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A Monsieur Luc CHATEL, ministre de l’Education nationale (Lettre de l’APSES à propos de la réforme du lycée)

Nous partageons l’idée que la classe de seconde doit être une véritable classe de détermination et permettre une orientation raisonnée. De ce fait, tous les élèves de seconde doivent pouvoir avoir accès aux enseignements jouant un rôle déterminant dans les séries vers lesquelles ils peuvent s’orienter en fin d’année.[...] Cette préconisation s’inscrit dans la continuité des déclarations de Xavier Darcos en décembre 2008, affirmant que « les lycéens ont besoin de SES » (RMC, 11 décembre 2008) et que celles-ci doivent devenir obligatoires en seconde (Le Journal du Dimanche, 14 décembre 2008).

Belfort, le 1er septembre 2009

A l’attention de Monsieur Luc Chatel Ministre de l’Education Nationale

Monsieur le Ministre,

Sur la base du rapport de la mission de concertation dirigée par Richard Descoings, vous devez finaliser au cours de ce mois de septembre l’architecture du lycée qui se mettra progressivement en place à compter de la rentrée 2010. L’Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales a exprimé son accord avec un certain nombre de recommandations contenues dans ce rapport dans un communiqué de presse en date du 3 juin 2009 http://www.apses.org/initiatives-ac....

Nous partageons l’idée que la classe de seconde doit être une véritable classe de détermination et permettre une orientation raisonnée. De ce fait, tous les élèves de seconde doivent pouvoir avoir accès aux enseignements jouant un rôle déterminant dans les séries vers lesquelles ils peuvent s’orienter en fin d’année. « Pour que les enseignements de découverte en seconde aient réellement cette fonction », Richard Descoings préconise « que les disciplines liées à une spécialisation durant les années ultérieures soient enseignées de façon identique et obligatoire sur tout le territoire, au cours des premiers et deuxième trimestres à l’issue desquels le lycéen doit faire son choix » (page 51). Cette préconisation s’inscrit dans la continuité des déclarations de Xavier Darcos en décembre 2008, affirmant que « les lycéens ont besoin de SES » (RMC, 11 décembre 2008) et que celles-ci doivent devenir obligatoires en seconde (Le Journal du Dimanche, 14 décembre 2008).

Par ailleurs, redonner aux Sciences Economiques et Sociales un caractère obligatoire en seconde (comme ce fut le cas de 1982 à 1992) permet d’initier les élèves à l’économie, la sociologie, la science politique, des disciplines scientifiques qui sont absentes au collège et qui leur permettent d’appréhender avec plus de discernement le monde contemporain à travers l’étude de thèmes comme l’entreprise, la consommation, la famille, le développement durable. Dans un contexte économique, social et politique particulièrement instable, il y a une demande forte des lycéens pour un enseignement qui leur permet à la fois de mieux se situer dans le monde qui les entoure et de développer des compétences propices à de bonnes poursuites d’étude. C’est cette double finalité qui a été plébiscitée par les lycéens lors de la grande consultation dirigée par Philippe Meirieu (1 812 109 questionnaires !) en 1998, et qui est attestée également par la progression des effectifs et les résultats de la série ES.

Cette contribution particulière à la formation de citoyens éclairés sur des questions qui les concernent déjà ou les concerneront plus tard en tant que travailleur, consommateur, membre d’une famille, électeur, justifie que cet enseignement soit suivi sur l’ensemble de l’année en seconde par tous les élèves avec un horaire conséquent incluant des heures de travaux pratiques en demi-classe, d’autant plus que les disciplines enseignées sont totalement nouvelles pour eux et nécessitent l’apprentissage de méthodes spécifiques (l’enquête par questionnaire, la revue de presse, l’utilisation d’outils statistiques, de l’audiovisuel, la recherche d’informations et leur tri, les TIC etc.).

Pour ce qui est du cycle terminal, l’APSES partage les préconisations du rapport Descoings tendant à un rééquilibrage des séries au sein du lycée général, réaffirmant le maintien de la filière technologique et la nécessité de rénover ses séries, et se félicite du satisfecit d’ensemble donné à la série ES, qui « semble en revanche avoir trouvé un point d’équilibre entre les différentes disciplines » (page 45) et résiste le mieux à l’hégémonie de la série S. Cette réussite se lit autant dans la progression des effectifs que dans les excellents résultats des élèves de ES dans l’ensemble des filières du supérieur, et notamment dans les plus sélectives (CPGE et IEP notamment). Elle est largement liée à la complémentarité des enseignements au sein de l’actuelle série ES, entre les SES, les mathématiques, l’histoire-géographie, la philosophie, les langues. En conséquence, l’APSES demande le maintien d’une série générale où les Sciences Economiques et Sociales jouent un rôle de discipline « pivot », ainsi que la poursuite de la recherche de complémentarités entre les enseignements au sein de ce parcours de formation.

L’APSES se félicite également qu’en affirmant que « l’éducation nationale doit être un réducteur d’inégalités » (Le Monde, 25 août 2009), vous insistiez sur l’objectif d’égalité des chances qui doit être au cœur de la réflexion sur le lycée de demain. La série ES a grandement contribué à la démocratisation du lycée et de l’enseignement supérieur depuis 40 ans. La proportion d’enfants de cadre est de plus de 37 % en 1ère S alors qu’elle est d’environ 26 % en 1ère ES et 1ère L, mais avec des débouchés et des résultats comparables pour les bacheliers S et ES dans le supérieur. Les séries technologiques ont également joué un rôle considérable dans cette démocratisation, mais avec pour finalité d’amener une proportion plus grande d’élèves vers l’enseignement supérieur court (IUT, BTS), alors que les séries générales avaient pour finalité l’accès à des filières plus longues (CPGE, IEP, Universités etc.). La série ES doit donc être considérée comme un atout important dans cette politique de réduction des inégalités scolaires que vous voulez impulser pour le lycée du XXIe siècle.

L’APSES souhaite participer pleinement à la concertation que vous entendez effectuer au cours du mois de septembre pour définir l’architecture du lycée de demain et vous demande de bien vouloir accepter de la rencontrer au cours de cette période.

Dans l’attente de pouvoir vous rencontrer, nous vous prions de croire, Monsieur Le Ministre, à l’expression de nos salutations les plus respectueuses.

Sylvain DAVID

Contacts :
- Président : Sylvain DAVID sylvain.david3@free.fr / 06 75 81 40 37
- Vice-présidente : Marjorie GALY marjorie.galy@wanadoo.fr / 06 62 22 04 35

commentaires (1 message)


  • A Monsieur Luc CHATEL, ministre de l’Education nationale (Lettre de l’APSES à propos de la réforme du lycée) 18 octobre 2009 06:38, par jane

    Ce qui est dit dans la lettre des professeurs d’économie pourrait tout aussi bien être des arguments de sciences ou de littérature et philosophie : aucune discipline n’est inutile pour éclairer sur les réalités du monde, certes, mais également sur l’humain et la nature qui les produit. Je lis dans ces lignes,

    * au-delà d’une volonté légitime d’affirmer son domaine de savoir et de compétence, et de déclarer son souci d’efficacité d’orientation des lycéens, pour les adapter au monde du travail qui les attend (ce qui est nécessaire),

    * toujours le même désir de séparer les disciplines pour laisser entendre que telle est plus dynamique ou plus performante, alors qu’il devrait être question d’oeuvrer enfin à la pluridisciplinarité qui seule donne un sens plein car relié aux facettes du savoir.

    En effet, l’économie se comprend-elle sans l’histoire - géographie ? sans les sciences de l’environnement ? qui comprennent aussi la finalité humaniste d’un développement des personnes, à un niveau autre que le pragmatisme de l’emploi ? Sinon comment pourrons-nous traverser les violences sociales induites par une économie de marché exponentielle ? et supporter l’horreur des inégalités toujours davantage creusées ?

    Un exemple vécu dans mon établissement : manoeuvres de collègues d’économie en 2nde et des matières professionnelles en 1er STT contre mon enseignement de Zola, de Dostoievski ou d’Amélie Nothomb (Au bonheur des dames ; Le joueur ; et titre que je ne retrouve pas à l’instant de mémoire sur l’entreprise japonaise (système de type Toyota – que les suicides chez France Télécom illustrent aujourd’hui !) ainsi que de Mme de Lafayette (La princesse de Clèves) sans oublier ma conception technique transdisciplinaire et interdisciplinaire des Modules pour enseigner l’autonomie et l’auto-critique aux lycéens en face des documents littéraires, non-littéraires (presse - TV) et artistiques (BD, peinture ou cinéma).

    Quand des rivalités pour les postes et les niveaux de classe à tenir en vient là, quand des enseignants préfèrent écouter les réactions incultes de leurs élèves pour les maintenir dans un état social déterminé, que de soutenir une collègue qui tente la démocratie et l’intelligence de sa discipline générale, pour les émanciper, il y a lieu de décoder les discours syndicaux et disciplinaires, à la manière d’Auguste Comte, de Foucault et de Derrida, si l’on veut, du même coup, rehausser les séries, armer la jeunesse, et assainir le milieu enseignant.

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