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Les nouveaux programmes de seconde du ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel, proposent un formatage idéologique des sciences économiques et sociales propre à réjouir les néolibéraux. L e patronat en rêvait, Luc Chatel l’a presque fait ! Dans le cadre de la réforme de la seconde, le ministre de l’Éducation nationale effectue une attaque en règle contre les sciences économiques et sociales, discipline honnie par les huiles du Medef. Jusqu’ici option de 3 heures hebdomadaires choisie par 43 % des élèves de seconde, les sciences économiques et sociales (SES) vont devenir un enseignement « exploratoire » de seulement 1 h 30. En plus de cette réduction d’horaire, les nouveaux programmes, proposés à la consultation jusqu’au 12 mars, amorcent un virage idéologique propre à réjouir le CAC 40.
« Depuis 2002, le gouvernement, sous la pression du Medef et de ses lobbies, mais aussi d’une fraction des économistes, a décidé qu’il fallait désormais s’en prendre à l’enseignement des SES au lycée », rappelait récemment Jean Gadray, professeur émérite d’économie à l’université Lille-I. Cet enseignement pluraliste, qui mêle économie, sociologie, anthropologie et science politique, aurait une vilaine tendance : ouvrir un peu trop l’esprit des jeunes sur les enjeux contemporains et développer leur sens critique. Une horreur pour les néolibéraux, qui rêvent de cours d’école où l’on vénérerait aveuglément le libre marché et la sainte concurrence. Le « groupe d’experts », chapeauté de près par le cabinet du ministre, a profondément remodelé les thèmes que les lycéens devront étudier. Des sujets tels le « chômage », la « famille » ou les « investissements dans les entreprises » disparaissent. Au profit de notions ultratechniques telles que « l’élasticité (prix et revenus) » ou les « courbes d’offre et de demande »… Une approche privilégiant la microéconomie, minorant la place de la sociologie et supprimant la science politique.
« Ces nouveaux programmes excluent toutes les questions socialement vives, celles qui intéressaient le plus les élèves, décrypte l’association des professeurs de SES (Apses). Ils s’avèrent totalement inadaptés à des élèves de quinze ans qui découvrent une nouvelle discipline scolaire. » Un non-sens pédagogique qui aura un effet repoussoir. Ce qui n’étonne pas Jean Gadray : « La désaffection qui se produira si de telles réformes sont adoptées est délibérément souhaitée par leurs instigateurs. »
Depuis deux mois, enseignants et économistes se relaient pour dénoncer cette casse des SES. Le Snes-FSU dénonce une « vision dogmatique », tandis que les organisations lycéennes (UNL et Fidl) refusent ce « formatage cérébral ». L’Apses a publié sur son site une proposition de « contre-programme », soutenue par 400 universitaires des sciences sociales, et a mis en ligne ce week-end une pétition (1).
Laurent Mouloud
