
Philippe Coulangeon, Sociologue, Directeur de recherche au CNRS Page professionnelle
Le choix de traiter isolément de ces questions [1] ne me semble pas pertinent et il est porteur d’un certain nombre de contresens et de confusions. En premier lieu, le programme n’explicite pas la notion de « pratiques culturelles », dont on peut a priori retenir une définition large, faisant écho à la conception anthropologique de la culture, alors même que les indications complémentaires induisent une restriction implicite au domaine des pratiques désignées comme culturelles dans le langage des professionnels de la culture « cultivée » (enquêtes sur les pratiques culturelles du Ministère de la Culture). Pourquoi accorder à ces pratiques un statut particulier au détriment des pratiques alimentaires, vestimentaires, politiques, religieuses, matrimoniales, etc. ?
Ce choix me semble révélateur d’un contresens extrêmement fâcheux sur la signification des thèses de Bourdieu et de ses prolongements contemporains, auxquels les indications complémentaires font explicitement référence (thème de l’éclectisme, de la dissonance culturelle). Les controverses sur « La Distinction » n’ont de sens qu’en relation à une approche globale de la stratification sociale, de la composante symbolique des rapports de classe et de la mobilité, de la genèse des inégalités et du rôle qu’y jouent différentes catégories de ressources (économiques, sociales, culturelles). Isoler ces questions, c’est tout compte fait les réduire, dans l’esprit des lycéens auxquels s’adresse ce programme, à une sorte de vade-mecum à l’usage des professionnels de la culture et du marketing.
Il me semblerait ainsi pédagogiquement beaucoup plus cohérent que ces questions soient abordées dans le cadre du chapitre « Classes, stratification et mobilité sociales », ce qui permettrait d’enrichir notablement le contenu d’un chapitre dont la rédaction actuelle est d’un académisme confondant.
