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Les profs d’éco se fâchent (Revue de presse)

Sud Ouest 20 février 2010


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Sud Ouest Samedi 20 Février 2010

LYCÉE. La réforme du programme de sciences économiques et sociales en seconde, opérée au détriment du social, soulève de nombreuses protestations, mais en réjouit certains

Les profs d’éco se fâchent

Après la polémique sur la réforme de l’histoire en terminale, c’est l’économie en seconde qui fait naître le débat. Le volet social sera moins présent dans l’enseignement. (photo joël saget) A en juger par l’ampleur des réactions, on pourrait croire que l’enseignement de l’économie est réellement en danger. Sans aller jusque-là, la future réforme des lycées concerne effectivement pour une part les nouveaux programmes de sciences économiques et sociales (SES). Et le moins que l’on puisse dire est que ce changement provoque une levée de boucliers parmi les professeurs de SES, dont les réactions se multiplient sur le Net.

L’économie par l’entreprise

Ces cours à venir sont tout d’abord définis comme des « enseignements d’exploration ». Ils vont aborder les questions de « ménages et consommation », « entreprises et production », « marché et prix » et, de façon plus facultative, « choix individuels et choix sociaux ».

Ces futurs programmes sont donc centrés sur l’économie et, par opposition, moins sur le social qu’aujourd’hui. Autrement dit, cette matière devrait être abordée davantage sous son aspect pratique et concret, de bon gestionnaire en somme.

Cette réorientation n’est pas réellement une surprise. Dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, on n’a jamais caché son agacement face à l’enseignement de l’économie au lycée.

Ses détracteurs le trouvaient trop général, trop étatiste, trop centré sur les difficultés sociales des salariés, et pas suffisamment sur les réalités du marché et de l’entreprise. Le curseur sera désormais repositionné.

Ce qui déplaît foncièrement, entre autres, à l’Association des professeurs de SES (Apses).

Sami Bouri, trésorier de l’Apses en Aquitaine, dénonce d’abord une réduction des horaires d’une heure par semaine. Mais il insiste surtout sur de nouveaux programmes qui veulent faire, selon lui, des élèves, « de bons petits soldats de l’économie ».

Démission de Dubet

« On nous demande de présenter des outils de l’analyse économique, comme le raisonnement à la marge ou l’élasticité, au détriment de notions essentielles pour former un citoyen, comme l’emploi, le contrat de travail, les inégalités économiques et sociales. Avant d’avoir des outils de gestion, il faut quand même présenter les fondements sur lesquels notre économie est assise. Elle n’est pas désincarnée. »

Le sociologue François Dubet a d’ailleurs démissionné de la commission des programmes, moins en raison de la « réduction de la sociologie » que d’un « mode de discussion très mal engagé », a-t-il confié à « Sud Ouest ».

Car tous les économistes ne s’opposent pas à cette réforme. Six universitaires et chercheurs, dont Élie Cohen, ont par exemple signé une tribune. Dans ce texte, ils se félicitent que l’on apprenne aux élèves à « raisonner en économistes », précisant que l’on peut utiliser une boîte à outils qui n’est « ni de droite, ni de gauche ».

Ce n’est pas non plus pour déplaire au directeur d’une business school comme l’Inseec Bordeaux. Edgard Girard approuve un apprentissage de l’économie « dépouillé d’idéologie » et « repositionné vers l’entreprise etsa gestion ».

Car, au fond, tout est là : les mécanismes économiques peuvent-ils être ramenés à des équations incontestables, ou sont-ils le produit d’un système et d’une idéologie ?

Vaste question que l’on pourra toujours poser en cours de philosophie.

Auteur : Bruno Béziat b.beziat@sudouest.com

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