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Communiqué de presse de l’APSES du 30 mai 2010 : Projet de programme de SES : Une proposition inacceptable qui dénature l’enseignement de SES

L’APSES, dont le Président a démissionné lundi 24 mai du groupe d’experts chargé de l’élaboration du programme de sciences économiques et sociales en classe de première, dénonce avec la plus grande force le projet mis en consultation le jeudi 27 mai par le Ministère de l’Education Nationale. S’il devait entrer en application, il constituerait une véritable régression pour les futurs élèves de première ES, avec des défauts en nombre et en gravité si importants que le présent communiqué de presse ne peut qu’en exposer les grandes lignes, renvoyant à l’analyse détaillée publiée sur le site de l’APSES l’explication précise et argumentée de tout ce qui pose problème dans ce projet.

1. Un record : le plus encyclopédique des programmes jamais conçu en SES !

Alors qu’il existe dans la communauté éducative une unanimité pour dénoncer l’encyclopédisme des programmes actuels de SES en première et terminale, le projet du groupe d’experts aboutit à une dérive sans précédent : avec un empilement de près de 170 notions (contre environ cent dans le programme actuel), et pas moins de 38 chapitres, tous les records de démesure sont pulvérisés ! L’effet pervers de cet amoncellement de notions est de priver l’enseignant de toute liberté pédagogique et l’élève du temps nécessaire à l’apprentissage. Aucun temps de réappropriation, aucun temps de reformulation, aucun temps de confrontation ni entre les élèves ni entre le cours et l’actualité économique et sociale ne seront possibles. Les élèves auront-ils le temps de travailler sur documents, de s’essayer à la construction d’une enquête par questionnaire, à la constitution de dossiers ou de monographies face à une telle inflation de notions ? Cette conception de l’enseignement comme simple transmission qui va de la parole savante à l’élève ne permet aucune prise en compte des expériences, questionnements et curiosités des lycéens de 16 ans.

2. Les problématiques contemporaines reléguées à la marge : quel sens donner aux apprentissages des élèves ?

Le projet du groupe d’experts marque un incompréhensible recul sur l’étude de questions contemporaines qui suscitent l’intérêt des élèves et favorisent l’apprentissage. Faut-il mettre en œuvre des politiques de relance ou de rigueur ? La banque centrale doit-elle avoir comme seul objectif la lutte contre l’inflation ? Comment réduire les inégalités ? Les élèves n’en sauront jamais rien car ces questions « vives » ne leur sont pas posées. Il est symptomatique que dans la partie économique du programme (couvrant la moitié de l’année), les indications complémentaires n’invitent qu’à deux reprises les élèves à « s’interroger » sur les causes ou conséquences de tel phénomène économique, et que les termes « réflexion » et « réfléchir » , qui apparaissent 13 fois dans le programme actuel, soient totalement absents dans ce projet ! Par ailleurs, les parties économiques et sociologiques portent la marque d’un biais significatif qui occulte les débats internes à chaque science sociale. La macroéconomie est ainsi réduite à la portion congrue (la microéconomie couvre les 4/5e du programme d’économie et plus de la moitié de l’année), un choix qui étonne au moment même où nos sociétés (et les élèves) s’interrogent sur le chômage, la crise économique, l’avenir de la protection sociale ou les politiques d’austérité. En sociologie, l’individu devient le point de départ de toute analyse, au point qu’après avoir tenté d’évacuer le chômage des programmes de seconde, on fait maintenant disparaître les classes sociales et la culture ! Etrange conception transmissive et biaisée de l’enseignement, à rebours de la démarche scientifique et des débats qui produisent la dynamique des savoirs, de la nécessité de répondre à la curiosité des élèves, et qui va à l’encontre d’un objectif essentiel des SES : concourir à la formation de citoyens. Les SES deviendraient ainsi le seul enseignement secondaire à se départir de cette mission fondamentale de concourir à la culture générale au lycée, alors que toutes les autres matières, de l’Histoire-géographie à la Physique-Chimie en passant par les mathématiques et l’EPS, ne cessent de renforcer cette dimension dans leurs programmes respectifs (voir cette analyse des projets dans les autres disciplines).

3. A l’origine des défauts de ce projet : un strict cloisonnement disciplinaire.

Le projet de programme est construit sur un cloisonnement disciplinaire sans précédent en SES, avec une séparation stricte et minutée entre économie, sociologie et science politique. Cela revient à démanteler une des raisons du succès des SES depuis 40 ans : la combinaison des apports parfois séparés, parfois conjoints, de différentes sciences sociales mobilisées sur des problématiques contemporaines. Ce cloisonnement aboutit à de véritables non-sens autant qu’à des redondances. Pourquoi, par exemple, aborder d’une part les niveaux de pouvoir dans la partie économique et d’autre part les notions d’État unitaire, décentralisé ou fédéral dans la partie consacrée à la science politique ? Pourquoi aborder dans la partie économique les fonctions de l’Etat, dans la partie science politique l’émergence de l’Etat et des Etats-nations et dans les « regards croisés » le rôle de l’Etat-providence ? Un unique chapitre sur l’Etat mobilisant successivement les outils de l’économiste et du politiste aurait été plus cohérent. Pourquoi aborder les choix de production au sein de l’entreprise dans la partie consacrée à l’économie puis les relations sociales qui s’y nouent dans la partie « regards croisés » au lieu de la traiter dans un chapitre unique convoquant des démarches économiques et sociologiques ?

4. Un projet qui doit être entièrement revu

L’APSES appelle l’ensemble de la communauté éducative à exprimer son refus d’un projet qui, sous couvert de réécriture des programmes, opère un véritable démantèlement d’une discipline pourtant plébiscitée par les élèves et leurs parents. Le projet de programme proposé comporte des défauts trop importants, liés aux principes mêmes qui ont présidé à sa conception. L’amender ne ferait pas disparaître ces défauts, et il doit donc être abandonné. L’APSES demande en conséquence un report d’un an de l’application du nouveau programme pour laisser le temps de concevoir un nouveau projet sur l’ensemble du cycle terminal, intégrant la question de l’évaluation. Pour alimenter la réflexion, elle rendra public dans les jours à venir son propre projet de programme qui aura avant tout pour ambition de répondre à l’intérêt et aux besoins des élèves. A défaut d’obtenir une réponse favorable à ces demandes, l’APSES appellera tous les enseignants de SES à ne pas appliquer ce projet de programme à la rentrée de septembre 2011.

Contacts :

Président : Sylvain DAVID sylvain.david3@free.fr / 06 75 81 40 37 Vice-présidente : Marjorie GALY marjorie.galy@wanadoo.fr / 06 62 22 04 35 Secrétaires généraux : Renaud CHARTOIRE - chartoire@aol.com /06 18 28 16 52 Rémi JEANNIN - jeannin.remi@gmail.com /06 73 74 99 35

commentaires (1 message)


  • Communiqué de presse de l’APSES du 30 mai 2010 : Projet de programme de SES : Une proposition inacceptable qui dénature l’enseignement de SES 3 juin 2010 07:16, par mulard

    Vous avez été bien inspiré de quitter le groupe "d’experts"...!
    Cettte question des programmes illustre pleinement le hiatus entre la "pratique de métier" d’une discipline, qui lui donne à la fois singularité et identité professionnelle, et l’impériale imposition de l’approche "contenus" par des enseignants du supérieur, qui, pour la plus large partie d’entre eux ignorent les fondamentaux de la didactique de notre disipline, et de toutes façons ne peuvent pas en appliquer les méthodes.
    Ce faisant, Cc’est un exemple de plus de "La grande Régression".
    Cordialement

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