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Repenser l’enseignement de l’économie au lycée

Allocution de Michel Pébereau (23 février 2006)


Repenser l’enseignement de l’économie au lycée

Allocution de Michel Pébereau, PDG de BNP-Paribas, donnée le 23 février à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris à l’occasion de la remise des prix du 22ème concours du meilleur mémoire financier. A l’occasion de la remise des prix du 22ème concours du meilleur mémoire financier, le Centre des professions financières, avait convié Michel Pébereau, Pdg de BNP-Paribas, à s’exprimer sur l’enseignement de la finance et de l’économie dans le secondaire. Polytechnicien, énarque, ancien ministre des Finances, prix du meilleur stratège décerné par La Tribune après la fusion entre BNP et Paribas et élu « Financier de l’année en 2001 », il s’est livré de bonne grâce à l’exercice, répondant ensuite aux questions des jeunes financiers présents dans l’assistance.

« L’enseignement de la finance en France est une des forces de notre pays. Les métiers financiers relèvent de services d’avenir, d’une très haute technologie, qui exigent une excellente formation supérieure. A ce titre, il est intéressant de constater que la France est une des rares institutions européennes à proposer à ses lycéens de classe de première une « majeure » économie, sous la forme de la section ES, qui compte 7 à 8 heures de cours spécialisés par semaine sur deux ans, jusqu’au baccalauréat.

Une formation importante au contenu incertain

Depuis la création de cette section en 1966, alors appelée B, l’enseignement de l’économie a connu un essor considérable, et son affection auprès des étudiants n’a cessé de croître. Conscients des débouchés offerts en direction des IEP, des écoles de commerce et des facs de droit et d’économie, ils sont aujourd’hui 35 % d’une classe d’âge à avoir choisi cette voie, contre 20 % en 1990. Si seulement 5 % des admis à l’Essec en 1990 sortaient d’un bac économique, ils étaient en 2005 près de 25 %, ce qui confirme cet état de fait. On comprend avec ces quelques chiffres tout l’enjeu pédagogique et économique qui repose sur cet enseignement. A la fois outil de formation du citoyen et de préparation à la vie professionnelle, il se doit d’être exemplaire. Or c’est là que le bas blesse. A la lecture des manuels et des programmes, j’ai rapidement pu constater que la microéconomie y était pratiquement inexistante. Les entreprises sont présentées comme des agents de la comptabilité nationale, et l’Etat comme un élément central de régulation. En outre, l’analyse des marchés financiers arrive avant celle des marchés de biens et services. Enfin, notons qu’un des sujets du bac 2005 portait sur « les conflits de classe et le changement social ». Difficile pour les étudiants dans ces conditions d’avoir une idée juste et surtout une image dynamique des entreprises françaises, qui sont pourtant à la source des créations de richesse du pays.

Replacer les entreprises au centre de la création de richesses Face à l’inadéquation et l’intemporalité des programmes, nous avons décidé de créer un « contre-manuel » intitulé Melchior, riche de textes d’auteurs et de statistiques. Cet ouvrage a été conçu à destination des professeurs désireux d’ouvrir l’esprit de leurs élèves sur la réalité de la micro-économie et des marchés. Nous nous sommes également engagés à rencontrer ces professeurs de secondaire lors d’universités d’été (250 participants en 2005). L’idée n’étant pas de remplacer l’Education Nationale dans son rôle, mais d’exposer les faits tels qu’ils se posent, et non tels qu’on les imagine. L’Etat a bien évidemment un grand rôle à jouer dans l’Education puisqu’il a été démontré qu’en la matière, l’économie de marché livrée à elle-même ne donnerait pas de résultats satisfaisants. Toutefois, à l’heure où l’on parle d’exception culturelle française et du problème des citoyens à comprendre le fonctionnement des marchés, il serait peut-être bon d’effectuer un travail pédagogique de fond sur nos lycéens, comme cela a été fait par les entreprises depuis 20 ans auprès de leurs salariés, afin de les sensibiliser aux contraintes du libéralisme et à améliorer leur compétitivité, en adhérant au projet de leur entreprise. Je me positionne donc aujourd’hui devant vous pour un enseignement où la concurrence est la règle du jeu, où la création de richesses est un préalable à la distribution de richesses, et où le marché assure la régulation de l’économie au quotidien. Ce sont des concepts simples, que les jeunes français doivent apprendre et comprendre, comme sont en train de le faire en ce moment même le milliard de chinois et le milliard d’indiens. Je vous remercie de votre attention ».

http://www.edicas.fr/site/fin.cgi?T...

commentaires (2 messages)


  • Repenser l’enseignement de l’économie au lycée 17 janvier 2008 11:55, par GALY Marjorie

    Michel Pébereau dit : "Je me positionne donc aujourd’hui devant vous pour un enseignement où la concurrence est la règle du jeu, où la création de richesses est un préalable à la distribution de richesses, et où le marché assure la régulation de l’économie au quotidien. Ce sont des concepts simples, que les jeunes français doivent apprendre et comprendre".

    Oui et les SES contribuent effectivement à ces apprentissages, mais de façon plus complexe que ne le laisse entendre Monsieur Pébereau. Les programmes de SES nous permettent d’expliquer le caractère non immanent de la régulation par le marché, que certes la création de richesses précède la redistribution mais la nature de la redistribution peut rétroagir sur les possibilités futures d’accroissement des richesses... Que les richesses ne sont pas créées uniquement par le secteur marchand concurrentiel (même si elles ont un poids considérable) ; les associations, les administrations publiques, les ménages (activités domestiques) créent et/ou contribuent également à créer des richesses : pensons à la richesse que créé un hopital par exemple ! etc...

    Est-ce cette complexité qui inquiète Monsieur Pébereau ?

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    • Repenser l’enseignement de l’économie au lycée 17 janvier 2008 14:52, par Aissou

      La microéconomie fait donc défaut dans l’enseignement des Sciences Economiques et Sociales !

      Monsieur Pebereau est-il à même de nous donner en toute transparence le coût de la carte bleue, du chèque et autres produits qui microénomiquement intéressent les ménages comme les entreprises notamment pour faire rationnellement jouer la concurrence sur les tarifs afin de voir si nous sommes loin du juste prix ? Pourquoi les banques dans une optique microéconomique ont quelques difficultés à afficher l’ensemble des coûts mais aussi des marges appliquées sur ces services vendues aux clients ? Peut-il également nous donner de façon précise le montant des titres qui découlent des crédits subprimes qui affectent aujourd’hui le bilan de son entreprise ? La microénomie peut-elle expliquer comment les décisions institutionnelles, celles des banques centrales (politique macroénomique)peuvent intervenir opportunément afin d’éviter les réactions en chaîne négatives telles que nous l’avons vu lors de la crise des "subprimes" issus de comportements microéconomiques ? La logique microénomique ne se heurte-t-elle pas à celle macroénomique européenne orientée vers la recherche de la concurrence entre les banques ? Pourquoi au niveau microéconomique et français, les banques freineraient l’émergence d’une autorité indépendante permettant de favoriser les conditions d’une concurrence et par la-même le juste prix ? On pourrait lister les questions sur les relations microéconomie et macroéconmie. Aïssa

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