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Contribution de l’APSES à la consultation : Quelles sciences sociales au lycée ?

Consultation "Refondons l’école de la République"

Contribution de l’APSES : Quelles sciences sociales au lycée ?

Pourquoi des sciences économiques et sociales ?

Les élèves, citoyens en devenir, sont plus que jamais demandeurs d’éléments d’explications sur les tenants et les aboutissants de la crise économique et financière, sur les débats relatifs aux inégalités, aux réformes de la protection sociale ou de la fiscalité, aux enjeux de la mondialisation et du développement durable, aux débats concernant le mariage, la parentalité, aux questions relatives au genre, à l’immigration... Les sciences sociales – économie, sociologie, science politique et anthropologie notamment - apparaissent comme un instrument privilégié de leur formation intellectuelle, leur permettant d’acquérir des savoirs, grilles d’analyse et postures réflexives essentiels pour se comporter en acteurs éclairés, mieux outillés, mieux informés et plus rationnels dans leur rapport aux débats démocratiques. Des sciences économiques et sociales pour qui ? Exclues du tronc commun de seconde où elles ne constituent qu’un « enseignement d’exploration » limité à 90 minutes par semaine, alors qu’elles sont absentes du collège et constituent la discipline centrale de la série ES (deuxième série du baccalauréat général en effectifs), les SES ont pourtant toute légitimité à être enseignées de façon obligatoire en seconde avec un horaire qui permette des bonnes conditions d’enseignement et qui soit à la hauteur de la contribution de cet enseignement à la formation citoyenne des élèves.

Quels programmes pour les sciences économiques et sociales ?

Les nouveaux programmes ont été très largement contestés : inflation des notions et savoirs que les élèves sont censés maîtriser, priorité donnée à l’exposé de prétendus fondamentaux au détriment de l’étude des questions de société, cloisonnement rigide et artificiel entre l’économie et les autres sciences sociales. Ce n’est pas en proposant des programmes encyclopédiques que l’on permet à tous les profils d’élèves d’avoir le temps de développer leur curiosité et de s’engager dans des apprentissages et une réflexion véritables. Ce n’est pas non plus en leur fournissant clé en main des outils théoriques dont ils ne saisissent pas l’utilité qu’on leur permettra de se les approprier. A cet égard, chaque connaissance, en classe comme dans la recherche, ne peut être qu’une réponse à un questionnement. Et face aux interrogations des élèves, les différentes sciences sociales apportent des éclairages complémentaires, et parfois concurrents. D’où la nécessité de permettre de les faire dialoguer et de ne pas les cloisonner artificiellement. Les programmes du lycée, quelle que soit la discipline scolaire, ne peuvent pas être réduits à la simple juxtaposition, en miniature, de ce qui est enseigné dans le supérieur. Ils ne peuvent pas non plus se limiter à une compilation de notions. Ils doivent tenir réellement compte du travail d’une classe de lycéens, qui ne doivent pas seulement apprendre des connaissances mais aussi des méthodes d’analyse et de pensée, d’argumentation et de sélection de l’information (etc), autant de choses que les nouveaux programmes de SES ignorent et rendent particulièrement difficile par leur encyclopédisme absurde.

Quelles épreuves de baccalauréat ?

La nouvelle épreuve de SES censée s’appliquer à compter de la session de juin 2013, parce qu’elle interdit les sujets qui suggèreraient aux élèves de répondre sous forme de débat argumenté, marque également une régression profonde. "Augmenter le SMIC nuit-¬il à l’emploi ?", "L’école favorise-t-¬elle la mobilité sociale ?" : autant de sujets désormais impossibles. Autant de sujets qui pourtant se trouvent à l’articulation d’enjeux citoyens et de débats scientifiques. Autant de sujets pédagogiquement attractifs, qui laissent place au pluralisme et à la formation de l’esprit critique nécessaires à toute démarche intellectuelle. Autant de sujets qui nécessitent de solides connaissances pour produire une argumentation rigoureuse. Demander à des lycéens qui ont – presque – l’âge de voter "comment expliquer les échanges internationaux de marchandises ?" plutôt que "faut-¬il favoriser le libre-échange ?" ne donne pas le même sens à l’enseignement. Autoriser les débats est une nécessité pour entrer en résonance avec les préoccupations des élèves, seule condition pour favoriser leur véritable appropriation des savoirs et des méthodes produits par les sciences sociales.

Comment relancer la démocratisation des sciences sociales au lycée ?

Aujourd’hui, l’école est à nouveau confrontée au défi de sa démocratisation. Les conditions d’encadrement des élèves sont une question naturellement essentielle pour la réussite de tous les élèves, et les sciences économiques et sociales, comme les autres disciplines, doivent proposer aux élèves des travaux en groupes réduits, pour initier véritablement aux méthodes des sciences sociales et permettre le temps de l’appropriation véritable et de la remédiation. Mais il n’est pas possible de délaisser pour autant les questions des finalités de formation, de contenus d’enseignement et de pratiques pédagogiques. C’est pourquoi nous nous prononçons pour une refonte des épreuves de baccalauréat et des programmes en sciences économiques et sociales, qui place au centre des préoccupations l’intérêt de l’élève, la construction de sa citoyenneté et l’acquisition d’une solide culture générale. Des objectifs qui doivent pouvoir être atteints pour l’ensemble des élèves et pas seulement pour une "élite". Un tel chantier ne pourra bien sûr pas se mener de manière précipitée et devra impliquer tous les partenaires de l’école grâce à des procédures démocratiques à réinventer. Il nous semble nécessaire de prolonger de manière transitoire les épreuves actuelles et le programme de terminale ES, le temps d’organiser une véritable réflexion dans la concertation. C’est à ces conditions que nous pourrons donner aux sciences sociales au lycée un nouvel élan en faveur de la démocratisation de l’accès au savoir.

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales