pédagogiques en cours infligées aux SES. Cette décision permettrait de reconstruire une véritable procédure démocratique d’élaboration des programmes, qui redonnerait sa place aux acteurs de l’éducation, au pluralisme, et le temps nécessaire à la réflexion collective, à l’expérimentation, gage de consensus. Autrement dit, une procédure d’élaboration à la hauteur des enjeux soulevés. Les programmes scolaires sont en effet un levier décisif d’amélioration de l’école, levier trop peu pensé pour la réussite d’un plus grand nombre d’élèves.

Nous espérons que vous saurez vous montrer attentif et soutenir notre démarche, en mettant en œuvre les mesures nécessaires si vous êtes élu(e).

Nous vous prions d’agréer, Mesdames, Messieurs, l’assurance de notre entier dévouement au service public d’Education nationale.

Marjorie GALY 19 rue Finkmatt 67000 Strasbourg marjorie.galy@wanadoo.fr http://www.apses.org

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