
A l’appel de l’Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales (APSES), près de 500 professeurs de Sciences Economiques et Sociales (SES) venant de toute la France se sont rassemblés à Paris le mercredi 31 mars, jour du vote des nouveaux programmes de seconde au Conseil Supérieur de l’Education, pour dénoncer le recul drastique de la place de l’enseignement de SES de la seconde à la terminale à l’occasion de la réforme du lycée menée par Luc Chatel.
La place de l’enseignement de SES dans la structure du nouveau lycée n’est pas à la hauteur des besoins de formation intellectuelle des futurs citoyens pour qu’ils puissent participer pleinement aux débats démocratiques. La compréhension des enjeux contemporains suppose de mobiliser des savoirs et méthodes issus de l’économie, de la sociologie, de l’anthropologie, de la science politique : l’insertion des jeunes sur le marché du travail, les transformations de la famille, la régulation des marchés financiers, la compatibilité de la croissance avec le développement durable, le choix d’une fiscalité équitable et efficace, les réformes de la retraite et de la santé, la montée de l’abstentionnisme etc. Sur tous ces enjeux décisifs pour nos démocraties, c’est à l’école de former les futurs citoyens. Il est de la responsabilité des élus de la Nation de donner les moyens véritables au lycée du XXIè siècle d’assurer une formation de qualité en Sciences Economiques et Sociales à tous les lycéens au moins une année dans leurs sept années de scolarité secondaire. Au-delà des effets de communication de Luc Chatel sur la prétendue « généralisation de l’économie » à tous les lycéens, la réduction de 50 % de l’horaire de SES en seconde est, de ce point de vue, à contre-courant des enjeux. Par ailleurs, les SES sont le seul enseignement central d’une série générale à ne pas être dans le tronc commun de la classe de seconde. Alors que le Rapport Descoings vantait le caractère « équilibré » de la série ES, la réforme du cycle terminal la déstabilise : les spécialités langues, mathématiques et science politique qui faisaient une partie de l’attractivité de la classe de première ES sont supprimées et l’horaire de SES en terminale ES est fortement diminué. Pourquoi la philosophie ou les sciences conservent 8h en terminale L et S alors que les SES reculent à 5h ? Pourquoi les spécialités sont de 3h en L, 2h en S et seulement 1h30 en ES ?
Derrière les réformes de structure du lycée, le ministère tente de masquer ou feint d’ignorer les enjeux pédagogiques des contenus de programmes revisités au prétexte des réductions drastiques d’horaires et de dédoublements. Les représentants du monde de l’Education au CSE ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en rejetant à une très large majorité des voix le projet de programme de SES pour la future classe de seconde. Au-delà des questions relatives au contenu de ce projet de programme (suppression de l’étude des relations sociales dans l’entreprise et des transformations de la famille, malgré le soutien apporté par Françoise Heritier et Maurice Godelier au maintien d’un questionnement anthropologique sur la nature biologique ou sociale de la parenté), ce rejet exprime clairement l’inadéquation entre les objectifs affichés par le Ministère et les moyens qu’il accorde aux SES : quel que soit le programme, développer la culture économique, sociologique et politique des élèves ne peut se faire en 90 minutes par semaine, de manière optionnelle et non évaluée, sans travaux dirigés en groupes restreints.
Il est frappant que pour la première fois une telle réforme du lycée soit imposée par décrets et non débattue et votée au parlement. C’est ce qu’ont bien compris les députés qui sont venus rencontrer les manifestants et leur apporter leur soutien devant l’Assemblée nationale lors de la manifestation du 31 mars (Yves Cochet, Pascal Deguilhem, Yves Durand, Martine Faure, Noël Mamère et François de Rugy), ainsi que les 32 députés et 14 sénateurs qui ont déjà posé des questions écrites au gouvernement sur cette question. Puisque la plupart des décrets d’application de la réforme ont déjà été publiés par le Ministère, l’APSES lance un Appel aux représentants de la Nation pour qu’ils s’associent aux près de 9 000 citoyens (dont plus de 900 universitaires et chercheurs) qui ont déjà signé l’Appel pour une généralisation de l’enseignement de Sciences Economiques et Sociales au lycée, qu’ils se saisissent de la question et fassent pression sur le gouvernement afin que la place des SES en seconde et la cohérence de la série ES soient préservées tant dans ses horaires que dans ses contenus. Cet Appel va être diffusé à tous les députés et sénateurs et sera l’un des objets de discussion de la Conférence de Presse – Rencontre organisée au Sénat mercredi 7 avril par Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice des Hauts-de-Seine, sur les contenus des nouveaux programmes de sciences humaines et sociales en seconde.
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