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Les SES à la commission Pochard : déclarations de Michel Rocard et Bernard Thomas - Apses
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Les SES à la commission Pochard : déclarations de Michel Rocard et Bernard Thomas

Les SES à la commission Pochard

Bernard Thomas est auditionné en qualité de délégué interministériel à l’orientation.

Voir la vidéo (55ème minute)

Ecouter l’extrait :

Rocard_BernardThomas
IMG/mp3/Rocard_Thomas.mp3

Voir extrait vidéo (10 minutes environ) :

Michel Rocard Vous avez terminé votre propos… enfin pas tout à fait… l’avant dernier paragraphe concernait l’enseignement de l’économie. Je m’étais demandé avant si le processus que vous proposez n’était pas une manière de contourner les dégâts abominables qui résultent pour la société française de la quasi-absence et surtout de la dérive de l’enseignement de l’économie ou du moins du peu qui en est fait. Puisque apparemment cet enseignement est assez largement fait pour dégoûter les élèves de la libre entreprise, du marché, de l’entreprise elle-même et de pas mal d’horreurs. Tout ça qui est assez stupide et qui est un des constituants du blocage dans sa forme d’aujourd’hui… il est vieux le blocage mais il se renouvelle dans ses motivations… du blocage du dialogue social dans notre pays.

C’est en tant que consommateur de civisme que je me plains beaucoup de l’absence d’éducation économique en France. Mais ma vérité à moi c’est que je n’y connais rien. Combien d’heures y’a-t-il ? Dans quels types de classe par an ? Comment sont formés ces profs ?

Je me souviens… c’est en 1967 que j’ai quitté l’administration pour entrer dans la politique qui était agitée… enfin peu importe… je suis devenu permanent d’un petit machin qui a grandi… Ma dernière mission administrative était une participation à l‘équipe nommée par le ministère des Finances pour discuter avec le ministère de l’Education nationale sur comment introduire de l’éducation qu’il n’y avait pas du tout dans les programmes à l’époque. Et la première décision dont nous avons eu connaissance en réponse à nos propositions c’est qu’il n’y aurait pas de création d’un corps nouveau et qu’on en chargerait les professeurs d’histoire et géographie. Toute l’équipe des finances a baissé les bras et dit que c’était foutu et nous avons interrompu notre collaboration avec le ministère de l’Education nationale « puisque vous êtes si callés » voilà. J’ai l’impression qu’on n’est jamais sorti de cette catastrophe ambulante.

Qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce qu’on y est toujours ? En tout cas, le manque d’une dimension de compréhension réaliste de l’économie pratique… enfin mais aussi de l’économie théorique, d’ailleurs le budget de l’Etat c’est plutôt de l’économie théorique que pratique or il vaut mieux comprendre ce qui se passe… est un manque dramatique. D’où plusieurs questions. Pouvez-vous en quelques phrases me dire où on en est du point de vue de l’enseignement de l’économie en général ; et deuxièmemment est-ce que vous parleriez de la même chose si cet enseignement était bon, ou n’y-a-t’il pas une stratégie pour se débarrasser de ces conséquences et faire quand même de l’insertion vers le marché d’étudiants… enfin d’élèves qui en ont été détournés par l’imbécillité générale… de ce qui se passe dans l’éducation nationale sur ce sujet ? J’ai été sensible, c’est évident, à la discrétion avec laquelle vous avez refusé d’émettre tout jugement quand vous avez abordé le problème de l’enseignement de l’économie. Mais nous on ne pourra pas se permettre ça… et si je suis tout seul à écrire ça va être un assassinat.

Bernard Thomas

Monsieur le Premier ministre, je suis évidemment touché par le fait que, d’une part, vous approuviez mes modestes propos et, deux, vous me prêtez même un peu de stratégie dans la façon dont je l’ai présentée et donc je commencerai par ces questions de forme avant de vous répondre sur le fond, sur les horaires. Et je fais l’aveu que oui je pense que… je suis convaincu que si nous… pas vous… mais si nous continuons à nourrir la polémique autour de l’enseignement de l’économie on ne pourra pas modifier cet enseignement or il doit l’être. C’est impératif pour les raisons fortes et fondamentales que vous avez évoqué et que je ne reprends évidemment pas. Donc je compte sur tous les gens astucieux… il y en a ici, il y en a ailleurs pour aller plus loin dans la stratégie, car il en faut une, ce n’est pas seulement de la tactique… et donc pour moi l’idée c’est de me risquer à une certaine fuite en avant, c’est-à-dire à rendre cet enseignement obligatoire…

Michel Rocard : Celui de la formation et de l’insertion ?

Bernard Thomas :

Je parle de l’économie mais ensuite d’y mettre… Première chose faisons-en davantage et non pas moins. Certaines façons d’aborder le sujet par le débat sur les séries du baccalauréat non seulement risque de faire naître la polémique mais d’autre part pourrait laisser croire que l’on voudrait enseigner moins d’économie, or il en faut plus mais autrement. Et donc moi je propose qu’on y mette un vrai horaire et pourquoi pas sous la forme que j’ai indiquée, adaptée à l’âge des élèves et aux objectifs de l’établissement, pourquoi pas en faire un peu en collège et non pas seulement en lycée.

Alors le débat c’est biensur ensuite sur "qui le fait" et "qu’est-ce qu’on y met" ? Sur la question de savoir qui le fait, il n’y a pas en France que des professeurs de sciences économiques et sociales, il y a aussi des professeurs d’économie et gestion qui sont pour l’instant cantonnés dans certaines formations et dans certains enseignements de lycée ou leurs équivalents en lycées professionnels. Ce n’est pas seulement parce que j’ai une bonne opinion d’eux que cela fera avancer le débat, mais c’est parce que je pense, qu’ils gagnent, eux, et leur enseignement et leurs programmes à être connus, que je pense qu’il y a une piste quelque part, là, en mettant un peu l’ensemble dans un pot commun des sciences économiques et sociales théoriques, il en faut… il en faut ! On fait bien de la philosophie ! Mais en allant jusqu’à l’enseignement de l’entreprise parce que je vous regardais tout à l’heure… cet enseignement existe ! Il existe sous forme construite, sous forme de programme mais dans les sections... les anciens bacs G, les sections de techniciens et de gestion… Enfin je ne sais même plus moi-même les STG… sciences et technologies de la gestion. Donc on a des programmes, on a des professeurs,…

Michel Rocard :: … mais qui ne concernent pas tous les élèves ?

Bernard Thomas :

…c’est pour ça Monsieur le Premier ministre dans mon idée folle… je ne suis pas ici devant la commission RGPP, et donc je peux avoir les libertés de ne pas seulement penser aux coûts de l’opération mais j’aurais aussi un jour l’audace de dire qu’il y a peut-être des choses que l’on peut enlever dans d’autres programmes, dans d’autres disciplines, et pourquoi pas, pour commencer, dans l’enseignement de l’économie tel que c’est fait. On peut imaginer là encore des propositions audacieuses et puis ensuite un travail qui consisterait à éplucher les programmes dont je parle c’est-à-dire ceux de sciences économiques et sociales et ceux de disciplines considérées à tort et de façon insultante, presque comme moins nobles et comme étant seulement destinés à ceux qui doivent entrer très rapidement sur le marché du travail. Voilà à la fois sur la stratégie et un peu sur le fond.

Alors, la question des horaires est une question… je suis content que monsieur Duvoye nous ai rejoint… Alors rapidement l’enseignement de l’économie se fait sous forme d’option, exclusivement en lycée, et donc en lycée d’enseignement général et technologique, c’est-à-dire en clair dans les lycées classiques, à partir de la classe de seconde… C’est proposé à tous les élèves… C’est là que j’ai dit que j’aurai besoin de monsieur le Secrétaire général… A ma connaissance 90-95% des élèves choisissent cette option. Je me trompe ? (Monsieur Duvoye acquiesce) C’est de cet ordre là. Donc tous les élèves de lycée ou presque ont droit à un petit vernis d’idées générales dont vous savez ce qu’il faut penser… je ne m’abrite par derrière vous monsieur le Premier ministre mais…

Michel Rocard : C’est combien d’heures par semaine ?

Bernard Thomas :

C’est 3 heures… une grande revendication des professeurs pour que ce soit dédoublé… pour faire en petit groupe ce qu’on fait en grands groupes, pas pour faire autre chose… A la suite de cette unique année, les élèves sauf ceux qui entrent dans la série ES, dont on sait par ailleurs quels sont tous les problèmes… sauf ces élèves là, tous les autres…. Donc un élève qui entre en première S, un élève qui entre en première L, un élève qui fait d’autres formations comme les sciences et techniques industrielles, futur technicien, ingénieur, etc… Tous ceux-là, je le dis de façon provocante, sont privés de tout enseignement économique, social et donc d’entreprise… Alors tout de même monsieur le Premier ministre je suis de ceux qui se disent que si on continue à enseigner comme ça… Après tout, heureux sont-ils d’en être privé… Mais tout de même, on peut imaginer qu’on puisse faire autre chose… Je me sens un peu libéré grâce à vous. Voilà sur ce chapitre mais il n’est pas normal là aussi que contrairement aux autres pays, nous n’offrions pas à nos jeunes un minimum d’informations sur la réalité économique, d’informations sur la réalité de l’emploi, d’informations sur la réalité du fonctionnement des entreprises.


http://www.education.gouv.fr/cid581... (L’extrait à écouter se situe aux environs de la 55° minute, jusqu’à la 65°, car le bonhomme parle pendant une heure trente...).

commentaires (2 messages)


  • Les SES à la commission Pochard : déclarations de Michel Rocard et Bernard Thomas 8 décembre 2007 11:16

    De toute évidence ces deux personnages ont une totale méconnaissance de notre discipline ;je suis profondément surpris qu’ils n’aient pas potasser un minimum le dossier ;c’est un tissu d’idées préconçues dont l’idéologie n’est meme pas sous-jacente.

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    • Les SES à la commission Pochard : déclarations de Michel Rocard et Bernard Thomas 17 janvier 2008 19:52, par Jérôme.

      Je suis bien surpris de voir oublier les professeurs d’Histoire Géographie !
      Même au collège oû j’enseigne je parle d’économie : du monde de l’entreprise , de son envirronement, de la richesse, des flux, de la concurrence, des Etats ex socialistes, du marché, nous faisont des études de cas trés concrètes en géographie pour comprendre la mondialisation, la production hors-sol, les 3 scteurs d’activité en 4e, et en 3e leur absence de réalité réeelle en entreprise etc etc etc.

      Evidemment ma famille est issue du monde de l’entreprise (patron de PME, cadre sup de grande entreprise, libéral etc), et j’ai fais ES option ECO avec d’ailleurs systématiquement (mais il ne faut sans doute pas généraliser, mais quand même) des abonnements à Alternative économique, et surtout des cours bien ancrés à gauche tout de même ! J’ai gardé les manuels qui sont clairement orienté ! Comme d’ailleurs les manuels d’Education civique avec bien plus d’article de l’Humanité que du Figaro !
      Je m’efforce d’être le plus neutre possible, au contraire de mes anciens prof de SES trés orienté... Mais c’était il y déjà 10 ans le lycée...

      Bref pour défendre les SES au lycée, aidez nous à les remettre au collège (je ne suis pas tout à fait les programmes oû leur importance est moindre) !

      Voir en ligne : Et l’Histoire - géo ?

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