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Baccalauréat ES : réciter un bréviaire ou argumenter ? (Revue de presse)

Idiès 21/6/2012


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Dominique Seux dans Les Echos du 20 juin et sa chronique sur France-Inter le même jour, renoue une fois de plus avec les préjugés de nombre de journalistes économiques vis-à-vis des sciences économiques et sociales et des enseignants de cette discipline en intitulant sont billet « Ne dites pas que vous êtes libéral ! ». Il semble surtout méconnaitre ce qui est attendu d’une épreuve de baccalauréat.

Par le passé, c’est L’Expansion ou Capital qui nous avaient habitués aux portraits à charge de la discipline : le premier en 1998 « Au lycée l’économie mène à tout sauf à l’économie » et le second l’année suivante « L’économie au lycée, ça craint ! », à tel point que l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses) a établi un florilège des articles aussi mal informés que malveillants.

Ce qui fait un peu de la peine ici, c’est que Dominique Seux, dont le point de vue semble a priori raisonnable, paraît in fine « débordé » par ses préjugés.

Approximations

Notons d’abord certains à-peu-près : l’épreuve alternative à la dissertation n’est pas une « note de synthèse » comme il en est demandé dans les concours administratifs, mais une « épreuve de synthèse », fort différente de la première ; de même, les candidats ne passent pas une épreuve « d’économie » mais de « sciences économiques et sociales ». Cet oubli systématique du caractère pluridisciplinaire des SES est source de bien des malentendus.

Autre approximation, la formulation « l’économie et le social ne sont pas des sciences exactes comme les maths ou la physique ». Si on ne peut que constater l’écart entre les sciences « dures » et les sciences sociales, il n’en reste pas moins que je n’en connais aucune qui soit « le social ». La sociologie, la science politique, l’anthropologie, etc. d’accord, mais « le social » ?

Dernier raccourci affligeant : l’affirmation que l’économie « commence dès que deux personnes sont l’une en face de l’autre ». Les « robinsonnades » - serait-ce, comme ici, avec Vendredi – semblent avoir encore de beaux jours devant elles !

Que faut-il dire dans une copie de SES ?

Venons-en à l’objet de l’article : ce qu’il faudrait dire ou ne pas dire dans une copie de sciences économiques et sociales au bac.

Je pense que tous les professeurs de SES seront d’accord avec la plupart des conseils prodigués par Dominique Seux aux candidats : il s’agit bien d’un exercice scolaire, pour lequel il faut mobiliser théories et faits, et où un raisonnement nuancé est attendu - même si réduire la nécessaire intervention de l’Etat aux infrastructure et aux monopoles naturel semble ressortir d’une conception bien étroite des « fonctions » des administrations publiques. Enfin, s’il faut en effet s’appuyer sur des données chiffrées, il est attendu des candidats qu’ils soient vigilants : connaitre les conventions, savoir hiérarchiser les sources ou même tout simplement ne pas confondre valeur « absolue » et « relative » ou niveau et évolution.

On sera même d’accord avec l’auteur quand il conseille au candidat de ne pas dire qu’il aime le capitalisme ou l’économie de marché (ou d’ailleurs qu’il les déteste). En effet, on ne demande pas aux candidats d’émettre des opinions, mais d’offrir un raisonnement argumenté.

Et c’est bien pour ça que la dernière remarque de Dominique Seux est particulièrement mal venue. Un correcteur, quel qu’il soit, ne pénalisera certainement pas un candidat qui montre de façon étayée les « vertus » du libéralisme. C’est faire un bien mauvais procès d’intention aux enseignants en les estimant – certes pas tous, l’auteur, prudent, précise « certains » - aveuglés par leurs propres convictions. Lesquelles, bien sûr ne sauraient être autres qu’antilibérales et anticapitalistes. Double préjugé : sur le positionnement théorico-idéologique des enseignants, d’une part, sur leurs attentes comme correcteur, d’autre part. Eh bien non, il n’est pas attendu des candidats qu’ils récitent un catéchisme marxiste (ou libéral), mais qu’ils développent une argumentation appuyées sur les connaissances acquises et les informations fournies par le dossier documentaire ! Est-ce si incroyable ?

Gérard Grosse

Apses.org | Association des Professeurs de Sciences Économiques et Sociales