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Etude de l'APSES : L'enseignement de "l'entreprise" et du "marché" dans l'enseignement de SES - Apses
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Etude de l’APSES : L’enseignement de "l’entreprise" et du "marché" dans l’enseignement de SES

Octobre 2007


L’enseignement de l ’entreprise et du marché en sciences économiques et sociales .

Etude de l’APSES, octobre 2007

Des attaques infondées

L’enseignement de l’entreprise et de l’économie de marché par les sciences économiques et sociales fait l’objet de remises en question récurrentes aussi bien de la part d’une certaine presse économique, que de certains membres d’organisations patronales. Sont dénoncés tour à tour :
- le fait de mobiliser les sciences sociales (sociologie, histoire, sciences politiques) pour étudier l’entreprise,
- la place prétendument trop faible accordée à l’économie de marché dans les programmes,
- un enseignement qui tairait les vertus de l’économie de marché, faisant la part belle à la macroéconomie au détriment de la microéconomie. Et de revendiquer des programmes qui donneraient une vision plus « positive » de l’entreprise. Ces critiques reposent sur des analyses pour le moins fragiles, et il convient de mettre à jour les contrevérités qu’elles sous-tendent. Ce n’est qu’à cette condition qu’une réflexion plus large sur la cohérence actuelle de l’enseignement de sciences économiques et sociales et sur ses évolutions souhaitables peut être entamée.

Pourquoi convoquer l’ensemble des sciences sociales pour appréhender l’entreprise et le marché ?

- La méconnaissance engendre souvent des contre-vérités. Discipline récente mais méconnue, les S.E.S. ont pour objectif « de conduire l’élève à la connaissance et à l’intelligence des économies et des sociétés contemporaines, et ainsi de concourir à la formation du citoyen. Elle est aussi de préparer les élèves à la poursuite d’études supérieures. Dans cette perspective, elle vise à favoriser chez les élèves l’acquisition d’une culture générale fondée sur la maîtrise de connaissances, d’outils et de méthodes d’analyse permettant un traitement rigoureux des questions économiques et sociales ». (B.O. n°7 du 3 oct. 2002 hors-série)
- Pour rendre intelligible une réalité complexe, les différents programmes de S.E.S. délimitent des objets-problèmes particuliers et convoquent les différentes sciences sociales (principalement l’économie, la sociologie et la sociologie politique) afin d’éclairer au mieux la complexité inhérente à tout objet socioéconomique. En effet, sur un même objet d’étude, un enseignement fécond se doit d’exposer les principales théories issues des savoirs universitaires et les différents aspects, économique, sociologique et politique dont il relève. C’est grâce à cette approche interdisciplinaire que les élèves développent leurs capacités critiques sur lequel se fonde le jugement critique critique, qui reste, quelles que soient les matières enseignées, la fin ultime de tout enseignement général qui vise l’accession à la citoyenneté.
- Ainsi en est-il de l’enseignement du marché et de l’entreprise, appréhendés conjointement sous l’angle économique, sociologique et politique. En classe de seconde par exemple, le programme invite ainsi à étudier la production comme un « espace de relations économiques, à la fois créatrices de richesses et de rapports sociaux ». En classe de première, les concepteurs du programme précisent que « le marché ne sera pas réduit à sa dimension économique, ses autres dimensions seront mises en évidence ». « On montrera que le marché ne fonctionne pas (et n’a jamais fonctionné) sans règles de droit, qu’il suppose l’existence d’un certain nombre d’institutions (organisations professionnelles, tribunaux de commerce...) et le développement de nouveaux droits (droit de la concurrence et de la consommation) » (B.O. n°28 du 12-7-2001)

L’entreprise et le marché, des thèmes absents des programmes de sciences économiques et sociales ?

Les thèmes de l’entreprise et du marché occupent une place quantitativement importante dans les programmes de SES.

- En classe de seconde, le thème de la production, presque entièrement consacré à l’étude de l’entreprise, représente plus d’un quart du programme. De même, le thème portant sur les revenus et la consommation, qui représente lui aussi environ un quart du programme, permet aussi aux élèves de s’approprier les connaissances relatives au fonctionnement de l’entreprise, via la formation des revenus qui s’y opère et via les stratégies mises en place par cette dernière pour augmenter ses parts de marché. Au total, c’est donc plus de la moitié du programme de la classe de seconde qui est consacré à l’étude de l’entreprise et de son mode de fonctionnement.
- En classe de première première, le premier thème de la première partie, « les activités « économiques », amène à présenter les différentes unités productives, dont évidemment l’entreprise, ainsi que la manière dont elles financent leurs investissements. Ensuite, le premier thème de la deuxième partie du programme, intitulé « La coordination par le marché », permet de présenter à la fois les mécanismes marchands à l’oeuvre dans une économie de marché, ainsi que les stratégies des entreprises dans cet environnement plus ou moins concurrentiel. Au total, c’est donc le tiers du programme de l’année qui est consacré à l’étude du marché et des entreprises.
- En classe de terminale terminale, l’étude de l’entreprise et de l’économie de marché est transversale, au sens où on la les retrouve dans la quasi totalité des chapitres étudiés : dans la partie 1, sont étudiées « Les sources de la croissance économique » (dont l’action de l’entreprise est l’un des principaux moteurs), le rôle de l’innovation et de l’investissement dans cette croissance (dont l’entrepreneur est le principal acteur), ainsi que l’évolution de l’organisation du travail dans les entreprises afin de rester compétitif dans un environnement économique et social mouvant. Dans la partie 2, les mutations du travail liés aux évolutions structurelles de l’activité économique et de l’emploi sont présentées, ainsi que les mécanismes relatifs à la formation des revenus. Enfin, toute la partie 3 porte sur les enjeux de l’ouverture internationale, avec la présentation des mécanismes économiques à la source du phénomène de l’internationalisation des échanges.

Les thèmes de l’entreprise et du marché permettent aux élèves de s’approprier les principaux enjeux auxquels font face les entreprises.

Ils permettent aux élèves de découvrir le fonctionnement interne de l’entreprise, via la présentation des facteurs de production. Ils permettent aussi de découvrir les objectifs divers de l’entreprise (via la recherche du profit et la rentabilité de la production) en tant que principal créateur de richesse, ainsi que les moyens mis en oeuvre pour parvenir à ces objectifs (recherche de productivité via l’investissement). Ils permettent enfin de mettre en avant les choix de l’entrepreneur en termes de financement de son activité et de ses investissements.
- La réalité d’aujourd’hui étant façonnée par la mondialisation et les nouvelles modalités de la concurrence, les programmes de terminale et de première s’attachent donc à développer les points essentiels des différentes stratégies pour tenir compte de la concurrence nationale et internationale. Le rôle de l’innovation et des investissements immatériels est donc ainsi mis en valeur. En terminale, les stratégies des firmes dans un environnement international mouvant sont étudiées, ce qui permet aux élèves de mieux comprendre les contraintes qui s’imposent à elles ainsi que les logiques à l’origine des phénomènes de délocalisation. Les mécanismes à l’origine de la mondialisation ainsi que ses conséquences en termes d’emploi et d’activité économique sont longuement étudiés, ce qui permet à nombre d’élèves de relativiser une vision exclusivement négative des effets de la mondialisation trop souvent mise en avant par les médias.
- L’organisation du travail, étudiée en classe de seconde et de terminale, permet elle aussi d’analyser les choix auxquels sont confrontés les entrepreneurs dans la mise en place de leur processus productif. Les débats autour d’une plus grande flexibilité du travail sont présentés, et s’articulent autour de la notion de « destructioncréatrice  » qui implique un besoin d’adaptation des entreprises face à l’évolution de leur environnement économique.

Les autres entrées du programme relatifs à l’entreprise et à l’économie de marché.

L’entreprise et, d’une manière plus générale, l’économie de marché sont aussi présentées via d’autres entrées dans le programme de SES. Par exemple, en seconde, l’étude de la consommation permet d’analyser les stratégies de différentiation des produits, ainsi que les choix opérés par les entreprises pour mieux connaître les besoins de leurs clients et mieux y répondre. De même, l’étude des revenus permet elle aussi de comprendre comment se forment les revenus au sein des unités productives, selon quelles logiques et selon quelles évolutions. En classe de terminale, l’étude de la croissance économique amène les élèves à s’interroger sur les sources de la croissance, et donc entre autre sur le rôle de l’innovation et des entrepreneurs. L’investissement et l’innovation, qui sont au coeur des stratégies des entreprises, donnent ainsi lieu à de longs développements essentiels pour comprendre la réalité complexe de l’entreprise aujourd’hui.

Conclusion

L’APSES demeure convaincue que l’objectif de l’enseignement n’est pas de promouvoir la conception de tel ou tel acteur de la vie économique mais de fournir aux élèves des connaissances scientifiques et des méthodes de travail rigoureuses qui leur permettent de mieux comprendre les enjeux économiques et sociaux contemporains ce qui ne peut que favoriser leur poursuite d’études dans l’enseignement supérieur et leur insertion professionnelle. Il n’y a donc dans les programmes ni une vision positive, ni une vision négative de l’entreprise. L’objectif des SES reste, concernant l’entreprise, de présenter cet acteur comme étant un acteur central de la création de richesses, acteur devant développer des stratégies d’adaptation face à un environnement changeant. Ces stratégies amènent l’étude de mécanismes économiques internes au mode de fonctionnement de l’entreprise, mais aussi l’analyse des relations de l’entreprise avec ses partenaires économiques et sociaux. L’APSES reste ouverte à toute forme de dialogue avec le monde de l’entreprise dans sa diversité (pour faciliter les visites d’entreprises aux élèves par exemple), mais elle considère que les programmes scolaires doivent être constitués sous un double regard : ils doivent en effet être élaborés comme c’est le cas actuellement, par des universitaires et des enseignants de terrain, seuls à même à en garantir à la fois, la scientificité et la faisabilité.

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