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Courrier envoyé par l'APSES au Ministère de l'Education nationale à propos de la création du prix lycéen "Lire l'économie" - Apses
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Courrier envoyé par l’APSES au Ministère de l’Education nationale à propos de la création du prix lycéen "Lire l’économie"

Strasbourg, le 4 Octobre 2010

A l’attention de Luc Chatel, Ministre de l’Education Nationale Jean-Michel Blanquer, Directeur de la DGESCO Erick Roser, Conseiller pédagogique Jean Etienne, Doyen de l’IG de SES Copie à Association « Lire la société »

Objet : Prix lycéen « Lire l’économie »

Monsieur le Ministre,

En partenariat avec l’association « Lire la société », vous avez annoncé le 21 septembre dernier la création d’un prix lycéen « Lire l’économie » censé permettre à des lycéens de participer au choix du livre qui sera récompensé lors de la « Journée du livre d’économie ». Cette annonce est accueillie avec beaucoup de circonspection et d’étonnement par de nombreux enseignants de Sciences Économiques et Sociales.

Il est en effet surprenant d’annoncer la création de ce prix à grand renfort médiatique alors même qu’il existe déjà depuis plus de 10 ans un « Prix lycéen du Livre d’Économie et de Sciences Sociales » (voir http://prixlyceenses.blogspot.com/), créé par des professeurs de SES en partenariat avec le mensuel Alternatives Économiques et le portail des sciences sociales Liens Socio et qui connaît un vif succès dans les lycées. Chaque année, plusieurs milliers de lycéens de diverses Académies récompensent un livre d’économie, de sociologie ou de science politique (et pas seulement d’économie) qu’ils ont à choisir dans une liste d’une dizaine d’ouvrages. Plutôt que de soutenir cette initiative, pourquoi choisir de créer un prix concurrent exclusivement centré sur l’économie ? Pourquoi ne pas offrir un tel éclairage médiatique au « Prix lycéen du Livre d’Économie et de Sciences Sociales » ?

Ce choix de créer et promouvoir un prix lycéen centré sur la seule économie est d’autant plus surprenant qu’il se fait en partenariat avec une association pourtant dénommée « Lire la société », qui a pris le relais de l’association « Lire la politique » fondée en 1991 par Luce Perrot. Dans son projet (voir http://www.lirelapolitique.com/), cette association se donne comme objectif de « tisser un lien permanent et productif entre les intellectuels, les décideurs publics ou privés et les citoyens » car « la vie de la cité et ses grands enjeux - politique, économie, santé, culture, environnement … - ne peuvent se concevoir sans l’accès au débat d’idées pour tous ». Alors que ces enjeux contemporains nécessitent bien souvent de convoquer les analyses de plusieurs sciences sociales (économie, mais aussi sociologie et science politique), la réduction du prix lycéen au seul champ économique apparaît comme une contradiction insurmontable et un appauvrissement certain.

Par ailleurs, les conditions dans lesquelles va se dérouler le prix lycéen « Lire l’économie » relèvent d’un non-sens pédagogique. Les trois à cinq ouvrages retenus par le jury ne seront connus que le 13 octobre, et mis à disposition des lycées participant quelques jours plus tard. Les lycéens n’auront que jusqu’au 22 novembre, soit environ un mois pour lire les ouvrages, proposer un classement et rédiger un argumentaire pour justifier leur choix ! À qui veut-on faire croire que de telles conditions d’organisation vont permettre d’associer réellement les lycéens au choix du livre d’économie ? Ne s’agit-il que d’une opération de communication ? À titre de comparaison, les lycéens participant au « Prix lycéen du Livre d’Économie et de Sciences Sociales » ont plus de six mois pour lire et classer les ouvrages retenus, permettant une sensibilisation de nos élèves à la lecture autrement plus sérieuse

L’APSES ne peut donc que déplorer les incohérences de cette initiative, qui s’inscrit dans une politique plus globale visant à mettre l’accent sur le seul enseignement de l’économie au détriment des autres sciences sociales. Cette politique s’incarne dans l’accent mis en seconde sur la pseudo-généralisation des enseignements d’« économie » (SES et Principes Fondamentaux de économie et de la Gestion) alors que leur horaire diminue de 40 %, et dans le nouveau programme de SES de première qui impose un cloisonnement inédit entre l’économie et les autres sciences sociales.

Il est temps de reconnaître ce qui a fait le succès des Sciences Économiques et Sociales et de la série ES depuis 40 ans, à la fois en termes d’attractivité et de réussite pour les élèves : la possibilité de mobiliser les apports de l’ensemble des sciences sociales pour permettre aux élèves de mieux comprendre les enjeux du monde dans lequel ils vivent. Il est également encore temps de prendre appui sur le succès du « Prix lycéen du Livre d’Économie et de Sciences Sociales ». Le temps de l’éducation n’est pas celui de la communication.

Pour le Bureau National de l’APSES Marjorie Galy

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