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Refonte des programmes de SES : "nous avons enfin été entendus !" (Revue de presse)

Vous Nous Ils 7/11/2012


Refonte des programmes de SES : "nous avons enfin été entendus !"

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Les profs de sciences écono­miques et sociales (SES) réclament depuis plu­sieurs mois un allé­ge­ment du pro­gramme de ter­mi­nale ES. Marjorie Galy, pré­si­dente de l’Association des pro­fes­seurs de sciences écono­miques et sociales (APSES), estime que les pro­fes­seurs de SES ont obtenu gain de cause pour la ren­trée 2013… mal­gré quelques incertitudes.

Vincent Peillon a annoncé la créa­tion d’un Conseil supé­rieur des pro­gramme, et la mise en place d’un groupe de tra­vail a été évoquée. L’APSES est-elle satisfaite ?

Oui, nous avons enfin été enten­dus ! La Dgesco a annoncé au Conseil supé­rieur de l’Education du 22 novembre der­nier que les pro­grammes de SES seront revus pour la ren­trée 2013. Mais nous n’avons aucune infor­ma­tion ni sur les mis­sions pré­cises ni sur la com­po­si­tion du groupe de tra­vail dont nous avons appris qu’il serait consti­tué ce mois-ci. Nous espé­rons qu’il n’y aura aucun des experts res­pon­sables des pro­grammes que nous contes­tons. Et si des uni­ver­si­taires intègrent le groupe, nous vou­lons une répar­ti­tion égale entre socio­logues et écono­mistes, avec un plu­ra­lisme des écoles de pen­sées. Nous serons aussi vigi­lants à ce que la moi­tié des membres soient des profs de SES qui, jusqu’à main­te­nant, ont été mino­ri­taires. Les ensei­gnants, qui appliquent un pro­gramme, sont les mieux pla­cés pour l’alléger. A ce titre, nous lan­çons ce jour une enquête auprès de tous les ensei­gnants de SES . L’objectif est simple : que cha­cun s’exprime sur les allé­ge­ments atten­dus et témoigne de la dif­fi­culté dans les classes. Il faut que le minis­tère sache ce qui se passe et qu’il refasse confiance aux enseignants.

Quel est le pro­blème avec le nou­veau pro­gramme de SES, appli­qué depuis cette année, en ter­mi­nale ES ?

Le pre­mier souci concerne le court terme : l’ampleur du pro­gramme est déli­rante. Elle empêche d’une part les ensei­gnants d’exercer conve­na­ble­ment leur métier et, d’autre part, les élèves d’acquérir des connais­sances. Ce nou­veau pro­gramme de ter­mi­nale se divise en 15 cha­pitres, avec 1h de cours en moins par semaine, soit 5h au lieu de 6h. Une année sco­laire dure 36 semaines mais en réa­lité 30, cela signi­fie qu’il faut chan­ger de cha­pitre toutes les deux semaines. Comme nous devons pro­duire des notes et cor­ri­ger les évalua­tions, il nous reste, au mieux, 8h30 par cha­pitre. Et quand on regarde la den­sité de chaque cha­pitre, on s’aperçoit que c’est impossible ! Le second pro­blème repose sur la phi­lo­so­phie des pro­grammes. Il existe un parti pris très net de ren­for­cer le cloi­son­ne­ment de l’économie d’un côté et de la socio­lo­gie de l’autre. Cette sépa­ra­tion crée des angles morts pour com­prendre nombre d’enjeux contemporains.

C’est-à-dire ?

Il y a, par exemple, un nou­veau cha­pitre sur les poli­tiques cli­ma­tiques. Pour abor­der les leviers écono­miques per­met­tant de moins pol­luer l’environnement, nous évoquons notam­ment les taxes, les règle­men­ta­tions... mais ce n’est pas suf­fi­sant. Au-delà de ces aspects tech­niques, les élèves nous demandent, à juste titre, pour­quoi les Etats n’appliquent pas davan­tage ces outils. Pour leur répondre, il nous fau­drait faire appel à la science poli­tique, au rôle des lobby... ce que la par­ti­tion des nou­veaux pro­grammes ne nous per­met pas.

Certains ensei­gnants estiment que le nou­veau pro­gramme encou­rage le bacho­tage au détri­ment de la réflexion. Est-il pos­sible de bien pré­pa­rer les élèves à deve­nir des citoyens "éclairés" ?

Le pro­gramme de SES en pre­mière est trop lourd donc infai­sable. Du coup, les ensei­gnants ne par­viennent à abor­der que 70% du pro­gramme car ils veulent le faire bien. En ter­mi­nale, il n’y a pas d’alternative, il faut tout abor­der en rai­son de l’examen à la fin de l’année. Résultat : le bacho­tage com­mence désor­mais dès le 1er sep­tembre. Nous nous retrou­vons dans une impasse péda­go­gique où, dans le meilleur des cas, nous fai­sons un cours magis­tral, sans pos­si­bi­lité pour les élèves d’apprendre à uti­li­ser les notions. Cela pose pro­blème pour for­mer des citoyens res­pon­sables. Enseigner ce n’est pas juste trans­mettre des notions, c’est aussi apprendre à s’interroger pour se for­ger un esprit cri­tique. Malheureusement, il semble que les élèves en ter­mi­nale ES cette année vont conti­nuer d’essuyer les plâtres. Par ailleurs, nous veille­rons à ce que l’allégement du pro­gramme s’accompagne d’une refonte des nou­velles épreuves du bac car ces der­nières accen­tuent les dif­fi­cul­tés au lieu de les réduire. Désormais, des ques­tions de cours, sur 6 points, incitent au bacho­tage et ren­force l’amertume des ensei­gnants et l’inquiétude des lycéens.

Charles Centofanti

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales