Communiqué de presse de l’APSES

Des SES « néfastes », à recentrer sur le fonctionnement de l’entreprise et du marché ? L’académie des sciences morales et politiques fait à nouveau preuve de sa partialité.

Paris, le 22 mars 2017 :

Dans un avis et un rapport publiés hier, l’académie des sciences morales et politiques juge l’enseignement de sciences économiques et sociales au lycée « néfaste » et préconise de le recentrer sur l’étude de l’économie de marché et du fonctionnement de l’entreprise, affirmant que la microéconomie est le « domaine où le savoir est le mieux fondé et où un large consensus est plus facile à réaliser qu’en macroéconomie. »

Curieuse conception de la science et de la démocratie que de considérer qu’il ne faudrait pas enseigner ce qui fait débat. Parce que des phénomènes économiques et sociaux comme la crise, la lutte contre le chômage, les sources de la croissance, la mondialisation, la préservation de l’environnement sont susceptibles d’interprétations diverses, il faudrait s’abstenir d’étudier ces questions avec les élèves ?

A l’inverse, l’Académie propose son programme : « comment assurer l’équilibre du budget de la famille ? ; est-il possible — et comment — d’envisager d’acheter un logement ?, quels sont les avantages et les inconvénients d’être propriétaire ou locataire ?, pourquoi épargner et comment placer les revenus épargnés ?, l’achat d’une voiture constitue-t-il un investissement ? ». On ne ferait pas mieux pour éluder les grandes questions économiques et sociales contemporaines.

De même, proposer de supprimer l’épreuve de dissertation au baccalauréat car « de nature quasi philosophique sur des thèmes dont la complexité dépasse le bagage dont disposent les élèves » révèle non seulement le manque de considération que les rédacteurs du rapport ont vis-à-vis des élèves mais également les objectifs idéologiques de l’Académie.

L’institution, en proposant un enseignement centré sur une micro-économie supposée exempte de controverses – et donc en délaissant la sociologie, la science politique et les questions macroéconomiques – ne propose rien de moins que de réduire considérablement la formation scientifique, intellectuelle et citoyenne des élèves. Alors même que plusieurs des économistes internationaux qu’elle avait sollicités pour étudier les manuels de SES avaient pourtant souligné plusieurs des qualités de l’enseignement des SES au lycée ou émis des critiques raisonnées.

L’académie, dirigée aujourd’hui par Michel Pébereau et dont la section économie est composée quasi exclusivement de représentants patronaux[1], ne sort décidément pas grandie de cette énième attaque à charge contre un enseignement qui n’a plus à démontrer son succès depuis son introduction il y a 50 ans au lycée.

La célébration de ce cinquantenaire nous a permis de vérifier l’attachement d’un très grand nombre de citoyens à notre enseignement, notamment parmi les anciens élèves de la série ES et au sein de la communauté des chercheurs en sciences sociales. Ceci conduit une quarantaine d’entre eux à demander qu’il soit généralisé à tous les lycéens pour leur permettre de s’emparer des questions vives du moment grâce aux savoirs pluriels des sciences sociales.

[1] Voir la tribune de P. Askenazy dans le Monde d’hier : ‘Académie des sciences morales et politiques: il faut élire « une femme non liée au patronat »’

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