L’approche trop sociologique de cette discipline est régulièrement critiquée. ÉDUCATION L’ENSEIGNEMENT de l’économie, aujourd’hui optionnel, sera probablement obligatoire en classe de seconde, dès la rentrée prochaine. L’élaboration du contenu de cette matière ne cesse en revanche d’osciller d’une semaine à l’autre au ministère. L’idée de rendre l’économie obligatoire semble faire l’unanimité. Elle est accueillie plutôt favorablement par les enseignants, qui, avec la réforme de la seconde prévue pour 2009, craignaient de se retrouver marginalisés. « Le ministère aurait préféré que les sciences économiques et sociales (SES) restent optionnelles pour des raisons de souplesse budgétaire. Mais vu le contexte actuel de la crise financière, des pressions politiques ont été prises en compte pour rendre cet enseignement obligatoire », selon Alain Beitone, membre du groupe d’experts de SES chargés d’adapter les programmes de seconde. De leur côté, les lycéens, qui apprécient cette discipline ouverte sur l’actualité, ont réclamé « plus d’économie » lors d’une récente rencontre avec le ministre. Un récent sondage de la TNS Sofres pointait par ailleurs récemment que 85 % des Français seraient favorables à la « généralisation d’une initiation à l’économie pour tous les élèves du secondaire ». La remise en question du contenu des cours est en revanche mal vécue chez les enseignants. Le sujet est dans l’air depuis février dernier avec la mise en place par Xavier Darcos de la commission d’audit de Roger Guesnerie sur les programmes de SES (lire ci-dessous). Discipline trop keynésienne Certains politiques ou des associations, comme l’Institut de l’entreprise, lié au Medef, ou l’association Positive Entreprise, vont plus loin et dénoncent une discipline, selon eux, trop keynésienne « qui donne une image négative de l’entreprise » . Ils militent depuis longtemps pour une matière davantage centrée sur la microéconomie. Cette vision ne satisfait pas les enseignants. « C’est l’approche croisée qui permet d’expliquer les faits de société. Comment évoquer la crise économique sans le chômage qu’elle va induire ? », explique un enseignant de Nancy. Même Michel Pébereau, « que l’on ne peut taxer de gauchiste, est d’accord pour considérer qu’il faut conserver une approche mixte » renchérit Alain Beitone. Le ministère envisageait cependant, la semaine dernière, la possibilité de créer un cours d’économie pure à la place des actuelles sciences économiques et sociales (SES). Une éventualité qui a suscité l’ire des syndicats d’enseignants de SES et une manifestation le 3 décembre. Hier soir, coup de théâtre, l’entourage de Xavier Darcos affirmait avoir changé d’avis, précisant que le contenu devrait finalement rester le même : des sciences économiques associées à une initiation à la sociologie. Avant, le ministère projetait de dissocier ces deux matières, un mélange qui fait la spécificité des sciences économiques et sociales depuis 1967. « Un cours axé sur l’économie aurait eu pour vocation de faire connaître aux élèves le marché, l’investissement, le PNB ou le PIB, les notions fondamentales à la compréhension du monde économique, expliquait-on, mais, à ce stade des discussions, c’est lettre morte. » Attendant de pied ferme les propositions du ministre qui seront dévoilées le 15 décembre, les professeurs de SES ne désarment pas. Ils manifestent aujourd’hui et demain.
MARIE-ESTELLE PECH
