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Communiqué de presse de l'APSES du 9 février 2010 : Une proposition de programme pensée pour les élèves - Apses
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Communiqué de presse de l’APSES du 9 février 2010 : Une proposition de programme pensée pour les élèves

Le Ministère de l’Education Nationale a présenté mercredi 27 janvier le projet de nouveau programme de Sciences Economiques et Sociales (SES) en classe de seconde, qui réoriente profondément les finalités de l’enseignement de SES : le résultat est un projet qui gomme la plupart des enjeux économiques et sociaux contemporains, marginalise les sciences sociales autres que l’économie, et qui s’avère inadapté à des élèves de 15 ans qui découvrent une nouvelle discipline scolaire.

L’APSES, représentée par son président, avait pourtant accepté de participer au groupe d’experts chargé de l’élaboration de ce projet de programme. Mais la précipitation dans laquelle a été élaboré ce projet ainsi que les interventions directes et répétées du cabinet du Ministre (deux éléments qui ont par ailleurs contribué à la démission de François Dubet, représentant des sociologues dans la commission des programmes) ont abouti à ce que de nombreuses propositions sur lesquelles les membres du groupe d’experts étaient pourtant d’accord soient écartées. En l’état, amender ce projet de programme à la marge ne permet pas d’en gommer ses défauts.

En conséquence, dans le cadre de la consultation initiée par le Ministère, l’APSES a décidé de rendre publique sa propre proposition de programme. Ce programme n’a pas prétention à représenter un programme « idéal ». Il respecte cependant plusieurs principes essentiels qui doivent gouverner l’élaboration de tout programme de SES.

1. Un programme qui n’oublie pas les élèves

Le programme proposé par l’APSES n’oublie pas qu’il est destiné avant tout à des élèves de 15 ans qui viennent de quitter le collège. Il fait donc explicitement référence aux questions de pédagogie, aux méthodes et compétences que les élèves pourront mettre en œuvre pour s’approprier les savoirs des sciences sociales (démarche d’investigation par la réalisation d’enquête par questionnaire, utilisation de tableur pour l’approfondissement des savoir-faire statistiques, …). Le choix des notions que les élèves seront amenés à découvrir a également été réfléchi pour être assimilables par des élèves de 15ans, tout en essayant de susciter leur intérêt (nous proposons ainsi d’étudier le pouvoir d’achat, l’innovation, ou le développement durable par exemple). Il s’agit donc de donner de la saveur aux savoirs. Contrairement au programme actuel, ce programme permet de mettre les élèves en activité et souligne la nécessité d’un horaire plus conséquent et de dédoublements assurés en SES dans tous les établissements.

2. Un programme qui se saisit des questions contemporaines

Le programme proposé par l’APSES réintroduit ce qui fait le succès de l’enseignement des SES depuis plus de 40 ans : aborder des questions contemporaines afin de donner du sens aux apprentissages des raisonnements et notions. Les élèves de seconde seront ainsi amenés à étudier les évolutions de l’emploi, les causes du chômage, l’évolution des inégalités et du pouvoir d’achat, les transformations de la famille … Comment expliquer que ces questions, présentes dans le précédent programme, aient été évacuées par le Ministère lorsqu’on sait qu’elles permettent à la fois aux élèves de devenir des citoyens plus éclairés et de s’approprier les savoirs des sciences sociales ?

3. Un programme qui redonne leur place à l’ensemble des sciences sociales

Le programme proposé par l’APSES présente l’entreprise à la fois comme une unité de production, mais également comme un lieu où se nouent des relations sociales. Contre un enseignement de l’économie qui se ferait au détriment de la sociologie et des autres sciences sociales, ce programme tente de mettre en avant la fécondité de leur croisement. Par là même, il met davantage en valeur la spécificité de l’enseignement des Sciences Economiques et Sociales, évitant ainsi que cet enseignement soit redondant avec celui de Principes Fondamentaux de l’Economie et de la Gestion.

4. Un programme qui propose une approche pluraliste de l’économie

Les enseignants de SES sont attachés à faire découvrir aux élèves les apports de la microéconomie à la compréhension du monde qui les entoure. C’est pourquoi le programme proposé par l’APSES permet de montrer à de multiples reprises que les acteurs économiques sont confrontés à des choix, qu’ils peuvent réagir à des incitations et que leurs choix ont des incidences sur la répartition des revenus. Ils sont tout autant attachés à continuer de proposer un enseignement pluraliste, qui permette donc d’initier les élèves à des questions de macroéconomie, et à montrer que les sciences sociales sont le lieu de controverses scientifiques fécondes (c’est en ce sens qu’on propose d’étudier les diverses interprétations des causes du chômage).

5. Un programme soutenu par de nombreux universitaires et soumis à l’ensemble de la communauté éducative

Enfin, en publiant ce programme, l’APSES tient à souligner que des programmes ne peuvent atteindre leurs objectifs sans un minimum d’assentiment de la part de l’ensemble de la communauté éducative. Contrairement au programme proposé par le ministère qui a été élaboré par un groupe qui ne s’est réuni que trois fois et ne comportait qu’un seul enseignant du secondaire, le programme proposé par l’APSES est le fruit d’un travail collectif et approfondi, qui s’inscrit dans le prolongement des Assises des SES organisées en mai 2009 (sur la base d’une enquête auprès de près de 600 professeurs de SES), de la réflexion sur les programmes de seconde et des contributions des régionales de l’association de l’automne 2009, du travail de deux ateliers lors d’un stage national de février 2010, et de la consultation de nombreux enseignants de SES et d’universitaires. Il est d’ores et déjà soutenu par de nombreux universitaires à la légitimité reconnue, qui, s’ils peuvent exprimer ici ou là quelques remarques sur ce programme, en partagent la philosophie générale. L’APSES appelle l’ensemble de la communauté éducative - élèves, parents, enseignants, chercheurs - à se saisir de ce programme pour en débattre (en se rendant sur http://www.apses.org/debats-enjeux/...).

L’ APSES rappelle son profond désaccord quant à la réforme Chatel qui marginalise et dénature l’enseignement de SES de la seconde à la terminale. Si elle devait être appliquée en l’état, cette réforme induirait de très grandes inégalités de situations d’enseignement. En effet, quoi de commun entre un professeur devant gérer 7 ou 8 secondes sans dédoublement avec des horaires bouche-trous et un professeur ayant 2 ou 3 secondes à 24 élèves dans un lycée bien équipé en salles informatiques ?

Il appartient donc aujourd’hui au Ministère de prendre en compte au plus vite les demandes exprimées par la communauté éducative concernant l’enseignement des sciences économiques et sociales. En l’absence d’une réaction appropriée, l’APSES appellera tous les enseignants de SES à la désobéissance pédagogique en n’appliquant pas le programme du Ministère.

Proposition de programme déjà soutenue par :

Philippe Askenazy, Economiste, Directeur de recherche au CNRS,

Christian Baudelot, Professeur émérite de sociologie à l’Ecole Normale Supérieure,

Stéphane Beaud, Professeur de sociologie à l’Ecole Normale Supérieur,

Robert Boyer, Economiste au CEPREMAP, Directeur d’études à l’EHESS et au CNRS, PSE.

Bernard Gazier, Professeur Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne,

Michel Lallement, Professeur titulaire de la chaire d’Analyse sociologique du travail, de l’emploi et des organisations au Cnam (Paris),

André Orléan, Economiste, Directeur de recherche au CNRS, Directeur d’études à l’EHESS,

Thomas Piketty, Directeur d’études à l’EHESS, Professeur à l’Ecole d’Economie de Paris,

Dominique Plihon, Professeur d’économie à l’Université Paris XIII

Pierre Rosanvallon, Professeur au Collège de France.

Contacts :

Président : Sylvain DAVID sylvain.david3@free.fr / 06 75 81 40 37 Vice-présidente : Marjorie GALY marjorie.galy@wanadoo.fr / 06 62 22 04 35 Secrétaires généraux : Renaud Chartoire - chartoire@aol.com / 06 18 28 16 52 Rémi Jeannin - jeannin.remi@gmail.com /06 73 74 99 35

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  • Communiqué de presse de l’APSES du 9 février 2010 : Une proposition de programme pensée pour les élèves 7 mars 2010 19:41, par LEGARDEZ Alain

    Dans le cadre récurrent de cette lutte interminable pour la survie et le développement de l’enseignement des SES que nous menons avec d’autres "anciens" depuis plus de 30 ans, je soutiens évidemment l’action de l’Apses dans cette nouvelle bataille. Il faut en effet défendre opiniâtrement un véritable enseignement de questions économiques et sociales "vives" dans la société et qui font débat dans les communautés savantes pour contribuer à donner du sens aux apprentissages scolaires et participer à la formation d’un jeune citoyen, capable de véritables choix argumentés. L’initiation à cette culture doit en effet commencer dès la Seconde pour sensibiliser tous les jeunes à ces questions et leur permettre des choix de filières en connaissance de cause. Il est dès lors évident que le programme doit être problématisé et concerner des questions économiques et sociales ... et qu’il peut difficilement se contenter de l’horaire prévu dans la réforme.
    J’ajoute que la défense du programme de SES ne me semble pas pouvoir se dissocier d’une critique globale des autres projets de programmes et particulièrement de celui d’Economie-Gestion. C’est pourquoi je me permets de joindre ici un texte récent qui vise l’idéologie qui imprègne l’esprit des programmes gouvernentaux.
    Bon courage dans cette nouvelle bataille.
    Alain Legardez, professeur de sciences de l’éducation, ancien professeurs de SES

    Faux débats et vrais combats

    En me plaçant de divers lieux d’où j’ai eu l’occasion de participer à des enseignements économiques et à des formations d’enseignants en économie, ainsi qu’à des recherches sur ces enseignements, je souhaiterais apporter quelques éléments au débat sur les enseignements de SES et d’Economie-Gestion qui m’apparaît (comme à beaucoup d’autres) biaisé et dangereux.
    Les études menées sur les enseignements économiques dans le système éducatif français montrent qu’il est faux de prétendre que seuls les enseignements de SES "forment à l’esprit critique" et que ceux d’Economie-Gestion seraient "non critiques et systématiquement inféodés au patronat". Certes les histoires comparées des filières et des disciplines de SES et d’Economie-Gestion révèlent des origines fort divergentes, mais indiquent aussi que les différentes réformes et rénovations convergent désormais pour proposer des enseignements problématisables, notamment sur des questions économiques. Ceux qui le souhaitent peuvent notamment s’informer facilement sur les évolutions de la filière technologique d’économie et gestion (notamment en comparaison de celles des SES), sur les principes de la "rénovation" de 2005 et sur des exemples de pratiques d’enseignement, en lisant le dossier paru dans les Cahiers Pédagogiques n° 461 (2008) : "STG : quelle rénovation ?".
    On peut également faire remarquer que les formations des professeurs d’économie-gestion
    dans les IUFM ne sont pas aux mains de "suppôts du patronat", - pas plus que celles des autres enseignants -, mais qu’elles se veulent professionnelles et universitaires, donc adossées à des recherches, aussi bien disciplinaires qu’en éducation et permettant la construction d’une distance critique pour une meilleure professionnalité.
    Il ne s’agit pas de prétendre que tous les enseignants de STG développent systématiquement des stratégies didactiques et pédagogiques problématisées (et donc potentiellement critiques) sur des enseignements économiques, mais les lignes de partage ne passent pas essentiellement entre le corps des professeurs d’Economie-Gestion et celui des SES. C’est ainsi que les études que nous menons en didactique des enseignements économiques, sociologiques, juridiques et de gestion sur ce que nous appelons des "questions socialement vives" montrent que les déterminants d’une problématisation de ces questions dans les classes ne sont pas principalement liés au fait que les enseignants soient des STG ou des SES, mais à leur travail de "transposition" dans les cours de savoirs scolaires proposés dans les programmes et dans les manuels et qui, lorsqu’ils sont identiques, tendent d’ailleurs à se rapprocher depuis la réforme STG de 2005.
    Par contre, la casse en cours de la formation professionnelle des enseignants risque fort, pour les futurs professeurs de STG comme pour les autres, de limiter leurs possibilités de construire ce recul critique qui est systématique dans les IUFM, pour revenir à une situation de compagnonnage piloté par les seules inspections. On peut encore craindre que le nouveau concours du CAPET d’Economie-Gestion, qui semble désormais étrangement proche de ceux des PLP tertiaires (avec, en particulier, la disparition de la dissertation économique), soit une étape vers une suppression de cette voie technologique, peut-être désormais trop "critique" au yeux des idéologues du libéralisme forcené qui mènent actuellement ces réformes destructrices dans toute l’éducation, au mépris des avis et des résistances de la quasi totalité des acteurs de l’éducation. Là est le véritable combat et non pas dans une querelle d’un autre temps qui ne peux qu’affaiblir encore le combat de celles et ceux qui veulent maintenir et développer des enseignements économiques problématisés dans les lycées français, que ces questions potentiellement vives soient abordées sous un angle plus spécifiquement "économique et social" ou "économique et de gestion". Il pourrait donc bien alors y avoir complémentarité et non concurrence dans le cadre d’une (autre) réforme des lycées qui viserait à améliorer la formation des jeunes citoyens.
    Aux acteurs concernés, - et au premier chef aux enseignants d’Economie-Gestion et de SES -, de ne pas tomber dans le piège d’une dangereuse concurrence.

    Alain Legardez,
    Professeur de sciences de l’éducation, IUFM - Université de Provence

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