Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales Le 7 juillet 2006
Monsieur le Doyen, Messieurs les Inspecteurs Généraux,
Le baccalauréat amène, comme chaque année, une réflexion des enseignants
sur les pratiques et leur enseignement.
Le sujet de dissertation en métropole a été jugé bien posé et nous nous
en réjouissons.
La question de synthèse suscite, par contre de vives critiques dues à un
décalage important entre les questions posées, qui amenaient à la paraphrase
des documents, et ce que les correcteurs attendaient. Nous faisons
ci-dessous, une critique précise de chacune des questions.
Il existe
un problème de fond car plusieurs des questions posées sont hors programme
: les candidats étaient alors amenés à ne dégager que les idées
des documents sans apport personnel. Il nous semble qu’une telle dérive
est problématique : malgré son titre « question de synthèse », nous tenons
à ce que cette épreuve nécessite des connaissances personnelles
des candidats, qu’un cours de sciences économiques et sociales leur soit
nécessaire et non qu’ils puissent y répondre uniquement en lisant les documents.
D’une manière générale, après une dizaine d’années de mise
en place de cette épreuve, il nous semble qu’une réflexion est à mener
pour permettre aux élèves d’être évalués sur ce qu’ils ont appris et que
les apprentissages menés en classe soient utiles le jour du baccalauréat :
améliorer l’épreuve existante ou en changer radicalement. . L’APSES
souhaite être associée à une telle réflexion, qu’elle soit académique ou
nationale.
Critiques et réflexions de l’APSES sur la question de synthèse 2006.
1) Les questions sur les textes
Question 1 : « Montrez que la baisse du taux de syndicalisation résulte en partie de transformations socio-économiques . (document 1) » Si la question posée amène à une analyse sur le document 1, elle n’est pas réalisable dans les 10 lignes imposées ou incite à faire uniquement une liste de transformations sans explication. Si une longueur plus importante avait été acceptée, la question revenait à traiter la première partie de la synthèse, ce qui aurait également posé problème. Question 2 : « L’institutionnalisation des syndicats n’a-t-elle que des effets négatifs ? (document 1) » La question a été critiquée car le document n’introduit que l’idée de la gestion paritaire, ce qui n’est pas vraiment au centre du programme qui met dans les notions essentielles « l’institutionnalisation des conflits » et le rôle des syndicats dans les négociations collectives. Cependant, sa formulation pousse à une réflexion critique assez positive. Question 6 : « Montrez que le champ d’action des syndicats ne se limite pas à la gestion des conflits. » (document 4) La cogestion allemande et le taux de syndicalisation suédois n’étant pas spécifiquement au programme, les candidats ont fait de la paraphrase ou même des contresens lorsqu’ils ont déduit de la dernière phrase que les syndicats français ne s’occupaient pas de la gestion du chômage.
Chaque question devrait porter sur une compétence spécifique. La liste des compétences
concernant les textes est évidemment à définir. Voici quelques pistes :
définir un terme (exemple question 2 : définir l’institutionnalisation)
présenter un mécanisme (exemple question 1 : montrer ne quoi l’utilitarisme des
salariés modifie le rôle des syndicats ?)
dégager un schéma d’implication d’un raisonnement.
Trouver la thèse d’un texte.
Confronter un texte et un document statistique.
2) Les questions sur les documents statistiques
Question 3 : « Quels facteurs influencent le taux de syndicalisation ? (document 2) » et
question 4 : « Exposez les transformations significatives que ce graphique met en évidence.
(document 3) »
Ces deux questions intègrent bien un réflexion sur les données statistiques mais une ambiguïté
apparaît lors de la correction des copies, ambiguïté présente dans la fiche d’évaluation
que les correcteurs de certaines académies devaient remplir : s’agit-il de trouver
des idées ou de les démontrer en utilisant les données chiffrées ? Les professeurs estiment
que les candidats doivent appuyer leurs démonstrations sur une lecture appropriée
mais rien dans les questions ne poussent les élèves à le faire.
La lecture des données fait partie des savoir-faire exigibles au baccalauréat, la note de
lecture du document 2 n’aurait pas dû exister.
Question 5 : « En quoi le conseil des prud’hommes illustre-t-il un des rôles actuels des
syndicats ? » (document 3)
Les prud’hommes ne sont pas dans les notions essentielles ni complémentaires du programme.
Les élèves se limitaient souvent à la lecture de l’explication en bas du document.
Les questions sur les documents statistiques devraient correspondre aux savoir-faire
définis dans le programme.
calculs et lecture ... (s’il est apparu utile de supprimer la calculatrice certaines années,
le cas actuel, où elle est systématiquement interdite, est aussi dommageable
: les calculs sont-ils encore utiles, s’ils ne sont jamais évalués ?)
analyse des données, avec la remarque : « en utilisant les données chiffrées dans
vos démonstrations », pour éviter toute ambiguïté.
périodisation d’une série chronologique,
étude de corrélations statistiques
3) La formulation de la synthèse.
La formulation actuelle des sujets « après avoir expliqué ... vous montrerez... » donne souvent l’impression que deux sujets ont été donnés sans lien entre eux, ce qui est le cas en 2006. Sans abandonner l’idée de donner les grandes parties du plan aux élèves, des formulations plus « ouvertes » mais explicites permettraient sans doute d’évoluer de façon plus efficace de la synthèse vers la dissertation : « après avoir montré... vous nuancerez... » ou « discutez »... par exemples. Nous reconnaissons que la fabrication de tels sujets est difficile : ils ne doivent ni être trop limités, ce qui empêche les élèves de mobiliser des connaissances personnelles, ni trop large pour être traités en temps limité (2 heures environ). Ils doivent permettre d’intégrer le travail préparatoire mais aussi des connaissances personnelles. La consigne des 3 pages, format baccalauréat, apparaît alors trop stricte et conduit à des sujets très (trop) limités. Nous serions très favorables à 4 pages.
