
Ci-dessous le texte que j’ai envoyé dans la rubrique Commentaire d’article du Figaro.fr L’article en question
Madame ou monsieur,
Votre journal participe d’une entreprise de désinformation qui ne vous honore pas. Les responsables de l’APSES ( Association des professeurs de SES ) ont déjà répondu aux accusations des représentants du Medef ( M. Michel Pébereau, M Thibaut Lanxade ) qui sont sans fondement autre qu’idéologique. Ils ont montré que l’enseignement des SES centré sur l’entreprise représentait près de 40% des items du programme. Pourquoi ne sollicitez-vous pas un responsable de l’APSES ? Il vous montrera que les manuels reflètent assez bien cette réalité. Que souhaite votre journaliste, Aude SERES ? Que nous présentions l’entreprise comme une institution idyllique dans laquelle tous les acteurs se tapent dans le dos ? Ce n’est pas la réalité. Les travaux de sciences sociales n’ont pas pour vocation de nier le réel mais d’en rendre compte. Ils sont donc contraints de constater l’existence de conflits. Ils constatent aussi - François Bourguignon, Président de l’Ecole d’Economie de Paris, l’a rappelé dans un numéro récent du quotidien Les Echos - l’existence et même l’aggravation récente des inégalités. Ils constatent aussi - et les professeurs de SES avec eux - que l’économie de marché est performante pour créer des richesses et ils tentent de comprendre pourquoi, donnant ainsi la possibilité aux professeurs de SES d’insister sur le rôle de l’entrepreneur innovateur (programme de Terminale ES). Il semble que votre journaliste, s’accommodant mal de certains aspects du réel, préfère les ignorer ou encore porter sur les faits économiques un regard d’entrepreneur de morale alors que notre mission - définie dans le cadre des programmes officiels - s’appuie uniquement sur la mise en oeuvre d’une démarche scientifique. Ainsi, Aude SERES paraît choquée qu’un manuel de 1 ES - le Hatier pour ne pas le citer - ose utiliser le thème du tatouage pour introduire le programme de la classe de première. Le tatouage est pourtant un fait social indéniable. Peut-être Aude SERES devrait-elle lire la totalité des documents de ce dossier. Elle apprendrait ainsi qu’elle participe du regard stigmatisant - notion qui fait partie du programme - souvent porté sur les tatoué(e)s. Elle apprendrait aussi que nous nous intéressons aux causes de la variation des prix sur le marché du tatouage. A ce sujet, si vous pouviez avoir l’amabilité de signaler à Aude SERES qu’il existe de nombreuses boutiques de tatouage-piercing, y compris et peut être même surtout dans ma bonne ville de Cannes, vous lui rendriez sans doute service.
De la même manière, il semblerait que l’exemple du marché de la cocaïne soit malvenu. Pourquoi ? Parce que le produit est illégal ? Il est au contraire intéressant de montrer qu’un véritable marché peut se constituer et s’organiser avec un produit illégal sous certaines conditions et avec des caractéristiques spécifiques. Mais votre journaliste semble surtout préoccupée de la moralité de l’eneignement des professeurs de SES. Elle semble même suggérer que nous pourrions être des acteurs de ce marché. C’est assez affligeant pour un journal sérieux et habituellement de bonne tenue.
En souhaitant que vous nous imitiez quant au respect du pluralisme - nous proposons effectivement aux élèves différents modèles explicatifs - je vous transmets, Monsieur ou Madame le responsable de la rédaction, mes meilleures salutations économiques et sociales
Guy GIANI - Professeur de Sciences Economiques et Sociales - Lycée Carnot - Cannes
